Il existe encore sur Terre des gens qui n’ont pas goûté au plaisir coupable de se délecter d’un bon gros film d’action bodybuildé avec des flingues, des grosses bagnoles, des mecs qui meurent toutes les 28 secondes et des gonzesses en string. Il y a même eu une époque où ce genre de films là, entre les tarés alcooliques pieds nus au sommet d’un nakatomi plazza aux mains d’une bande de terroristes allemands, les autrichiens stéroïdés en proie à des humanoïdes en métal mou dans l’Amérique de George Bush père et les flics suicidaires à l’épaule instable qui partagent leur existence entre leur boulot avec leur acolyte black, leur caravane moisie plantée au beau milieu de la plage et leur copine 14eme dan de Krav Maga, il y a eu une époque où ces films là étaient au cœur de l’industrie cinématographique mondiale. Et dans cette équipe de bras cassés à la cervelle cramée par l’adrénaline, il y en a un qui n’a rien fait comme tout le monde, un qui a commencé par un film d’auteur compris de travers et qui coule aujourd’hui de vieux jours de producteur multi-millionnaire en faisant commerce des résultats tangibles de ses dernières gélules de clenbutérol, ce type là c’est Sylvester Stallone.

Né en 46 à New York, Sly ne s’est jamais demandé si c’était mieux que d’être né en 17 à Leindestadt. Tout ce qu’on sait avec plus ou moins de détails, c’est qu’après avoir étudié l’art dramatique à Miami, il en a chié des ronds de chapeaux avant de devenir le gars qu’on connaît aujourd’hui. Imaginez un mec petit, pas très beau, fils d’un rital et d’une juive fauchés tous les deux, qui veut faire l’acteur à Broadway alors qu’il ne sait ni chanter, ni danser, et que personne ne se demande s’il est capable d’aligner trois mots. Sylvester va alterner les rôles minables avec les apparitions pathétiques, jusqu’à ce paroxysme de non-gloire absolue en 1970, et une apparition radicale sous les traits de Stud, un anusseur fou qui organise des partouzes à domicile avec sa copine et ses voisins. Entre -temps il a trouvé le temps de faire de la figuration chez Woody Allen et d’apparaître dans un Kojak, avant de se retrouver SDF et de sortir son 20 cm devant une caméra en 35 mm pour un long-métrage, une histoire de survie à court-terme pour un petit acteur moyen qui n’a pas l’air de tenir la distance.

Heureusement pour lui, Stallone est à peu près aussi bête que ce que Saddam Hussein aime les étoiles et les bandes rouges et blanches. Dans son petit crâne ça carbure à trois mille, et il a l’idée dès le début des années 70 d’un scénario qui va changer sa vie, une histoire de boxeur à moitié clodo qui prend une branlée intersidérale contre un champion du monde un peu aventureux. Il écrit « Rocky » pendant qu’il est dans une merde noire, et quand on n’est personne à Hollywood, on a même pas le droit de faire caca dans l’algéco des maquilleuses. Alors proposer un scénario en prétendant qu’on est le mec parfait pour incarner le premier rôle, ça fait plus que friser la mégalomanie. Mais il va tomber sur deux producteurs un peu fauchés qui vont lui filer une misère pour tourner son machin, et ils vont même lui filer un réalisateur qui a réalisé deux trois grosses conneries MAIS dont une a quand même permis à Jack Lemmon d’obtenir un oscar, « Sauvez le tigre ». Par contre il a 28 jours pour mettre en boîte un film de deux heures, avec des milliers de figurants partout, des gamins qui le suivent dans la rue quand il court, des gens qui hurlent dans un Spectrum de Philadelphie rempli à ras bord pour le combat final, et des seconds rôles piochés dans le back catalogue de Coppola, dans les restes de Sam Peckinpah et même dans une équipe de NFL.

Seulement voilà, Rocky rapporte 225 fois sa mise de départ, est oscarisé trois fois et symbolise toujours aujourd’hui le film par excellence sur l’ascension sociale. Stallone a 30 ans, et plus rien ne sera comme avant pour lui. Il est millionnaire, et il va avoir une seconde idée de génie, en lançant à l’écran un autre personnage qui va fendre le cœur de l’amérique patriotique et faire fantasmer tous les amateurs de décapitation au couteau, un certain John Rambo. Et comme il est intelligent, plutôt que d’imaginer d’emblée un vétéran du Viêt-nâm qui dézingue des afghans à la kalach (ça il le fera dans les suites), il adapte scrupuleusement un roman hallucinant de David Morrell, First Blood, sorte de fable intemporelle sur le retour à la vie normale d’un ancien béret vert qui gagnerait Koh Lanta en pétant pendant le premier prime, persécuté par un flic courageux mais pas très inspiré dans une petite ville américaine sous la neige. Et c’est encore un gros carton en cet an de grâce 1982.

Stallone en est à 3 Rocky, un Rambo et une énorme blague cinématographique sur une équipe de foot perdue en Hongrie avec Pelé sur le terrain et John Huston à la réalisation quand il balance sur les écrans sa réalisation la plus connue et pourtant la plus paradoxale compte tenu du genre de mecs qu’il incarne : il pond en 1983 Staying Alive, un genre de Rocky Disco, qui troque le protège dents pour les moule burnes et les gerbes de sang pour le combo gomina-scientologie-pelle à tarte incarné par un John tRavolta aussi électrique qu’inconnu. Troisième Jackpot de l’enfer, maintenant il va vraiment pouvoir s’en branler de tout et faire toutes les conneries qui lui passent par la tête, et il va y aller à fond, mais genre plus vite tu t’envoles.

Les années 80 sont pour lui une sorte de terrain rêvé pour ses envies de débilité cinématographique. Il envoie un magnifique Tango et Cash avec Kurt Russel, sorte de Buddy Movie en débardeur blanc avec deux repris de justice qui ravivent la flamme de Bud Spencer et Terence Hill, un Cobra qui n’a rien à voir avec le manga mais où sa putain de bombe atomique de femme Brigitte Nielsen envoie un bois à réchauffer la Norvège en Février, et même son plus gros navet peut-être, Over the Top, une merveille de fable sociologique où un chauffeur routier fait rêver son fils en retournant sa casquette lors de tournois de bras de fer pour essayer de gagner un camion que les méandres de la vie lui ont dérobé. Sublime.

Quid des années 90 ? Et bien c’est peut-être encore pire avec un long chapelet d’énormes bouses absolument inregardables sans une forte capacité à manipuler le second degré à dose intensives, genre L’expert où il se tape Sharon Stone sous la douche, Arrête ou ma mère va tirer où il se coltine une vieille dingo, ou encore la mirifique Daylight, une histoire d’explosifs et de camions dans un tunnel qui est au « salaire de la peur » ce que la coquillette à la spiruline est au canneloni gratiné. Heureusement son bon sens le sauvera du naurage avec quelques bonnes idées, un film sur l’escalade nommé trois fois aux oscars, et l’indémodable Demolition Man, qui en plus d’avoir le mérite d’être drôle permettait à Sandra Bullock de prouver qu’en 93 il était possible d’être méga bonne en étant brune avant Yasmine Bleeth et Carmen Electra que tout le monde a sûrement oubliées.

Après avoir définitivement sombré artistiquement dans Spy Kids 3 en 2003, Stallone a pris le parti de réinventer le buddy movie d’action en voyant plus grand que grand. Ca s’appellera Expandables, et ils seront tous là, Dolph Lundgren, Mickay Rourke, Bruce Willis, Jet Li, et même Van Damme, Chuck Norris, et carrément Schwarzie, carrément Schwarzie, putain… Il a fait son rambo 4, son Rocky 6, pas sûr qu’il nous fasse un Mafia Love 2 ou une suite à « La bringue chez Stud et Kitty », son navet porno soft de 70 rebaptisé plus tard « l’étalon Italien » pour en vendre plus.

Il va fêter ses 67 ans en 2014, demain c’est sa fête en plus d’être le jour de l’an, alors on va lui souhaiter de passer une bonne soirée de réveillon, de bien profiter des courbes encore vertes de Jennifer Flavin, qui est certes sa 3eme femme mais qu’il continue de barouder après 3 grossesses et 17 ans de vie commune, et d’avoir une idée de génie de plus pour expandables 4, peut être un caméo de Georges Bush ou une apparition de Mark Hamill, ou carrément Hulk Hogan, ou le vrai Superman.

 

 

 

A propos de l'auteur

Articles similaires

Une réponse

Laisser un commentaire