Film de Neil Burger (2014) avec Shailene Woodley, Ashley Judd, Kate Winslet, Theo James – Adapté de la série littéraire « Divergent » signée Veronica Roth

Il fut un temps où les cinéastes nourrissaient un désir ardent d’invention, et prenaient leur bâton de pèlerin pour partir en quête de dollars afin de financer leurs idées démentes. C’était souvent très cher, donc difficile, mais les plus belles réussites de ce cinéma-là sont le fruit d’un habile compromis entre persévérance des auteurs, confiance des investisseurs, et talent des créateurs. Mais le cinéma de nos parents c’est fini, vus l’avez sûrement remarqué. Nous sommes à l’aube d’une 354e adaptation de Godzilla (et oui, déjà), et au lendemain de dispensables remakes de Superman et Spiderman, même pas dix ans après les remakes d’avant, comme s’il était utile de s’y repencher. Nos blockbusters à nous ne sont pas des coups de génie, mais des plans marketing. Alors on va faire notre possible pour s’en contenter, en constatant avec effroi que l’industrie ne se contente plus de reproduire des films ou de réhabiliter des mythes connus par coeur : les producteurs ont trouvé un nouveau filon, ils ont carrément créé un nouveau modèle économique. Depuis « Harry Potter », le délire général, c’est d’adapter à l’écran des histoires pour adolescents qui cartonnent à l’écrit. Et après la très honorable série (en cours) « Hunger Games », nous avons droit à « Divergent ».

Loi des séries, seconde carrière et Mel Gibson

Adapter des séries de romans est un stratagème merveilleux. La génération des 15-35 ans, surgavée de séries toutes plus addictives les unes que les autres, est un public très demandeur de personnages récurrents, d’intrigues qui s’étalent et d’univers évolutifs. Celui de « Divergente » (le « e » a été ajouté en France pour signifier que l’héroïne est une fille) n’est pas très original en soi : Chicago a vu l’apocalypse, et les humains ont compris que c’était de leur faute. Donc pour faire le tri entre le bon grain et l’ivraie, ils ont mis en place un programme de détection des capacités naturelles pour se catégoriser en 5 factions distinctes sensées évoluer en harmonie pour maintenir l’équilibre du monde : les érudits pour faire évoluer la science, les altruistes pour gouverner avec équité, les sincères qui ne maquillent jamais leurs avis, les audacieux pour défendre la cité et les fraternels pour cultiver la terre. Et si on ne rentre pas dans ces catégories le jour du « test », dehors, sans faction. SDF, quoi. Si Max le Fou sous les traits de Mel Gibson était là, il se sentirait pas trop mal, à ceci près que la ville n’est pas détruite, et qu’avant la crise d’ego de la patronne des érudits (incarnée par Kate Winslet en pleine carrière post-Titanic, qui n’a jamais été aussi perfide), tout va plutôt bien. Mais il se trouve qu’une certaine Béatrice, fille d’Altruistes, va rentrer potentiellement dans trois catégories, et ça va être le bordel. Parce que dans le Chicago post-apocalyptique imaginé par Veronica Roth, on n’aime pas beaucoup ces « divergents ».

Junkie XL, Classe Mannequin, et un vent de révolte

Postulat de départ peu flatteur : au début, ça pue vraiment le teenage movie tout moisi. Les acteurs ressemblent tous à des gravures de mode, même les parents des héros. On se croirait dans une version américaine de Classe Mannequin, nourrie aux images de synthèse et à la créatine. Et comme il n’y a pas Philip Seymour Hoffman pour redonner un peu de « normalité » à cet étalage de splendeur corporelle, ça tourne vite à l’excès. Même Kate Winslet, au demeurant charmante, fait instantanément vielle peau. Mais passons : c’est le futur, pourquoi pas ! La bande-son signée Junkie XL (la cover d’Elvis pour la série des « Ocean’s », c’était lui) donne aussi dans l’électro polissée qui craint, et laisse musicalement le film dans un univers très ado. Heureusement, Neil Burger (responsable entre autres de l’excellent « L’Illusioniste ») a su donner à ses personnages un supplément d’âme qui va booster l’intérêt du film. Tris, l’héroïne, est une vraie révoltée balancée brutalement sur un chemin initiatique d’une violence assez extrême. En « cavale » chez les audacieux, elle prend des tartes, on la traque, on la force régulièrement à affronter ses démons, sa famille se disloque, c’est compliqué. Et surtout, Shailene Woodley, qui l’incarne, ne possède pas la beauté sans débat possible de Jennifer Lawrence, son alter-ego d' »Hunger Games ».

Il y aura une suite, évidemment. Donc point de révélations sur l’histoire (vous pouvez toujours vous procurer les livres). Mais si vous aimez les entraînements à la Rocky, les histoires d’amour impossibles (comment ai-je pu oublier de mentionner ça ?!) et les univers qui tiennent du carcan idéologique qu’il faut absolument détruire, alors allez découvrir cette nouvelle saga pour ados. Elle a bien plus à offrir qu’un simple instant « pop-corn », même si vous avez plus de trente ans.

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Une réponse

  1. Francesca

    Ben franchement, ayant lu les bouquins, je me suis dit comme toi. Au fur et à mesure que j’avançais dans ma lecture, j’ai été agréablement surprise. Bon y a des défauts, quelques tics d’écriture, des tergiversations inutiles mais aussi une histoire pêchue, des personnages assez surprenants et un monde moins manichéen qu’il n’y paraît. J’irai peut être voir le film du coup.

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