Certains hommes n’ont jamais le temps. De rien. Et on le sait, à tel point qu’on n’essaie même pas de les avoir au téléphone. D’autres n’ont pas le temps non plus, mais quand il s’agit de passion ils réservent une heure sur leur agenda blindé comme un T-34 pour causer «ballon rond». Alexandre Barbero, tout le monde le connaît : provençal, le verbe haut, ambitieux, entrepreneur héritier d’une affaire florissante, etc. Une réussite qui fait grincer des dents, c’est toujours pareil. Mais finalement, c’est qui, Alexandre Barbero ?
Bah Alors ? Comment vous en êtes venu à devenir président d’un club de foot ?

Alexandre Barbero : Je me suis toujours occupé du monde associatif, au début ça a commencé par St Raphaël. C’est parti d’un pari avec un copain, un jour on s’est retrouvé à St Raphaël, le club était…on va pas dire moribond mais plus grand monde ne s’en occupait. Comme nos gamins jouaient au foot dedans ça a été, quelque part, l’excuse pour se lancer là-dedans. En fin de compte ce qui nous plaisait c’était le monde associatif, et on voyait le club comme un genre de reflet de notre société, une sorte d’échantillon complet avec des bons, des mauvais. J’aime le foot mais ce qui me passionne, moi, c’est la compétition. J’aime voir jusqu’où l’homme peut aller. Je vois des mecs qui font des courses de 70 mètres, et qui y retournent sans arrêt, et qui savent encore au bout faire la bonne passe ou mettre le but. C’est ce que j’aime, le dépassement de soi. Et puis y a la mixité, aussi, avec le foot, peu importe d’où tu viens.

Alexandre on est en plein milieu de la saison 2013-2014. Ca fait maintenant cinq ans que L’Etoile Sportive Fréjusienne et le Stade Raphaëlois ont fusionné. Franchement, au début, vous pensiez vraiment que ça allait marcher ?

Je ne me suis jamais senti ni Raphaëlois ni Fréjusien, je suis Raphaëlo-fréjusien. Je suis né à St Raphaël, j’y vis toute l’année, mais pour moi l’association Fréjus-St-Raphaël ça a toujours été une évidence. On a été les premiers à dire à nos politiques et à la population que c’était à la fois une évidence et une obligation d’associer les deux villes. Je veux dire, on est voisins, il ne peut pas y avoir que de l’animosité qui passe par la Garonne, c’est pas possible. On peut pas passer son temps à vouloir envoyer des tartes à ses voisins, mais on en était arrivé là. Le derby, moi je veux bien, mais entre Lyon et St-Etienne, y a 60 kilomètres. Là t’ouvres la fenètre à Fréjus, le Raphaëlois il est juste en face de toi, ça correspondait plus à rien. Et puis c’était obligatoire pour développer le club. Comme en plus Fréjus a été promu en National sur tapis vert, la fusion a automatiquement propulsé le club au troisième échelon du football français. Moi j’étais président du Stade Raphaëlois, on venait de monter en CFA, et je me retrouve avec une équipe réserve en CFA 2.

La saison dernière le club était à un but de la ligue 2. Vous l’avez vécu comment, avant pendant et après le match ?

Et ben moi je trouve qu’on a mené une belle compétition. Quand on est mi-décembre au bord de la relégation, j’ai affiché dans les vestiaires une phrase de Cassius Clay, «Impossible n’est rien». On avait à ce moment là 15 points de retard sur le troisième, on en rattrappe 14 en une demi-saison. Qu’est ce qu’y faut voir, le bon ou le mauvais ? On est déçu, bien sûr, parce qu’’avec la montée c’était plus la même manne financière pour le club. Mais on n’était pas assez grands, je pense. Quand il manque un point, il manque encore quelque chose.

C’est à cause de cet échec relatif que l’effectif a autant bougé à l’intersaison ?

A vrai dire, l’effectif de l’année dernière, c’était quelque-part l’héritage d’un mauvais casting. On a fait ce qu’on a pu, mais à y regarder de plus près on ne méritait pas d’obtenir de meilleurs résultats. Certains joueurs ne faisaient pas les efforts nécessaires et on ne change pas la nature des gens. Sur les 13 ou 14 de la feuille de match, il y en avait 9 qui savaient pourquoi ils étaient là, et 4 ou 5 qui avaient moins envie. Mais à ce moment-là on avait besoin d’eux. Celà dit ils ne font plus partie du projet, et pour tout vous dire c’était prévu.

Par contre il y en a un qui est inamovible, c’est l’entraîneur Michel Estévan. Elle est comment, votre relation, vous discutez souvent ?

On discute souvent. Il est un petit peu plus âgé que moi, d’une dizaine d’années, et je le vois comme un provençal. Ce que je veux dire par là, c’est quand il parle je le comprends, et quand c’est moi qui parle il comprend. On ne fait pas de salamaleks, on se parle cash. Et puis comme je n’ai jamais mis mon nez dans le sportif, à lui dire «prends tel ou tel joueur», ça lui va bien parce que l’expérience qu’il a eue lui en est truffée, de présidents comme qui se mêlent du terrain. Ca lui a coûté sa place à Arles-Avignon, alors qu’il était promis à un bel avenir parce que faire monter un club chaque saison de la CFA à la ligue 1, c’était fantastique. J’ai un profond respect pour Michel, par ses compétences et ses qualités il s’impose de lui-même.

C’était difficile de trouver un successeur à Guy David ? Il en rêvait, lui aussi, de cette fusion, c’est lui qui aurait dû embarquer dans ce projet avec vous.

Guy a été une pierre importante de l’édifice. Peut-être que sans sa volonté on n’en serait pas là. Tout le monde a contribué au fait que la fusion se fasse. Guy a été des deux côtés, à Fréjus et à St-Raphaël. Il a marqué les deux clubs de son empreinte et il est toujours présent dans nos esprits.

A votre avis, pourquoi dans le Var on est le parent pauvre du football ? Parce que finalement, le plus grand club du Var, c’est le votre…

Oui c’est le plus grand club du Var ! C’est le septième club français en nombre de licenciés, le premier dans la ligue Méditerranée-PACA, devant l’OM, devant tout le monde ! Le problème c’est qu’on a une image déformée du football dans le Var. Ici le football se résume à Toulon et la banlieue toulonnaise. Si tu ne viens pas de là-bas, tu n’existes pas.

C’est les histoires de magouilles à Toulon qui ont coulé le football dans le département ?

Je pense surtout qu’à un moment donné il y a eu un virage dans le football, on est passé pour de bon dans le monde professionnel. On parle du cas de Toulon, mais proche de nous aussi regardez où ils en sont l’AS Cannes. Eux non plus ils ne sont pas à leur place. L’histoire des gens qui ont dirigé ces clubs-là dans la mauvaise direction, je ne la connais pas en détail. Que ce soit à Cannes ou à Toulon ils ont un super public, mais qui doit regretter l’âge d’or. Il ya eu une cassure et il semblerait qu’on ne peut pas être et avoir été. Nous ici on n’a pas de stade, on a peu de public, mais on a ce qui leur a sûrement manqué au moment où ils en avaient le plus besoin, c’est la passion.

Rêver de Ligue 2, voire pourquoi pas de Ligue 1 avec un stade de 3000 places, tôt ou tard il faudra faire quelque chose ?

Mais bien sûr, c’est une obligation. Mais je crois qu’il faut arrêter de nous en parler sans arrêt. Avant tout, ce stade ,il va falloir qu’on le mérite. Aujourd’hui, c’est peut-être pas le cas. Quels que soient nos dirigeants, ils seront dans l’obligation de nous accompagner. Pour l’instant on va dire qu’on a une note de 10 sur 20, mais peut-être que pour le tableau d’honneur c’est 12. Ben faudra avoir 12.

Ici vous avez près de 900 licenciés, c’est une énorme manne de jeunes. Le foot local a de l’avenir ? Il y pensent à jouer un jour dans l’équipe première ?

Quand on apprend à marcher, on rêve que d’une seule chose, c’est apprendre à courir. Quand ils voient les grands de l’équipe première, avec des noms qu’ils arrivent à reconnaître, c’est merveilleux. Les Rami et autres, ils sortent de là, c’est des gamins de l’Agachon. Le rêve existe, mais en plus on peut le réaliser. C’est ça qui est important, toucher du doigt ce qu’on n’aurait jamais pu imaginer. Adil Rami il jouait là, à Fréjus, il était employé de mairie, maintenant il est dans la défense centrale du Milan AC.

Devenir centre de formation fait d’ailleurs partie de vos projets, non ?

Aujourd’hui on est un genre de faux centre de formation, avec une quinzaine de gamins qui sont à IGESA. Le problème c’est qu’on paye, mais on ne récupère rien. Normalement un centre de formation fait que les joueurs appartiennent au club, ils sont liés par un contrat, et ceux qui viennent les chercher doivent les acheter. Je ne veux pas dire par là qu’on désire monnayer des jeunes comme du bétail, mais ce serait bien que tout l’investissement qu’on a mis pour nos gamins revienne un peu vers le club. Pas dans ma poche à moi, je m’en fous, je suis pas agent de joueur.

Qu’est ce que ça pourrait vous apporter concrètement, parce que c’est un investissement colossal, ne serait-ce qu’au niveau des installations.

C’est comme pour arriver en Ligue 2. On a besoin de ça pour tout un tas de trucs : faire signer des contrats pros à nos stagiaires, mais surtout avoir une assise d’un club digne de ce nom. On ne peut pas avoir un centre de formation si on continue en National ou même si on fait la girouette entre le National et la Ligue 2. C’est une obligation, de toute façon, d’être en Ligue 2 pour avoir un centre de formation. On peut le garder quand on redescend, c’est comme la participation à la Coupe de la Ligue, la première année où tu descends. Rien que ça c’est 400 000 euros de rentrées.

En parallèle de votre vie de président, vous êtes aussi un entrepreneur, qui travaille en famille depuis plus de trente ans. Il reste des cases à remplir sur votre agenda ou c’est inextricable ?

En plus j’ai trois enfants, faut s’en occuper ! Mais moi je suis demandeur d’une vie comme ça. Je veux tout vivre à fond, profiter, je suis comme je suis. Finalement le seul problème c’est que c’est le contexte, le décor qui est pas bon.
A quoi il ressemble, Alexandre Barbero, quand il est dans le Stade Pourcin ?

Je ne suis pas très expressif, en fait. Si on y arrive c’est que le boulot a été fait. Mais je me projette très vite sur le prochain match.
Et à la mi-temps ou à la fin du match, ça vous arrive de faire des actions à la Jean-Michel Aulas, dans le vestiaire, ou dans le local des arbitres ?
Pas du tout. Moi quand je suis dans le vestiaire avec les joueurs c’est pour partager leur peine ou leur joie, et souvent ça me coûte un peu d’argent (rires). Mais les arbitres je les salue à l’arrivée, et quand ils s’en vont…Je n’en ai jamais pris un à parti. Bons ou mauvais, ils font leur job, il en faut bien un. La plupart du temps c’est nous qui nous mettons en difficulté, après le reste….
Quand vous analysez le niveau du championnat National, vous trouvez l’écart avec la Ligue 2 monstrueux ou vous pensez que L’Etoile pourrait le combler facilement s’il y a montée dans un avenir proche ?
Le football de Ligue 2, on va le qualifier de plus «propre». Le National, c’est un peu comme le championnat CFA mais avec plus d’impact physique. Ca joue dur, c’est un football d’hommes. Les techniciens ont peut-être plus «peur» sur les pelouses de National, peur des brutes. Le football de Ligue 2 c’est un sport où tout le monde est pro. Le National c’est du Heavy Metal, la Ligue 2 c’est du Hard Rock. Un joueur comme Mathieu Scarpelli, qui a connu la Ligue 2 et même l’élite, quand il joue à l’extérieur il est un peu sur la retenue. Il a peur de se faire mal parce qu’il sait qu’il est doué, et que parfois les gestes un peu trop techniques ça passe pas bien, ça en agace quelques-uns, et il sait qu’il risque de se faire couper les jambes.
C’est quoi votre modèle ? Un club à la Guingamp qui fédère toute une région, ou des institutions comme Auxerre ou Montpellier qui se sont hissés péniblement en haut de l’affiche pour y rester très longtemps ?
Un club comme Guingamp qui fédère une région avec un président qui est aussi le patron de la ligue nationale, ça aide, non ? J’ai aucun modèle. Notre problème à nous c’est qu’on n’a pas de public. Et on ne sait même pas pourquoi, on n’a pas dû être bon sur ce point-là. Aujourd’hui, il faut qu’on grandisse dans tous les domaines. J’ai aucun modèle. Y a vraiment rien qui me fait bander, y a rien qui m’intéresse. Le seul truc qui m’intéresse c’est notre histoire à nous. Des exemples de courage il y en a, mais un modèle pour tenir un club de football, il n’y en a pas.
Et le PSG, ça vous fait rêver ou ça vous ulcère ?
Moi ce qui me fait rêver, c’est de voir qu’en 4 ans on est passé d’une bande de bandits à une équipe de gentlemen footballers. C’est vrai, ou pas ? Plus de problèmes de hooligans, par exemple. Si c’est avec de l’argent et un peu d’amour propre qu’on arrive à ne plus avoir de violence, pourquoi pas ? Et alors le fait que ce soit avec de l’argent qatari….heureusement qu’il est là, l’argent qatari, je ne vois pas trop l’argent français être investi dans le foot. Je sais à quel point c’est dur d’obtenir ne serait-ce que les 1.400 000 euros de sponsors qu’on a ici. Ce qu’il faut c’est réussir à motiver ces gens-là , c’est pas parce qu’ils sont qataris qu’ils jettent leur argent par les fenêtres, bien au contraire. Aujourd’hui il reste quoi, en France, Lille qui appartient à une grosse boîte française ?
Et si un jour, un mec se pointe avec une fortune et vous propose de faire de votre club LE nouvel eldorado du football azuréen, comment vous réagissez ?
Ben déjà je serai content parce que ça voudra dire qu’on l’a intéressé ! Et puis si jamais c’est vraiment la survie du club qui en dépend, on va analyser la situation. Si l’OPA est amicale, que le plan est établi sur plusieurs années avec l’apport des uns et des autres, je pense que ça ne peut être qu’une chance pour le club. L’argent n’est pas forcément sale, en France on a un gros problème avec ça. Franchement j’ai envie de rien lâcher, mais je ne suis pas comme les saumons, je ne remonte pas le courant. Il faut juste qu’on nous aide un petit peu. L’information, c’est 98% de ta notoriété et de ta personalité. Et je trouve dommage que ces gens-là, journalistes, de gauche ou de droite, de devant ou derrière peu importe, ne se sentent pas un peu plus Fréjusiens ou Raphaëlois. C’est comme en cas de guerre, quoi, on va quand même s’unir si ça arrive, non ? La seule chose qui pourrait me faire changer d’avis ce serait qu’on porte atteinte à mon intégrité morale ou physique par exemple, ou ma famille, mais sinon…je suis comme une anguille, va falloir me taper longtemps sur la tronche pour que je meure.

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