Il y a des mecs, sur notre bonne vieille terre, dont on se demande s’ils ont vraiment vu le jour entre l’équateur et l’un des deux pôles. Non, sérieusement, y a des types qui ont vraiment l’air débarqués d’ailleurs, d’une galaxie lointaine, parce qu’ils défient des lois qu’on n’a aucun mal à comprendre. Qui peut encore croire aujourd’hui qu’avec leur menton prognathe et leur évolution faciale plus proche du délabrement que du vieillissement, les frères Bogdanov sont vraiment des êtres humains ? Qui peut encore penser que Stephen Hawkind, qui calcule des intégrales neuro-cosmiques de tête et qui écrit douze livres par an en étant condamné à rester sur une chaise électrique (elle est électrique), fait bien partie de la même espèce que Nabilla ? Qui peut croire que Julie Gayet, jolie actrice française de 41 ans qui alterne entre fiction TV de bon goût et cinéma comique exigeant, peut puiser ses goûts en matière de mâle dominant dans une logique humaine ? Pratiquement personne hormis les ufo-dingos dont on vous parlait la semaine dernière. Alors qui peut croire, finalement, que Michael Jordan, un mec qui vole, déjà, pour commencer, est bien un être humain ? Il est pourtant écrit sur sa carte d’identité qu’il est né à New York en 1963, dans une famille sans le sou comme d’habitude avec les légendes, et qui déménage dans un endroit pire, en l’occurrence Wilmington en Caroline du Nord. Petit déjà Michael est trop grand , trop noir, trop pauvre, c’est la merde et il va falloir rapidement trouver une solution, mais pas la boxe. Comme il a la chance d’être américain, son pays s’intéresse à TOUTES ses capacités et pas seulement à sa faculté à utiliser les identités remarquables ou à analyser les détails d’un texte du 18eme siècle dont l’auteur n’aurait jamais cru qu’on le lirait même de son vivant, il est vite admis que Michael saute très haut et joue plutôt bien au basket alors qu’il est encore au collège. Quand il a 16 ans il devient vraiment grand, avoisine les deux mètres et forcément, ça va devenir intéressant pour lui. C’est ça, le basket : au début t’as beau être hyper fort, si tu grandis pas, tu l’as dans l’oignon : mais quand tu fais 1m98, plus d’excuses. Il va alors rejoindre l’université de Caroline du Nord, une sorte de fac à l’américaine, qui mise tout sur vos véritables qualités, pas seulement sur votre connaissance du droit constitutionnel même si vous voulez absolument vous spécialiser et conseil juridique aux entreprises. Non, lui on va lui dire « vas y, joue au basket, si t’es pas trop zéro le reste du temps avec tes cours on te foutra une paix royale ». Bingo. Michael va devenir très vite un joueur énigmatique sur le plan des capacités athlétiques, comme l’Amérique en pond 50 par an, mais aussi sur le plan des performances, et là par contre il va se passer un truc comme on n’en voit qu’une fois tous les décès de pape : ce mec là ne perd jamais, personne ne comprend vraiment comment ça marche, mais c’est un fait, il gagne tout, tout le temps, et même quand c’est pas parti pour. Tout commence d’ailleurs un jour de 1982, lorsqu’en finale universitaire contre l’équipe de destruction massive de Georgetown qui abrite en ses rangs des monstres de 2m15 du genre Patrick Ewing ou Akeem Olajuwon, l’équipe de North Carolina confie le dernier ballon à Jordan qui crucifie tout le monde au buzzer. 19 ans, même pas en dernière année universitaire, pourtant il est déjà prêt. Ce genre d’attentat, de folie stratosphérique qui va donner envie à des centaines de mecs plus grands et moins forts que lui de mourir par pendaison dans un vestiaire glauque pâlement éclairé par un néon en fin de vie et à l’atmosphère viciée par le spectre de la défaite, il va le reproduire à l’envi pendant plus de 20 ans. Phénomène peu fréquent aux états unis, les gens vont pourtant se tromper un peu, sur le compte de Michael Jordan. En 1984 il se présente à la Draft, sorte de loterie semi-arrangée où les clubs NBA les plus pourraves se renforcent en choisissant les meilleurs jeunes, et où les cadors récupèrent les meilleurs restes qui sont des fois plus forts que les joueurs sélectionnés plus tôt mais c’est rare. Et bien c’est rare mais pas en 1984 puisque derrière le phénomène Olajuwon sélectionné en premier par les Houston Rockets, à l’époque équipe la plus nulle de tout le sport pro américain, les Portland Trailblazers vont trouver malin de se dire « on a déjà un arrière d’1m98 qui est très fort, en prendre un deuxième c’est surfait, on va plutôt renforcer notre secteur intérieur avec un héron de 2m16 qui va se blesser tous les 3 matches, ça ça sonne bien ». Ils choisissent donc Sam Bowie pour épauler Clyde Drexler, et laissent Michael Jordan voguer vers Chicago, puis Charles Barkley vers Philadelphie, Otis Thorpe vers Kansas City (les Kings de l’époque) et John Stockton vers Utah. On appelle ça un coup de maître. Ce qui suit ce jour de juin 1984, ce sera une carrière qui voudra pluys rien dire sur aucun plan, on va séparer ça en trois axes pour essayer d’être exhaustif. D’une part, il y aura les performances individuelles : Michael Jordan va marquer des points, beaucoup, énormément, tout le temps, avec constance, sans jamais se fatiguer. Il en inscrira très précisément 32 292, dont 5987 en playoffs. Il va être au cœur de toutes les catégories statistiques pendant toute sa carrière, à tel point qu’il existe une page wikipédia sur le sujet qui s’appelle « liste des records de Michael Jordan ». Deuxièmement, il a fait d’une équipe pourrie à souhait juste avant son arrivée, la troisième équipe la plus titrée de l’histoire de son sport en seulement huit saisons. Il a même transformé les bulls de chicago en « seule équipe de basket connue par un type qui croit que le basket se joue à 11 contre 11 ». En même temps on peut pas aimer autant YannicK Stopyra et Magic Johnson, dans la vie faut choisir. Pour finir, il va réinventer son sport de fond en comble. Il va expliquer à la terre entière que dans un sport collectif on peut « presque » gagner tout seul, et ruiner ainsi le discours de millions d’éducateurs qui gueulent le mercredi après midi sur leur meilleur joueur parce qu’il joue perso. Il y en aura quelques uns, de ces éducateurs, qui vont expliquer que Jordan aura besoin de Pippen pour gagner des titres. Et d’Horace Grant, et d’un petit blanc pour shooter à 3 points aussi, et d’un grand pivot nullasse mais immense. Même un canadien fera l’affaire, en l’occurrence le magnifique Bill Wellington, sorte de Quaker chasseur-cueilleur taillé comme un séquoia et habile comme un cachalot. Mais ça va marcher. Et puis il va aussi redéfinir le basket comme un sport qui se passe en l’air, d’où son surnom « air jordan », d’où les chaussures que porte Richard, d’où les slogans de Nike, les millions, la révolution, etc. Il a joué jusqu’à 40 ans, tout gagné même les JO en 92 avec une équipe de gens qui ne sont pas nés ici non plus et que je pourrais vous citer de mémoire et sans fiche, même le minable Christian Lettner sélectionné pour rester fidèle à la tradition des joueurs universitaires aux jeux olympiques, quelle vaste blague. Sans Jordan, pas de Lebron James, pas de Kobe Bryant, pas d’Allen Iverson, pas de rien. Peut etre même que sans lui on jouerait encore avec des shorts raduc et des tshirts sous les maillots. Peut etre même qu’on jouerait par terre et en reebok, quelle tristesse.

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Une réponse

  1. AxelSic

    Super chronique ! Dommage qu’on n’ait pas le droit à la 2ème carrière de Michael, celle après les terrains de basket ! Puis il manque aussi la partie sur le golf et Space Jam ! 🙂
    Keep going bah alors !

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