2014 – Avec Keanu Reeves, Hiroyuki Sanada, Kô Shibasaki

Réaliser un film de sabres superbement chorégraphié quand on vient de l’univers du clip est une idée défendable. Réaliser un film de sabres à partir d’une véritable légende ancestrale japonaise qui claque est un projet plus qu’intéressant. Réaliser un film de sabres avec l’introduction d’un acteur occidental, la création d’un univers onirico-magique zarbi et des personnages hyper-caricaturaux comme même le Japon peine à en créer, ça c’est discutable. 47  Rōnin, pas un de plus, pas un de moins, et autant d’arguments qui s’opposent pour défendre ou descendre le film de Karl Erik Rinsch, un britannique avec une tronche de Viking et nom d’Ostrogoth obsédé par le code du Bushido. Un type étrange, quoi.

XVIIIe siècle et réécriture

La chose à savoir avant d’aller voir le film, parce qu’on ne vous l’expliquera jamais au cours des 119 minutes alors que vous brûlerez de le comprendre et d’en être sûr, c’est que le scénario est vraiment issu d’une histoire vraie. Celle de 47 samouraï déchus, qui dans un XVIIIe siècle balbutiant, partent à l’assaut du village voisin pour couper la tête du seigneur Kira, ordure parfaite qui a fomenté un horrible complot pour que le Shogun (le grand patron) ordonne la mort par Seppuku (ou auto-éventration) de leur chef. Jusque-là, aucun problème, sauf que les premières images du film mettent en scène un gamin au crâne lacéré de brûlures qui se transforme en Keanu Reeves en grandissant, et qui zigouille une créature fluo mi-bison maléfique mi-dragon pédestre à six yeux pour sauver ses maîtres. Donc là, pour la caution « authentique » de l’histoire, ça devient chelou. Par contre ça bastonne dans tous les coins quasiment d’entrée, et on sent que dès que les lames vont s’entrechoquer, le talent de clipper de Rinsch va s’exprimer.

Un méchant trop méchant, une sorcière trop catin, une promise trop gourdasse, et un personnage fabuleux

Viennent ensuite les principaux protagonistes de l’intrigue, à savoir les salopards du clan Kira. Par un habile stratagème qu’on ne vous révélera pas, le Kira en question, big boss du village voisin, trouve le moyen d’occire le patriarche du village des héros par la voie légale, et embarque la fille de celui-ci, qui ne rêve que d’une chose pourtant, être la gonzesse de Kaï « Keanu Reeves » le « sang-mêlé », être impur et indigne du rang de samouraï. Comme Asano (le patriarche) est accusé de traîtrise, ses 47 samouraïs sont bannis, et son principal acolyte, Oïchi, sera jeté dans un trou pendant un an. Keanu se livre à des combats clandestins chez les pirates irlandais, pendant qu’Oïchi retrouve ses anciens compagnons, devenus rōnin, des samouraï déchus, et organise la vengeance. Et pour ça, il a besoin de sabres, de volonté, et d’un être supérieur, le fameux Kaï, qu’il soupçonne d’être un démon parce qu’il perçoit des choses liées à la sorcellerie que lui ne sent pas.

Dans les rangs de Kira, le triumvirat des méchants est tellement caricatural qu’on n’y croît pas une seconde. Déjà, lui, parfaite ordure avide de pouvoir, capable de massacrer ses propres guerriers à l’entraînement pour l’ego-trip. Et son guerrier masqué de 2m40, aussi, muet, bourrin, et beaucoup trop indestructible. Mais la pire, c’est la sorcière, qui en plus de ne pas exister dans la véritable histoire, est une espèce de créature perfide, libidineuse au point d’en devenir grotesque. Et moins jolie, en prime, que la victime principale, Mika (Kō Shibasaki), merveilleusement belle, mais parfaitement cruche face à l’adversité…pire que Zelda. Chez les rōnin, on notera la performance géniale d’Hiroyuki Sanada (Oïchi), magnifique d’honneur et de véhémence dans un combat contre la tyrannie absurde d’un taré. C’est lui qui tire le film vers les sommets qu’il aurait pu atteindre, si on l’avait laissé exister en tant que film « vraiment » japonais. Parce que Keanu Reeves, bon…mais les effets spéciaux pour introduire le surnaturel là où il n’y en avait pas besoin, c’est dommage. Restent les images du Japon de 1702 (sublimes), et des combats épiques à souhait, entrecoupés de scènes typiques des films de sabres à l’ancienne, entre honneur, décadence, et Bushido.

 

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