Quand on se lance dans la musique, on a deux solutions : prendre le risque de soumettre son propre talent de créateur à l’épreuve de l’auditoire, en n’étant pas très sûr de l’accueil critique. Ou alors on se lance dans la copie, avec plus ou moins de talent, mais au moins on est sûr que le répertoire qu’on joue a déjà rencontré son public. Les Italiens de Killer Queen ont pris le parti extrêmement difficile de devenir une copie du plus grand groupe de rock du monde, Queen, avec toutes les galères que ça comporte : Freddie Mercury et sa voix légendaire et inimitable, le génie transgénérationnel de Brian May, des arrangements grandiloquents créés à grands coups d’idées lumineuses et de Pounds, bref, un Everest à attaquer, à poil et sans piolets. Autant dire qu’avant de se pointer sur une scène et de prétendre redonner vie à Queen, vaut mieux avoir de la ressource. Et bien à l’Espace Victor Hugo de Puget hier soir, Killer Queen a prouvé qu’ils avaient pleinement conscience du défi, et les qualités pour le relever.

Un quatuor de 6, une setlist étudiée, et un guitariste cinglé

Première surprise pour les quelques fans hardcore de Queen présents dans la salle, ils sont six, soit deux de trop. Dommage pour la totale intégrité dont font parfois preuve les « cover-bands », qui imitent à la chaussette près les tenues de leurs groupes préférés. Mais on ne reprochera sous aucun prétexte ce choix de raison à Killer Queen, qui préfère ajouter un clavier et une guitare acoustique sur scène pour éviter d’avoir recours à des milliards de séquences, même pour les morceaux les plus arrangés de Queen, ceux enregistrés pendant les dernières années d’un Mercury mourant, trop malade pour monter sur scène, mais dévoré par l’envie de proposer une musique toujours plus ambitieuse.

La setlist pioche allègrement dans absolument toutes les périodes du groupe, sans se cantonner aux grands classiques incontournables sans lesquels un concert du vrai Queen n’aurait pas été complet. Hormis les tubes « Bohemian Rhapsody » (interprété, et dieu sait que c’est difficile, à la perfection), « Don’t Stop Me Now », « We Will Rock You » ou « We Are The Champions » en fin de rappel, le groupe a aussi osé taper dans le back-catalogue plus obscur, en laissant leur guitariste jouer carrément l’intégralité du solo de « Brighton Rock » à la note près, 6 minutes de guitare psychédélique à souhait, avec exactement le même son que Brian May. Complètement fou, pas évident pour ceux qui étaient venus écouter les classiques, mais unique en son genre pour les fans du groupe.

Hormis quelques titres vraiment très compliqués sur lesquels les Italiens ont rendu une copie en demi-teinte (« The Show Must go On » accordé un demi-ton en dessous et « Innuendo », qui sonnaient bizarre), le groupe a été impeccable et a rempli avec brio un cahier des charges pas évident : faire plaisir à tout le monde. Parce que la salle était pleine (environ 400 personnes, joli score, et bravo à Vanessa Vegas et ses équipes pour l’orga), et tout le monde n’était pas venu en espérant capter une parcelle d’un groupe qui déclenchera à jamais le frisson vertébral propre aux immenses chansons. Mais il y avait aussi ce public-là, et même ceux-là y ont trouvé leur compte.

A propos de l'auteur

Articles similaires

Laisser un commentaire