«Mais que vient faire le paintball dans les pages «sport» d’un magazine distribué sur Fréjus et sa région ?» Vous n’imaginez pas, chers lecteurs, à quel point cette discipline importée en France au milieu des années 80 a évolué. Si pour vous c’est un délire d’ados fans de flingues et avides d’aventure qui aiment enfiler un treillis et aller se tirer dessus dans la forêt, c’est que vous avez raté une étape cruciale. Le paintball est devenu un sport de compétition, pratiqué par des tarés taillés comme des gymnastes, avec une VO2 Max de cycliste et un équipement de G.I.. Et comme on vit dans la plus belle région d’Europe, c’est chez nous que le Millenium a décidé d’organiser une étape du championnat d’Europe de paintball, entre Puget et la Bouverie. Trois jours de combats épiques, de dérapages, de rafales, d’éliminations directes et de hurlements proférés par des coaches drogués à la taurine

Un guide de choix, des nerds et des abdos saillants

Chez Bah Alors, on est comme la plupart d’entre vous : le paintball, on n’y comprend pas grand-chose. Heureusement, on est tout de suite tombés sur le grand manitou de l’événement, et par bonheur il est français. Fabrice Poujade s’occupe de gérer les sponsors pour le Millenium, ce weekend il court de partout, et pour lui, le paintball, ça fait longtemps que c’est plus de la rigolade : «la compétition qu’on organise, c’est vraiment pour les gens qui prennent le paintball pour un sport à part entière. Ils s’entraînent vraiment ! Ceux qui jouent dans ce qu’on appelle la Champion’s League, c’est des mecs qui jouent tout les weekends et qui font des exercices la semaine.» Si encore ce n’était que ça, on pourrait encore assimiler la pratique de ce jeu de gagne-terrain à un divertissement poussé pour amateurs éclairés. Mais la préparation en amont d’une compétition comme cette manche du championnat d’Europe va beaucoup plus loin, et les 2000 participants ont tous étudié le terrain avec des méthodes pour le moins minutieuses : «on publie les terrains 3 semaines à l’avance, et les joueurs les reconstituent sur les terrains près de chez eux. Ils mettent en place leur tactique, ils élaborent des stratégies sur le papier, un peu comme du Foot US. Ils ont un coach, situé au niveau des zones de préparation, ils prennent leurs consignes, on les équipe. Ils placent même des coaches qui crient depuis le public pour les informer des mouvements de l’équipe adverse. En théorie c’est interdit, mais on ne peut pas vraiment gérer ça, donc c’est à celui qui crie le plus fort !»

Pendant l’interview, c’est le moment de la compétition One-on-One, où s’affrontent dans des joutes infernales des joueurs solos qui s’éliminent au tour par tour dans des matches en trois manches. Et sur le pré, grand comme un demi-stade de foot, c’est hostile : le soleil d’avril tape comme un dingue, et ça court, ça dérape, ça se jette dans tous les recoins du terrain. Dans le crew américain, où ils sont tous derrière leur pote champion du monde de la discipline Oliver Lang, on n’est pas inquiet. Ils sont tous tankés comme des sprinters, avec des pecs en tungstène et des abdos nourris à la créatine. Fabrice Poujade n’est pas surpris : «chez les Ricains on aime bien soulever de la fonte.» Oui, et on déteste perdre, comme le prouvera le meilleur joueur du monde, qui gagnera sans trop forcer ce tournoi.

Quelques stats incroyables et un peu de diplomatie

Pour comprendre l’ampleur de l’événement, il suffit de s’aventurer aux abords du site. Des camping-cars et des fourgons partout, avec des drapeaux à l’effigie de clubs qui viennent manifestement des quatre coins de l’Europe. Apparemment, il y a des Danois, des Russes, des Allemands. Les participants campent, on voit les tenues de guerre en train de sécher sur des cordes à linge improvisées tendues entre deux pins. «Il y a plus de 2000 participants, répartis dans 160 équipes» explique Fabrice Poujade. «On en a qui viennent de toute l’Europe, mais aussi des Canadiens et des Américains, avec certains joueurs pros venus prêter main forte à des équipes européennes, aussi.» Et dans un sport assimilé à un jeu de guerre grandeur nature, certaines oppositions pourraient être un peu plus engagées que d’autres, selon les hasards du tirage au sort : «on a eu un match entre des Russes et des Ukrainiens, mais heureusement il n’y a eu aucun incident diplomatique, ça s’est très bien passé !»

Dans l’arrière-cour, des dizaines de joueurs au teint bronzé par trois jours de compétition en plein air défilent au cul des camions. Deux semi-remorques remplis à ras-bord de billes de peinture sont pris d’assaut toute la journée, mais Fabrice Poujade n’est pas du tout inquiet pour les réserves : «ce weekend ils vont s’envoyer environ 2 millions de billes. Au cas où, on a un troisième semi-remorque en réserve.»

L’état des terrains commence à refléter la montée en régime des parties. Le sol est jonché de milliers de billes à moitié éclatées, les obstacles gonflables sont tellement maculés de peinture qu’ils sont régulièrement passés au jet par le staff. En coulisses, les finales se préparent, les joueurs chargent à bloc leurs réservoirs de billes et d’air comprimé, on nettoie les tenues, on enfile les crampons. il y a comme un parfum d’armageddon, sans les morts.

Un commentateur polyglote et du matos partout

Avec l’heure qui avance, les gradins sont de plus en plus pleins. Le public est maintenant très attentif pour les matches de la fin d’après-midi, ceux qui vont désigner les grands vainqueurs de la compétition. Dans la régie située en face des tribunes, un bonhomme étonnant, Maurice Van Den Akker. Son boulot, commenter les parties en direct pour la chaîne Youtube du Millenium. Et quand il n’y a pas de rencontres, il arpente les allées du site, en discutant avec les joueurs, la plupart du temps dans leur langue à eux : allemand, français, anglais, aucun problème pour ce Hollandais qui dit avoir mis la pédale douce sur la compétition parce qu’il est trop vieux.

En contrebas des tribunes, le «village» continue à vivre. Des dizaines d’exposants sont là pour faire du chiffre et faire claquer le matos. Vous ne réalisez pas la masse de choses qui sont imaginées autour du Paintball : armures, protections de coudes, de genoux, masques, fringues, et même maintenant des chaussures spécialement dédiées à la pratique sportive, vaguement dérivées des crampons de foot destinés aux terrains synthétiques. Et tout ça, c’est sans compter les fabricants de lanceurs, ces fameux flingues homologués avec lesquels on projette les billes de peinture. Tout s’achète, s’échange, s’examine. Parce que la course à l’armement, ça marche aussi quand c’est un jeu.

Au niveau niveau du staff aussi c’est le branle-bas de combat. Tout le monde s’affaire, publie les classements, gère une connection Internet délicate pour envoyer les parties en streaming et en mondovision, et s’occupe des joueurs qualifiés pour les phases finales. L’histoire retiendra d’ailleurs que les grands gagnants de cette étape du Millenium Tour auront été les Canadiens d’Edmonton, qui ont défait en finale les Américains de Houston. Anecdotique pour les non-initiés, et original pour une compétition européenne. Les Polar Bears, l’équipe russe engagée, n’a pas réussi à l’emporter malgré la présence dans ses rangs du fameux Oliver Lang, numéro un mondial et sauveur d’un jour. Quant aux Français, ceux de Valence ont brillé, mais les Toulousains vainqueurs l’an passé ont été rapidement balayés. Tout ça parce que comme souvent, dès qu’on navigue dans des sphères sportives récentes, les Nord-Américains ont flairé le filon avant. D’ailleurs il n’y a que chez eux qu’on peut vivre du paintball, en ayant beaucoup de talent et de chance. Il n’empêche que c’est ici, dans le Var-Est, qu’on organise les plus beaux événements. Et c’est le champion du monde qui le dit !

 

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