De David Gordon Green – Avec Nicolas Cage, Tye Sheridan

David Gordon Green est né dans l’Arkansas, en 1975. Pour vous situer le délire, l’Arkansas est à l’Amérique ce que la Creuse est à la France : un coin sympa, où on peut vivre sans vis-à-vis assez facilement, en communion avec la nature. Pour tout vous dire, la plus grande ville, c’est Little Rock, et en dehors des tristement célèbres Evanescence, du gratteux de Green Day ou de la fille unique de Bill Clinton, peu de choses essentielles sont issues de ce coin paumé d’Amérique. La Creuse, donc, mais à la sauce ricaine, avec des pick-ups, des chemises à carreaux et des guns achetés pour 80 dollars à la supérette du coin. Un peu comme le Texas, qui serait une sorte d’Arkansas XXL, soit un endroit parfait pour les trucs énumérés dans l’intertitre qui suit.

Une famille dégénérée, des putes et un mec ultra-borderline

Joe (Nicolas Cage) est un type dont la morale flirte allègrement avec la tangente. Il gagne sa vie en exerçant une activité illégale, mais il emploie des mecs en difficulté pour le faire. Il sympathise avec des prostituées, qui sont ses seules véritables amies. Et lorsqu’il va voir débouler le jeune Gary (Tye Sheridan) en pleine loose et à la recherche d’un boulot pour sortir un peu la tête de l’eau, il ne va pas hésiter une seconde à lui filer une hache et du poison à l’essence de tracteur pour désintégrer une forêt entière. Joe est aussi complètement alcoolique (Cage doit ingurgiter à peu près 25 Whisky-cocas en 1h57), particulièrement impulsif, et en délicatesse à la fois avec un mec très pénible qui lui cherche sans arrêt des noises, avec un chien, et avec les forces de l’ordre. Un mec à problèmes. Gary, lui, a encore plus de soucis. Son père est un immonde poivrot tyrannique, sa mère une pauvre bougresse, ex-avion de chasse fauché en plein vol par l’alcool et la dépression, et sa soeur une adolescente catatonique paralysée par la peur d’exister. Dans le jargon, on appelle ça « avoir une VDM ».

L’Amérique sous son jour le plus glauque

Ces derniers temps, les contrées les plus reculées d’Amérique inspirent avec bonheur les cinéastes. Après le superbe « Mud » de Jeff Nichols, qui mettait en scène un Matthew McConaughey plus vrai que nature, ou encore « Les brasiers de la colère » dans lequel s’est enfoncé avec son talent habituel un Christian Bale à la recherche des assassins tordus de son frère (menés par Woody Harrelson, de plus en plus inquiétant), le film de David Gordon Green continue la série des essais transformés entre les bottes de foin du sud des USA. Sa plus grande réussite, l’association Nick Cage / Tye Sheridan : le premier est parfait en tuteur paternaliste bousillé par la vie (aussi bon que Kevin Costner dans « Un Monde Parfait » de Clint Eastwood), le second admirable en adolescent enragé, partagé entre l’envie de massacrer son ignoble père, et le désir de s’en sortir dignement. L’imbroglio affectif qui lie tout ce petit monde est criant de vérité, et tellement bien ancré dans le paysage qu’on comprend tout de suite que ce genre d’histoires, d’une glauquerie sans nom, ne peuvent exister que dans l’Amérique profonde. Parce qu’il faut des pick-ups et des flingues. Le film ne s’essouffle jamais, relancé sans cesse par des personnages qui dévalent tous peu-à-peu la pente, en faisant souvent le mauvais choix. Nicolas Cage est comme d’habitude (lorsqu’il est bien employé) éblouissant, et le jeune Tye Sheridan, après s’être perdu, comme tout le monde, chez Terrence Malick (« Tree of Life »), reste parfait en ado du bayou, dur au mal et très farouche quand on lui cherche l’embrouille. Mais d’une manière générale, que ce soit à Gary ou à Joe, mieux vaut ne chercher des noises à personne, dans ce monde écrasé par un soleil qui, manifestement, rend complètement cinglé.

 

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