HER
De Spike Jonze – Sorti le 19 mars
Avec Joaquin Phoenix, Amy Adams, Rooney Mara

Vous aimez les films d’anticipation inquiétants ? Alors vous devez absolument découvrir la nouvelle livraison de l’illuminé Spike Jonze (déjà responsable de «Dans la peau de John Malkovitch» et du tout aussi bizarre «Adaptation», entre autres). Le point de départ de cette affreuse histoire d’amour est à la fois simple et très étrange : Théodore est un mec bien, qui bosse, qui n’est pas plus détraqué qu’un autre, qui est séparé de sa femme mais qui préfère ne pas divorcer. Malheureusement pour lui, il va investir dans un logiciel qui va changer sa vie : un nouveau système d’exploitation révolutionnaire, intelligent, évolutif, avec lequel il va tisser rapidement des liens très forts. Et manque de pot, ce système d’exploitation s’appelle Samantha, aime beaucoup le sexe virtuel, fait des mots d’esprit bien sentis et adore discuter pendant des heures au moment où les gens normaux s’endorment. Bref, Samantha est une vraie fille, attachante et brillante, mais sans corps.

Spike Jonze prouve qu’avec un scénario assez basique, on peut créer tout un univers vraiment flippant, où l’humanisation d’un logiciel fout un bordel incommensurable dans la société humaine. C’est très crédible, grâce à l’impeccable Joaquin Phoenix, qui passe le plus clair de son temps à donner une réplique étonnante de sincérité à une minuscule oreillette. Il tombe amoureux de ce non-être, qui va évoluer avec lui, et vont se façonner des rapports sentimentaux en tous points semblables à ceux qu’entretiennent les humains. Et Theodore va petit à petit l’assumer complètement, puis souffrir comme n’importe quel homme amoureux en proie au doute. Autour de lui, les êtres vivants se désolidarisent, se désagrègent, à l’exception d’Amy, sa seule véritable amie qui elle aussi se lie d’amitié avec son OS 1. Dans un monde bien réel, le notre, où la foire à la sur-communication pousse les moins sociables à basculer dans une vie virtuelle plus épanouissante que la vie parmi les hommes, Spike Jonze vise juste, avec le zeste de décalage qui fait le charme unique de son cinéma. En sortant de la salle, rallumer son portable relève de la semi-névrose. On n’a qu’une envie, c’est de croiser un copain, n’importe lequel. Mais surtout pas de tweeter une connerie ou d’aller vérifier si on a des notifications Facebook.

A propos de l'auteur

Articles similaires

Laisser un commentaire