Il est sans aucun doute le plus jeune metteur en scène de toute l’agglomération. Nicolas Desnoues (à droite sur la photo) a tout juste 17 ans, mais il a déjà énormément de talent, de détermination, et de suite dans les idées. En attendant de monter à Paris pour intégrer une grande école d’art dramatique, il construit son emploi du temps compliqué entre son année de terminale et les répétitions de sa dernière mise en scène, « Le cabaret des hommes perdus », qu’il présentera à la Salle Felix Martin le 28 avril dans le cadre des 2e rencontres théâtrales de St-Raphaël. Et parce qu’il est très loquace, BAH ALORS ? est allé lui poser quelques questions, ne serait-ce que pour vérifier qu’effectivement, le théâtre n’est définitivement pas un truc de vieux.

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L’année dernière, tu présentais déjà une pièce pour les premières rencontres théâtrales. C’était quoi, la pièce ?

« Un monde fou », de Becky Mode.

Cette année c’est différent, tu présentes une pièce qui te tient vraiment à cœur et que tu voulais mettre en scène depuis très longtemps…

Oui, ça s’appelle « Le cabaret des hommes perdus » . En fait, si tu veux, j’avais monté une pièce il y a 3 ans (à 14 ans, donc, ndlr) qui s’appelait « La nuit d’Elliot Fall » de Vincent Daenen, sur une idée de Jean-Luc Revol, et c’est un peu la suite – même si ça n’a rien à voir – du « Cabaret des hommes perdus », qui vient  aussi d’une idée de Jean Luc Revol. Il a eu l’idée de faire 3 pièces, aujourd’hui il y en a 2, la troisième est en préparation. Trois pièces dans le domaine de l’absurde, du rêve, ça donne des pièces qui sont assez différentes de ce qu’on peut voir d’habitude,  avec du théâtre musical. « Le cabaret des hommes perdus » est différent de « La nuit d’Elliot Fall », mais tout aussi drôle et déjanté.

Il me semble t’avoir entendu dire que c’était la meilleure pièce de théâtre que tu as jamais vue…

Ben c’est peut être pas la meilleure que j’ai vu mais aujourd’hui c’est une pièce qui me parle à chaque fois que je la vois ou que je la joues.

Étant donné que tu es complètement fan de la pièce et des auteurs, est-ce que c’est pas un peu difficile de se mettre à la place d’un metteur en scène et d’en livrer ta propre interprétation ?

Alors en fait,  la pièce je l’ai vue il y a un moment parce qu’elle se jouait en 2007 ou 2008, et donc j’ai quelques petits souvenirs. C’est une pièce avec une mise en scène pas très compliquée parce qu’en fait ça va être la même chose dans chaque version. Par exemple il y a une version argentine, ils en ont fait une version bruxelloise il y a quelques temps, et la mise en scène est quasi-identique parce que beaucoup de chose sont imposées. C’est au niveau du décor, des costumes, du fil rouge que ça va changer. Sinon la mise en scène, les déplacement, tout ces trucs, ça ne change pas beaucoup.

Ça reste quand même du théâtre « compliqué » , pas forcément au niveau du thème,  mais il faut à la fois danser, chanter et jouer la comédie…

Ouais ce qui est dur c’est d’enchaîner le chant et les parties jouées parce qu’il faut que ce soit naturel. Faut pas que tu parles, et que tout à coup tu te mettes à chanter, ce serait ridicule sinon. Faut vraiment que ce soit dans la continuité, et encore je trouve que c’est pas le plus dur ! Le plus difficile pour moi, c’est les changements de costume dans la pièce parce qu’on a chacun 7 ou 8 costumes et dans chaque costume on a à peu près 6 éléments. Il y a aussi le maquillage à refaire, c’est difficile parce qu’il faut que ça aille vite. L’énergie comique dépend du fait qu’il n’y ait pas d’interruption. Si il y a une interruption, la mécanique comique est perdue, et il ne faut pas la perdre.

Et donc de gérer ça ,c’est ton rôle ! Toi d’habitude tu es dans une troupe mais cette année tu n’es pas entouré par les mêmes acteurs…

Mais chaque année ça change, j’ai jamais eu les mêmes deux fois ! Si, l’année dernière j’ai eu les mêmes que pour « Elliot Fall », mais sinon ça change tout le temps. Moi je dépend de Junior Association au départ. Mais j’aime travailler aussi avec des adultes donc je fais un peu tout. Une fois j’avais participé, à Villecroze, à un festival de théâtre qui nous a disqualifiés parce qu’il y avait des adultes dans la compagnie. Mais c’était écrit nulle part dans le règlement. On l’avait appris à la cérémonie, le type nous dit « faites une pièce avec uniquement des jeunes ». Et je l’ai envoyé chier, parce qu’il faut mélanger ! C’est à cause de ce genre de trucs qu’il y a des problèmes entre les jeunes acteurs et les plus matures.

Et tu as eu des problèmes pour recruter cette année ?

Ouais à mort ! C’est à cause de ça que ça ne fait que 3 mois qu’on bosse vraiment la pièce. Et 3 mois intensifs, parce qu’au départ j’avais plusieurs personnes mais les premiers m’ont lâché, et encore d’autres après. Mais ça c’est un problème qu’on retrouve souvent et dans toutes les compagnies. Tu ne peux plus compter sur personne, en fait. C’est très difficile de faire confiance à quelqu’un. On est obligé de leur faire signer des contrats bénévoles pour être sûr que les mecs vont être là !

Ce sera à Félix Martin ou à l’auditorium ?

A Félix Martin.

Tu aurais préféré l’auditorium ?

Non, Félix Martin parce que c’est une pièce de cabaret et la salle est tout à fait appropriée. La scène est un peu petite, mais appropriée.

Il y a beaucoup d’éléments de décor ?

On a 3 cubes. Et les 3 cubes qu’on a, on va s’en servir pour faire plusieurs décors. Après par-dessus ça on a une commode, un grand escalier, mais comme on bouge beaucoup, on a aussi un  décor de base qui est le bar où il y a un canapé, un siège etc… Et après on a quelques petits éléments à côté mais c’est assez petit. Le principal problème c’est qu’on bouge beaucoup, mais bon on va s’en sortir c’est pas… J’ai connu pire. On a joué aux Nuits Off, après ça tu peux tout faire !

Donc toi tu as 17 ans, révolus depuis peu, le deuxième metteur en scène le plus jeune de toutes les rencontres théâtrales de Saint-Raphaël à ton avis il a quel âge ?

A mon avis, le deuxième plus jeune doit avoir… 45 ans ? 50 ans ? Sachant que la moyenne d’age des compagnies théâtrales locales, c’est 60 ans…

C’est beaucoup plus que toi…

Ouais mais c’est même pas une blague, c’est vraiment ça, c’est 60 ans.

Et toi tu pourrais intégrer une compagnie gérée par d’autres gens ?

Honnêtement je ne pense pas. Si ! J’ai déjà fait parti du théâtre de l’apparté de Daniel Pugnalle. Mais c’est difficile, les troupes sur Saint-Raph, parce que moi je ne suis pas fan de ce qu’ils font. Si tu veux, il n’y a pas de pièces qui sont extraordinaires, ils font du Feydeau ou leurs propres trucs, et ça ne me parle pas. La plupart des gens, ils vont voir ce qu’il connaissent, ou ils vont voir les gens qu’ils connaissent et quand tu leur proposes un truc qui sort des sentiers battus, ils n’ont pas forcément le réflexe… Et c’est dommage.

Et toi, tu as peur de ne pas avoir de monde ?

Non, on s’est donné l’objectif à chacun d’apporter 50 personnes, et on a beaucoup d’amis. On compte plus sur nos amis que sur les gens qui viendront. Parce que les gens ne vont pas venir naturellement, il y a trop de pièces. 15 spectacles (en fait, 18, ndlr)! C’est énorme ! Sur 2 semaines ! Comment veux-tu que les gens fassent leur choix ? Il faut qu’ils s’assoient à un café et qu’ils prennent une demi-heure pour tout lire, c’est super difficile de faire un choix. Nous on compte avoir 150, 200 personnes. Sur 280 places c’est très bien.

 

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