Avec un peu plus 40 000 cas recensés par an sur le territoire français, et environ 17 000 décès tous genres confondus selon les dernières statistiques de la Ligue contre le Cancer, le cancer colorectal est l’un des pires ennemis de l’humanité. Mais justement parce qu’il est l’un des plus répandus, il est aussi l’un des cancers les moins énigmatiques pour les chercheurs et les médecins. Bien évidemment, il reste un sujet extrêmement épineux pour les malades, mais aussi pour ceux que la médecine a identifié comme les «candidats» : les plus de cinquante ans. Pour expliquer, dédramatiser, raisonner, prévenir et au cas où, soigner, trois organisations, la Ligue contre le cancer, la fondation ARCAD (Aide et recherche en cancérologie digestive) et la SFED (Société française d’endoscopie digestive) invitent qui veut à visiter un côlon géant, à la découverte de son fonctionnement, et de ses potentiels dérèglements. Et parmi les 60 villes du parcours, Fréjus.

Pour tout vous dire, la surprise a été de taille en ce mardi 17 mars. Douze mètres, très exactement, soit la taille exacte de la structure gonflable installée dans la salle polyvalente du CHI Bonnet. Et là où l’on s’attendait, pour beaucoup, à une sorte de couloir informe tout blanc dans lequel il faudrait compter essentiellement sur sa capacité d’imagination pour reconstituer un intestin digne de ce nom, le public a trouvé un côlon plus vrai que nature, veineux, organique, presque charnel, et donc en proie à des soucis qu’il allait falloir examiner à la lumière de deux médecins compétents en la matière.

Mais avant de discuter médecine pure, la curiosité incitait franchement à pénétrer dans la structure. Sur les parois, des fiches explicatives, et des polypes, plein de polypes, de toutes les formes et de toutes les tailles. C’en était trop, il fallait qu’on sache. Assis sur un banc en attendant que son collègue gastro-entérologue finisse sa visite, l’oncologue Bruno Valenza participe aussi à ce happening médico-préventif. Oncologue, c’est un peu le terme technique général qui désigne les docteurs qui prennent en charge les patients atteints d’un cancer et qui ont besoin d’une chimiothérapie, pour faire très large. En fait le but de ce Côlon Tour, c’est d’expliquer au public comment ne jamais avoir affaire au Dr Valenza. Mais le cas échéant, le praticien rentre dans la partie : « s’il y a une indication de chimiothérapie une fois que le patient est pris en charge par les collègues chirurgiens, alors l’oncologue intervient.»

Cancer des hommes ? Pas que…

Penser que le cancer colorectal est aux hommes ce que le cancer du sein est aux femmes est une fausse idée, selon Bruno Valenza. Mais même s’il est fréquent et touche tout le monde, il a une faiblesse, il se détecte facilement : «le cancer colorectal a une incidence importante chez les deux sexes. Et il entraîne une mortalité importante. Mais il se dépiste avec un test simple à réaliser qui permet d’identifier des petites lésions qui s’éliminent très facilement. En tous cas plus facilement que des tumeurs qui se développeraient et qui sont bien sûr plus compliquées à prendre en charge.» Paradoxalement, bien qu’il soit l’un des plus répandus, le docteur Valenza explique qu’il est mal connu par le grand public, et qu’il n’effraie pas plus que ça : «peu de gens viennent se faire dépister. Les cancers qui font le plus peur sont ceux qui sont plus profonds et plus difficiles à diagnostiquer comme celui du foie ou du pancréas. En terme de prise en charge, nous on le connaît bien, et la prévention permet vraiment de traiter très efficacement les états pré-cancereux avec une simple coloscopie. Le but, c’est que les patients n’arrivent pas jusqu’à moi.»

Tout autour du côlon artificiel, des petites mains s’affairent pour accueillir le public. Les infirmières font remplir des questionnaires, pour savoir comment les gens qui passent par là ont eu vent de l’événement. Le questionnaire se fait d’ailleurs un poil plus poussé pour les plus de cinquante ans. Sur un écran de télévision, un dvd tourne en boucle, avec des extraits de caméras embarquées dans un côlon (réel, cette fois-ci), des schémas très bien faits sur les examens préalables aux traitements plus lourds (la fameuse coloscopie) et des conseils de prévention. Mais pour en savoir plus, il faut interroger un gastro-entérologue, un médecin spécialiste de l’appareil digestif. Et ça tombe bien, il y en a un qui traîne par là depuis le début.
Un dépistage, oui, mais qui se déroule comment ?

La première question qui vient à l’esprit quand on rencontre un homme comme Fabrice Longo, c’est «quel âge avez-vous ?» Le médecin ne fait pas ses 45 printemps, peut-être parce qu’il n’affiche pas cet air grave qu’ont parfois les spécialistes des maladies potentiellement mortelles. D’ailleurs il a bien bossé son argumentaire pour dédramatiser une série d’examens très redoutés par tout le monde, notamment à cause de la coloscopie : «les patients sont favorables au dépistage, mais le dépistage leur fait peur. Parce qu’ils pensent tout de suite à la coloscopie. Et l’attente des résultats fait peur aussi, même s’il n’y a que 3% de résultats positifs. Mais le but, c’est de dépister le plus tôt possible, sans forcément aller jusqu’à la coloscopie.» Pour résumer, avant de subir une anesthésie générale et donc un examen forcément traumatisant, il faut d’abord rechercher du sang occulte dans les selles. Mais même la réalisation de ce test, dit «test au gaïac» revêt quelques inconvénients : trois prélèvements à réaliser sur plusieurs jours, et des manipulations pas toujours simples. Heureusement, 2014 devrait voir la donne changer comme l’explique Fabrice Longo : «le test immunologique va remplacer le test au Gaïac. Avec un seul prélèvement, on voit deux fois plus de choses. Et ce qu’il faut que les gens comprennent bien, c’est qu’avec ce test, si jamais on identifie des problèmes, la coloscopie qui suivra permettra de les résoudre.»

le rôle des généralistes et la coloscopie en questions…et en réponses

Comme souvent, les médecins généralistes ont un rôle prépondérant à jouer dans le processus de dépistage. Selon Fabrice Longo, «ils sont le relais le plus efficace entre le patient et le test effectif. Et ils ont aussi le pouvoir de rassurer leurs patients quant à une coloscopie éventuelle, en leur donnant des informations concrètes sur les contraintes et l’efficacité.»

Ce sont finalement ces contraintes évoquées par le Dr Longo qui inquiètent le plus. Il les énumère d’ailleurs sans bluffer : «il y a un régime à suivre pendant trois jours, avec le moins de résidus possibles. On va favoriser le riz, les pâtes, le jambon, comme les marathoniens, a priori il y a pire. C’est après que ça devient compliqué, la fameuse purge qui va entraîner une diarrhée de trois, quatre heures où on se vide comme si on avait le choléra. Et ce qui dérange le plus les patients, c’est la quantité à boire, environ quatre litres de purge avec un goût d’eau de mer. Mais ça aussi, comme le test au gaïac, c’est en rain de changer. Maintenant on boit un sachet de purge dans un verre et après, on boit la même quantité, mais du liquide qu’on veut, à l’exception des sodas et de l’alcool, en gros.» Restent l’anesthésie générale et les possibles complications de la coloscopie, mais là aussi le Dr Longo maîtrise le dépassement de fonction et sait se muer en psychologue : «certes on a une population qui vieillit, et il faut prendre en considération le ratio risque/bénéfice d’une anesthésie générale. Il y a aussi les possibles complications, de type perforation. Mais tout ça est très rare, c’est un cas sur mille interventions.» Alors si ça peut vous sauver la vie…

A propos de l'auteur

Articles similaires

Laisser un commentaire