Semaine 1 – une nouvelle vie, faite de vignettes, de mythomanie relative et de fantasmes exagérés.

Et dans le rôle du gibier, moi,  fiche ID : 25138866, homme de 31 ans révolus, 1m88, 98 kilos de viande poilue et paraît-il virile comme rarement, un câblage neuronal décemment réalisé, et une large ouverture d’esprit en matière de modèles de compagne. Le postulat de départ est assez simple : je suis un vrai célibataire, trentenaire donc inquiet. Mais j’ai aussi ratissé pas mal, donc a priori j’ai quelques notions sur mes goûts, et j’ai appris à gérer ce qu’on appellera « les impondérables ».

L’objet de cette enquête est assez simple : plutôt que de réaliser un simple article qui dirait que sur Adopte on trouve de jolies esthéticiennes, des kikoolol en mal d’affection et plein de filles jolies et cools condamnées à caresser des chats les soirs d’hiver à cause d’un alignement de planètes défavorable, on a décidé chez Bah Alors ? de pousser le vice plus loin. Nous allons donc passer un mois complet en immersion, enfin on… JE vais être le cobaye de cette affaire-là. Ma mission : être un utilisateur lambda, me fondre dans la masse, et faire comme tous les autres « produits » – essayer de tirer mon épingle du jeu pour capter l’attention des filles qui pourraient me convenir. Un sacerdoce en puissance, pour un garçon amateur de relations humaines, de discussions vibrantes et de délires possédés. La drague sur Internet, ça va être compliqué, mais j’ai trois armes qui peuvent m’aider à gagner la guerre : l’obligation d’un travail d’analyse (pour vous !) qui va me placer d’emblée en observateur extérieur autant qu’en  tant qu’acteur, une orthographe qui se tient pas trop mal, et surtout, assez peu de critères rédhibitoires. Donc on va ratisser large, très large, et examiner toutes les éventualités. Qu’est ce qu’on ferait pas pour la cause…

Face/profil, mensonge contenu et page blanche.

Adopteunmec.com est un site de rencontres virtuelles. Certaines choses fonctionnent ici comme dans la vraie vie, comme par exemple la nécessité d’afficher sa tronche pour créer un premier contact. Les utilisateurs qui ne mettent pas de photos n’ont absolument rien compris : on n’est plus au milieu du XXe siècle, les annonces matrimoniales à la fin du journal du dimanche c’est terminé. Montrez-vous si vous voulez qu’on vous parle, les membres du sexe opposé n’ont aucune envie de palabrer pendant des heures pour négocier une photo floue envoyée via une boîte mail. Il y en a plein d’autres qui se montrent, et qu’il est facile d’aller voir en un seul clic. Pas deux, un. C’est un peu pareil, mais dans une moindre mesure, pour la description. Disons que c’est avec ces quelques lignes que l’utilisateur en rut va essayer de constituer un être avec une âme dans le corps qu’il aura commencé par regarder vite fait. Pour savoir si y a moyen de moyenner, en gros. Ce que vous devez absolument savoir, c’est que les créateurs du site ont tout compris à la nature humaine : les filles sont en attente d’un homme, les mecs sont à la chasse, et doivent s’offrir le permis pour une somme allant de 20 à 30 euros (à la louche et selon les formules). Ils (on, parce que j’en suis désormais) repèrent des filles qui leur plaisent, et leur signalent leur intérêt par un « charme », qui peut déboucher, selon le bon vouloir de la demoiselle visée, sur une discussion. Dans l’autre sens, c’est plus simple : les filles peuvent directement envoyer tous les mails qu’elles veulent, gratuitement, en espérant que les membres masculins ayant réglé leur cotisation (sinon, réponse impossible) daignent bien leur répondre.

Pour ma part je suis parti sur un choix de photos assez représentatif, et sur une description qui prend pas en traître. Je vais vivre un mois d’immersion en luttant avec mes armes, et elles ont les défauts de leurs qualités : ma description est longue et elle essaye d’être cool, donc elle est soit « géniale » (je cite les mails que je reçois) soit hyper-relou. Les photos sont honnêtes, je ne me suis pas inventé de déguisement de rockstar ou de passion pour le surf en postant un cliché maritime pris de tellement loin qu’on voit rien. J’ai donné mon âge en années terrestres (et pas lunaires), ma taille en centimètres homologués, mon poids dans la fourchette de 5 kilos disponible la plus proche de la réalité, et je n’ai caché ni ma passion un poil arrachée pour Slayer, ni mon addiction à Faites Entrer l’Accusé. Appelons ça de la vente sincère à prix coûtant. Pour celles et ceux qui sont maladroits en orthographe et angoissés par la page blanche, l’étape de la description peut vite devenir un calvaire. Un conseil : faites vous aider ! Sans cette description vous n’êtes qu’une image et sans image vous n’êtes personne, même avec quelques mots qui vous définissent, quand bien même ils vous placent très clairement au-dessus de la mêlée.

Elle a l’air bonne, elle a l’air conne, elle est trop loin, c’est quoi ce chien ?

Description validée, photos uploadées, charmes prêts à être dégainés, application Androïd téléchargée, on se lance dans la guerre moderne et très individualiste de la web-séduction. Les pages défilent à la vitesse de la lumière, rien que la page d’accueil du site cible pour vous une bonne quarantaine de victimes potentielles, dans votre tranche d’âge, pas trop loin de chez vous, et en ligne donc susceptibles de vous répondre rapidement. C’est merveilleux, ça sent le carnage, voire même l’abus de biens sociaux (en réseau). On passe sur des profils, on est interloqué par des jolis visages, on clique, on passe les photos en revue. Je le confesse, si le sourire est grand et l’oeil pétillant, je ne développe même pas la description, je balance un charme. Je regarde l’âge et la situation géographique, quand même. Bim, premier mail reçu. Une quinqua de Limoges, mais quel est le rapport ? Qu’est ce que tu veux ? Je jette un oeil. C’est une cougar, enfin je pense. Compliqué, mais au cas où, je laisse une option. Je réponds pour faire celui qui s’intéresse. Je continue de flâner, ça me lasse très vite, jusqu’à la blonde de Hyères. Elle est bête, mais tellement jolie que c’est pas grave. On ne meurt pas de ne pas savoir écrire « j’en c’est rien ». Ah y a la grande gigue de Fréjus, aussi, sympa mais encombrée par un chien. Il est là sur toutes les photos, j’ai presqu’ l’odeur qui renifle à travers le Xperia. Je reçois un autre mail. Je réponds, elle répond pas. Elle est jolie, mais pas partout. Photo prise d’en haut, mauvais plan, ça sent la surcharge pondérale. Et elle a 19 ans, c’est pas moral. Un mois, ça passe vite ?

La semaine prochaine, l’épisode 2 – Le temps des Moissons (et pas le Vent des Moissons, ça c’est avec Annie Girardot, qui n’est pas inscrite sur Adopteunmec)

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