Un groupe, un film, des larmes et beaucoup de poésie
C’est dans le cadre des désormais fameux ciné-concerts du Vox que Jean-Marie Charvet, un patron de cinéma qui n’est jamais à l’abri d’une idée à la fois neuve et géniale, nous a concoctés le 24 janvier ce package clés en mains. Au menu, Hard Time Killing Boys, le groupe de Fred Lusignan, normalement tromboniste du Nice Jazz Orchestra pour l’occasion reconverti en guitariste-chanteur inspiré, puis un film belge de Felix Van Groeningen, nominé aux Oscars dans la catégorie meilleur film étranger.
Le trait d’union entre ces deux parties de la soirée, c’est la musique bluegrass. Fred Lusignan est non seulement un brillant musicien, mais il est aussi un spécialiste émérite de l’histoire de la musique américaine et c’est donc dans le bluegrass, courant de la musique noire qui a donné ses bases au blues, qu’il puise l’inspiration du répertoire de ses Hard Time Killing Boys. Sur scène, un assemblage a priori étrange d’instruments peu courants, calebasse, trombone, guitare avec des dizaines d’effets bizarroïdes, batterie, et pas de basse car tenez-vous bien, elle sera assurée vocalement par un chanteur qui va à la fois tenir la voix lead, faire des coeurs et donc s’acquitter  d’une partie de la rythmique. Hallucinant. Les morceaux interprêtés sont soit des compos soit des titres qui datent de plus de 70 ans, remis au goût du jour sans trahir leur essence même et très franchement ça fonctionne. Parce que ça joue grave, déjà (on sent que Fred Lusignan et ses acolytes n’ont pas découvert le do dièse la semaine dernière), et parce que c’est vraiment interprêté avec le coeur.  On notera d’ailleurs que la salle (comble) sera particulièrement attentive à la performance du groupe, comme quoi être assis à un concert de musique électrique peut s’avérer être une bénédiction.
Faux tire-larmes et vrai bombe cinématographique
Après un petit break d’une demi-heure sur la place Agricola pour boire un coup et manger un délicieux pâté (on sait vivre), le public se remasse dans la salle 1 du Vox pour assister à la projection du long-métrage de Felix Van Groeningen, Alabama Monroe. L’histoire a tout du drame psychologique ultra-dépressif : Didier et Elise avaient tout pour être heureux, si ce n’est de l’argent : elle est belle, il est cool, ils s’aiment et même si c’est un peu compliqué, ils vont donner naissance à une merveilleuse petite fille, Maybelle. Seulement voilà, la gamine va tomber malade, gravement, et son cancer va plonger les parents dans une intense introspection qui vont faire passer au second plan leur passion pour la musique, leur désir de liberté et même l’amour inconditionnel qu’ils ont l’un pour l’autre. C’est difficile à regarder, parce que c’est une plongée dans l’enfer parfaitement crédible de gens qui sont certes un peu originaux mais qui nous ressemblent. Felix Van Groeningen réussit le prodige de mêler dans son drame affreux d’intenses climax au bord de la rupture émotionnelle (les scènes à l’hôpital sont à se jeter par la fenêtre) et de très jolis moments de bonheur, parfois même assez triviaux, qui dévoilent des âmes légères et des corps disponibles pour la bagatelle. Rarement on aura filmé avec autant d’intensité une histoire aussi dure, qui flirte avec un terrible pathos sans jamais verser dans le larmoyant. Chaque image a un sens, chaque idée touche la cible, chaque note de musique est de bon goût. Et chaque spectateur en garde des séquelles.
Pour un ciné-concert réussi, il faut un bon groupe et un super film, et là c’est peu dire que c’était un combo gagnant. Pourvu qu’il y en ait d’autres, mais si l’on se réferre au taux de remplissage de la salle, ça devrait arriver de plus en plus souvent. combo gagnant. Pourvu qu’il y en ait d’autres.

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