De Martin Scorcese – 2013

Avec Leonardo Di Caprio, Jonah Hill, Margot Robbie

Est ce que vous pensez que prendre un rail de coke d’un kilomètre c’est possible ? En trois heures ? Parce que c’est plus ou moins ce genre d’expérience hallucinatoire et déglinguée que nous propose Mar- tin Scorcese avec son «Loup de Wall Street», biopic aussi rock n’roll que romantique sur la vie tourmen- tée d’un Golden Boy terrassé par la drogue, l’appât du gain et l’amour des fesses fermes.
Jordan Belfort n’en a pas l’air mais pourtant ce personnage outrancier existe bel et bien. Il était là, dans «the place to be» en 1987, quand les traders ont commencé à gagner un po- gnon fou sans trop que les gens normaux comprennent com- ment ni pourquoi. L’ascension du personnage incarné par un brillantissime (comme d’habitude, surtout quand il est chez Scorcese) Di Caprio est d’ailleurs intelligemment décortiquée par Scorcese,qui prend le temps et la peine d’expliquer cer- tains mécanismes de la finance à l’époque, et qui n’ont pas forcément beaucoup changé. Une sorte de révision moderne de la copie rendue par Oliver Stone en 1987 (tiens donc) avec son Gordon Gekko dans le bien nommé «Wall Street».
Le film de Scorcese est assez loin de celui d’Oliver Stone, no- tamment sur un point crucial : il dépeint, mais ne dénonce pas. Après une razzia fulgurante sur le blé de ses clients, Jordan Belfort est un homme aussi riche qu’immoral qui bascule dans un vortex où même son acuité exceptionnelle pour se sortir de toutes les situations va le quitter. Il va se heurter succes- sivement à ce qu’on va appeler « les impondérables », entre des associés moins compétents que lui, des magouilles de concur- rents jaloux, un FBI extrêmement déterminé à couler ses rêves de gloire et surtout à une femme, Naomi (Nadine Caridi dans la vraie vie, incarnée ici par la démoniaque Margot Robbie qui crève littéralement l’écran à mesure qu’elle enlève ses frin- gues). Perdu entre son amour pour elle, sa passion pour l’oseille et son addiction démesurée à la came, Belfort va sombrer petit à petit, baisser sa garde et devenir vulnérable.

SEXE , DROGUE, ARGENT,  ET TURPITUDES DU MONDE MODERNE
Au-delà de son intérêt historique, pour quiconque s’intéresse aux turpitudes de notre monde moderne, «Le loup de Wall Street» est aussi une formidable démonstration de tout ce que sait faire le cinéma américain quand il est placé entre des mains expertes : la réalisation de Scorcese est sans faille, son choix de porter à l’écran une fresque de 2h59 s’avère au final judicieux puisque jamais on ne jette un oeil à sa montre. Di Caprio offre une performance d’acteur éblouissante, surtout quand il essaie de remonter dans sa Lamborghini après avoir absorbé beaucoup (trop, beaucoup trop) de pilules pour anesthésier les chevaux, les filles sont belles, le luxe est partout, on en prend plein la tronche pendant trois heures, vraiment. Et bizarrement, même si ce Jordan Belfort est une parfaite abomination qui lance des nains sur une cible au bureau et qui enfile des rollers aux pieds de chimpanzés pour voir ce que ça fait, on finit même par se prendre d’affection pour lui. Est ce qu’on ne serait pas tous des monstres, en fait ?

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