Elu avec 45.55 % des suffrages au second tour des municipales les plus disputées qu’a connues Fréjus depuis bien longtemps, David Rachline et le Front National ont fait mieux qu’ébranler la droite «traditionnelle» en place dans la ville depuis une éternité. D’abord outsider, le nouveau maire avait déjà fait sentir le vent du boulet à ses opposants en étant largement en tête à l’issue du premier tour, avec plus de 40 % des voix. 

Désormais à la tête de la plus grande ville de la Cavem, le jeune maire de 26 ans va devoir se faire une place parmi des personnages politiques qui étaient là avant lui, et qui sont pour l’instant frileux à l’idée de composer avec un nouveau venu, qui plus est issu du Front National. Cet engagement, David Rachline n’en a jamais douté, et même s’il n’a pas encore trente ans, cela fait déjà bien longtemps qu’il a les idées claires sur la manière dont il souhaite exercer un métier qui le passionne depuis ses 15 ans : la politique.


Mr le maire vous avez remporté avec une large avance une élection municipale un peu dingue. Le scénario était imprévisible, mais la conclusion, vous vous y attendiez ?

Lorsque l’on part au combat dans une bataille électorale, l’objectif c’est bien évidemment de l’emporter. Par conséquent on s’attend un jour ou l’autre à gagner, parce que c’est l’ambition que nous avons quand on mène bataille. Moi je suis très heureux que les Fréjusiens nous aient massivement fait confiance, avec une participation record. Je suis très satisfait du résultat et maintenant nous nous mettons au travail.

Comment expliquez-vous votre engagement politique si précoce ?

C’est ma passion, comme pour d’autres la littérature, le théâtre ou la Formule 1, moi tout jeune c’était la politique. J’avais la foi, donc j’étais motivé pour accomplir la mission qu’on s’est donnée. J’ai commencé très tôt, à 15 ans déjà je collais mes premiers autocollants à Fréjus, au début dans mon quartier, puis sur la ville. J’ai ensuite rapidement pris des fonctions départementales, aux alentours de 16 ans et demi, et des fonctions nationales l’année d’après. C’est allé assez vite.

Vous avez 26 ans, vous avez forcément des potes, comme nous. Vous les avez surpris, en choisissant cette voix ?

Et on a peut-être même des amis en commun ! Il y a toujours trois catégories, dans les amis. Il y a ceux qui sont d’accord et qui nous soutiennent, il y a ceux qui sont neutres, qui acceptent et qui tolèrent, et il y a ceux qui progressivement ne sont plus des amis, puisqu’ils décident de se séparer de vous pour des raisons politiques. L’immense majorité d’entre eux est raisonnable, et ils m’ont soit accompagné, soit ont été indifférents à mon engagement politique, et je m’en félicite.

Et pourquoi le Front National ?

Parce qu’il me semble que c’est le mouvement politique qui a réussi à faire le bon diagnostic. Pour soigner le malade, c’est capital. Et les autres mouvements, en appliquant toujours les mêmes méthodes et en étant incapables de faire le diagnostic nécessaire, lucide, courageux que nous faisons nous, ils sont en échec permanent depuis maintenant trop d’années. Je crois que le succès de notre mouvement, dans les années à venir mais déjà aujourd’hui, c’est d’avoir fait ce diagnostic pour le traitement des collectivités locales mais aussi de la France, qui mériterait de bénéficier d’une politique vertueuse, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.

On parlait il y a quelques années des mammouths du PS et des dinausaures de l’UMP, hérités du RPR. Votre parti aussi s’est renouvelé, après de rudes joutes entre les anciennes têtes d’affiche, Jean Marie Le Pen bien sûr mais aussi Bruno Mégret et Jean-Marie Le Chevallier. L’héritage qu’ils vous ont laissé, c’est une vague «surfable» ou un terrain miné ?

Les mammouths dont vous parlez sont toujours actifs au sein du parti socialiste et eux sont effectivement à la tête de partis politiques absolument pas renouvelés. La force du Front National c’est justement sa jeunesse, ce renouvellement, ses nouveaux cadres qui animent ce mouvement, à l’inverse du PS ou de la droite parlementaire UMP. Nous rajeunissons notre mouvement, nous le professionnalisons, ce qui pour ce qui les concerne n’est pas le cas puisqu’on voit toujours les mêmes, au niveau national, au niveau local, les mêmes en permanence qui appliquent les mêmes idées et la même politique et je trouve ça désastreux. Il faut de la jeunesse, il faut du renouveau, maintenant.

C’est toujours difficile, quand on est un élu frontiste, de persuader les administrés qui n’ont pas voté en sa faveur qu’on va être un maire normal. A votre avis, pourquoi ?

Ah bon ? Moi je constate qu’à Fréjus tout se passe bien ! Je pense à l’accueil qui nous est réservé, par exemple au sein du personnel municipal, chez qui je n’ai pas fait 100 % ! L’accueil est très chaleureux, même dans la ville au quotidien, y compris de la part de ceux qui n’ont pas voté pour nous. Aujourd’hui nous avons une seule et unique ambition c’est de rassembler les Fréjusiens autour d’une dynamique, d’un nouveau mouvement au sens littéral du terme, pour leur permettre de relever notre commune, de la redresser sur le plan financier, sur le plan du tourisme ou du commerce. C’est notre seule ambition, au-delà des étiquettes partisanes. Nous avons à charge l’intégralité des Fréjusiens, quels que soient leurs origines, leur religion, leur itinéraire politique, leur condition sociale. Peu nous importe. L’objectif pour nous est de les rassembler, c’est ce que j’ai toujours dit, c’est ce que j’ai dit le soir de mon élection, et c’est pourquoi aussi, je pense, que l’accueil est si chaleureux. Je crois qu’ils ont bien compris que nous n’étions pas dans les oppositions les uns envers les autres.

L’équipe qui a précédé la votre est restée presque 20 ans. Vous êtes jeune, dans 20 ans vous aurez 46 ans. Vous aimeriez être toujours maire de Fréjus ?
C’est un peu prématuré pour le dire. Nous sommes en cours d’installation, nous travaillons sur les dossiers urgents, l’aménagement du territoire, le budget, et toute une série d’autres sujets. Pour ce qui se passera dans les années à venir et la suite du mandat en cours, on se donnera rendez-vous et je vous dirai ça plus tard.

On vit dans une région où la population est relativement âgée, même si Fréjus n’est pas complètement «une ville de vieux». Que peut leur apporter un maire de 26 ans ?

Fréjus est épargnée ! (rires) Et bien justement,la jeunesse, une énergie nouvelle, un dynamisme, des initiatives qui par le passé ont malheureusement été assez peu nombreuses en faveur des jeunes mais même…des initiatives tout court ! Moi ça m’apparaît comme absolument essentiel. Je partageais récemment une analyse avec une journaliste, et pourtant c’était Libération donc on ne partage pas tout. Mais il y a une défiance de la société française à l’égard de la jeunesse, que moi je déplore, et en m’investissant en politique je souhaite encourager la jeunesse à s’investir, à créer des entreprises, du mouvement, parce que je crois que ce sera bon pour la société française, et ce sera bon pour Fréjus.

A la Cavem, vous êtes le nouveau, le plus jeune, mais vous êtes aussi celui qui est à la tête de la ville la plus importante. Comment ça va se passer, à votre avis, avec quatre «collègues» tous issus du même camp ?

Pour l’instant je n’ai pas le droit de parler (sourire) (David Rachline a souhaité faire un discours liminaire lors du premier conseil communautaire post-municipales, ça lui a été refusé, ndlr). Moi je suis dans le cadre de la gestion de Fréjus. J’estime que notre commune doit être respectée. Nous n’avons pas plus de droits que les autres, mais pas moins que Mr Ginesta. Il va falloir que ces
messieurs apprennent à vivre avec nous, qu’ils sachent que nous existons, que nous avons un certain nombre de revendications, et qu’on ne peut pas nous écarter comme cela a été fait pendant trop longtemps. En ce qui me concerne quand je n’ai pas la parole je la prends d’une manière ou d’une autre, c’est ce que j’ai fait à la CAVEM la dernière fois. J’entends consulter, prendre rendez-vous avec l’ensemble des maires qui constituent la communauté d’agglomération, et leur faire une proposition simple : une présidence tournante pour l’intégralité des communes, deux ans pour les grosses, un an an pour les communes de taille moyenne, et des vice-présidences pour l’ensemble de ceux qui disposent d’une majorité municipale, ça me paraît la moindre des choses. Et si ça ne se passe pas comme je le souhaite et que Mr Ginesta veut aller à la confrontation, alors j’en tirerai les conclusions qui s’imposent.

Quel est votre lieu préféré, à Fréjus ?

Il y en a beaucoup. Mais l’un de mes lieux préférés c’est la pagode. Pour l’apaisement et la paix intérieure qu’elle amène. C’est un lieu unique qui fait partie de notre patrimoine. Il y en a beaucoup d’autres, la merveilleuse Base Nature, les Arènes avant leur bétonnage, le centre historique dans lequel nous sommes… Nous disposons d’un patrimoine extraordinaire, mais pour l’anecdote la pagode est un endroit extrêmement particulier. Mais vous verrez je suis un petit peu particulier.

Si vous aviez le pouvoir, en une seconde, de changer quelque chose dans votre ville, ce serait quoi ?

En une seconde, la remettre en mouvement, insuffler de la dynamique, de l’emploi, de la jeunesse, qu’elle puisse se former et s’installer ici durablement. Le terme essentiel c’est ça, le mouvement. C’est à ça que je travaille au quotidien avec les services de la ville et mes équipes d’élus.

Florian Philippot déclarait à la radio il n’y a pas si longtemps qu’il faisait partie de la génération «Dragon Ball». Est ce que, comme lui, vous avez finalement eu la même jeunesse que nous ?

Je crois que oui. La vie des uns et des autres dépend des centres d’intérêts. Moi ça a toujours été la politique et donc depuis que je suis très jeune je fais partie de la génération Le Pen. C’est comme ça que j’ai rencontré Jean-Marie Le Pen puis Marine Le Pen. Si je devais appartenir à une génération, d’après mon parcours personnel et l’investissement que j’ai choisi sur le plan humain, je dirais que c’est cette génération-là.

Et donc vous ne saurez pas nous dire si le plus fort, c’est Sangoku ou Vegeta…

Les dessins animés japonais c’est pas trop mon truc, mais je n’ai rien contre. Donc hélas je ne suis pas un spécialiste de ces questions, mais si vous m’envoyez un épisode je veux bien me prononcer.

A propos de l'auteur

Articles similaires

Laisser un commentaire