CINEMAN
de Yann Moix – 2008

Les films vivent et restent, ou vivent et meurent. Certains gagneraient à être plus connus, et d’autres mériteraient de rester au fond d’une male scellée par le génie d’Alladin, le genre de truc que tu peux pas ouvrir sans une vieille formule oubliée. Hélas, pour Cineman, on avait la clé.
Dieu sait pourtant qu’il y a des choses dont il vaut mieux ne plus jamais parler, une fois qu’elles ont fini d’exciter les réseaux de l’actualité. Comme les plaques d’eczéma qu’il ne faut pas toucher une fois qu’elles ne démangent plus, ou les croûtes de pus qu’il ne faut surtout pas arracher. Mais moi, dingue parmi les dingues, j’ai voulu revivre un atroce cauchemar cinématographique qui a plongé la France entière dans la plus sordide des torpeurs en 35 mm en l’an de grâce 2008. J’ai affronté le Cineman de Yann Moix, ovni abracadabrantesque au potentiel régurgitatoire très sous-estimé, même par les critiques les plus acerbes en proie au snobisme de la caution culturelle, et par les cinéphiles les moins enclins à tolérer les frasques maladroites de réalisateurs au sens artistique un peu trop personnel.

J’ai longtemps hésité avant de lancer le divx du film. J’ai délibérément choisi ce format putride de dégueulasserie tant visuelle que sonore pour donner à l’oeuvre toutes les chances d’exploser à mes sens sous ses atours les plus entiers.

J’avais peur de me noyer dans un puits sans fond, de redécouvrir un néant abyssal dont même les pires séries allemandes peinent à définir clairement les contours. Il m’a suffi d’un élan de courage, d’une heure et demie de temps libre et d’une pression timide sur un bouton play qui semblait me crier de ne le toucher sous aucun prétexte pour comprendre ma douleur.

Le pitch tient en deux phrases, certes lourdes, mal construite et parfaitement absurdes, mais en deux phrases quand-même : Franck Dubosc, alias Régis Deloux, professeur de mathématiques dans un lycée lambda de Montreuil-sous-bois, vit une existence moribonde entre ses élèves débiles, son appartement en décrépitude hérité de ses parents, et son incapacité chronique et légitime à séduire la moindre gourdasse dépressive et repoussante. Heureusement, grâce à l’aide de Pierre Richard, de Michel Galabru, et à la découverte d’un médaillon magique abandonné par une actrice anglaise aujourd’hui décédée sensée incarner une sorte d’alter ego de Romy Schneider en un poil plus borderline et en brune, il va se retrouver propulsé justicier multi-casquettes dans une série de grands classiques du cinéma pour sauver la belle british des griffes d’un méchant Autrichien mal campé par un Pierre-François Martin-Laval pathétique dans une totale perdition comique.

Franck Dubsoc à son maximum
Dubosc qui fait du Dubosc, c’est ridicule. Autour, les autres ne font rien, c’est à peine s’ils le regardent s’enterrer vivant dans un tas de fumier trop gros pour être vrai. D’une monstrueuse lourdeur, les gags s’enchaînent assez lentement pour être digérés avant même leur mise en bouche, et laissent un arrière-goût rance à faire passer un MonChéri pour de la pâte d’amande. Toutes les répliques oscillent entre le franchement moisi, le téléphoné-faxé-mailé-smsé « si t’as pas compris je te l’écris sur la rétine à l’encre de Chine ou au burin », et le désastre surnaturel. Dubosc, pantin déguingandé trimbalant son humour de vieux beau érotomane, agite sa croupe dans des reconstitutions putréfiées de monuments du 7eme art comme un mec bourré qui chie dans l’urgence derrière un utilitaire en plein jour.

C’est navrant, fatigant, désarmant de nullité. C’est peut-être du nullisme, un nouveau courant artistique serait né sous nos yeux ébahis sans même qu’on s’en soit rendu compte. Merci Yann Moix pour ce moment unique, la visite d’un trou noir en différé, directement de chez soi. J’ai eu peur d’être aspiré, à un moment, mais j’ai survécu. Je crois qu’à la fin, pour synthétiser les résultats de cette expérience aux frontières de la lobotomie par imposition d’images, j’ai pété. La boucle était bouclée, qu’elle le reste à jamais.

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