Réélu assez facilement au premier tour, le député-maire de St-Raphaël refuse de penser que cette élection était jouée d’avance, même si l’obtention de ce quatrième mandat consécutif n’a pas surpris grand monde. Dans la région, Georges Ginesta est un «monsieur» : il incarne les valeurs du gaullisme, et possède une aura qui fait de lui un homme d’analyse, peut-être moins proche de ses administrés que ses confrères de la Cavem, mais avec une sagesse que les hommes de pouvoir ne détiennent pas toujours.

De son parcours politique commencé par surprise dans les années 80 à sa passion historique pour le FC Barcelone, le club de ses racines, Georges Ginesta apparaît comme il le fait rarement. Et comme il était le seul à pouvoir nous conter cette histoire peu commune qui l’a mené du BTP à la gestion d’une ville, le député-maire de St-Raphaël se livre dans un entretien fait de coups droits, de cabinets d’assurance, de travaux qui avancent et de parenthèses parisiennes.

Mr le Maire, cette élection municipale, ne le cachons pas, a livré un résultat sans surprise. Vous saviez que ce serait à ce point une formalité ?

Une formalité sûrement pas ! Ce n’est jamais une formalité. Et d’ailleurs l’opposition a fait un nombre de voix important. C’est quand-même passé au premier tour, certes, c’est un bon résultat. Mais une élection n’est jamais gagnée d’avance, il faut faire campagne. On a expliqué notre programme, on a expliqué qu’on avait tenu nos engagements. En politique il faut être clair, il faut dire ce que l’on va faire, et les électeurs à ce moment-là donnent leur avis. Tous les six ans, c’est la mise à jour au niveau municipal.

Vous êtes le maire de St Raphaël depuis 1995, engagé en politique depuis un peu plus longtemps. Quelle était votre vie avant ?

Je possède un cabinet d’assurances, j’ai toujours des parts mais je suis largement minoritaire. Et avant d’être assureur je suis ingénieur de l’école des Travaux Publics de Paris. Donc j’ai vécu la vie d’un cadre dans une entreprise de bâtiment.

Comment avez vous eu le déclic de vous lancer en politique ?

Et bien ça s’est fait plus par destin que par envie. Après avoir été salarié dans une entreprise j’ai voulu créer la mienne à Saint-Raphaël. J’en ai racheté une, je vous parle de ça, c’était la fin des années 70, 79 exactement. Je l’ai fait avec les économies que j’avais, et il se trouve que dans cette entreprise il y avait une secrétaire qui était l’épouse du directeur d’agence locale de Nice-Matin. C’est elle qui m’a inscrit sur la liste du maire sortant Mr Laurin, en 1983. C’est comme ça que je me suis retrouvé sur sa liste, sans avoir rien demandé.

Vous êtes député, et vous faites partie de ceux qui siègent régulièrement à l’assemblée. Comment s’organise la vie d’un député-maire d’une ville comme Saint-Raphaël, de taille moyenne et éloignée de Paris ?

L’éloignement il est résorbé par les voyages en avion, c’est assez simple. Sinon j’ai des collaborateurs à Paris, et surtout à St-Raphaël. Ça s’organise aussi en travaillant beaucoup, d’ailleurs je trouve qu’on en parle assez rarement, mais un élu qui est au service de sa mission est quelqu’un qui travaille beaucoup.

Et ça vous fait quoi, parfois, de voir cette assemblée vide ?

Ah mais elle n’est pas vide parce que les députes sont absents. La vie d’un député ce n’est pas seulement siéger dans l’hémicycle pour voter des textes de loi. Il y a beaucoup de commissions et il faut être présent, aux commissions. Ensuite ce qu’il se passe dans l’hémicycle c’est que la majorité doit être suffisamment nombreuse au moment du vote. Si on n’est pas dans l’hémicycle au moment du vote c’est qu’on est dans les autres salles. Tout est vu avant le passage au vote. On est dans les salles où il n’y a pas de public. C’est pas une absence, nous sommes présents dans des lieux différents.

Mr Le maire il faut forcément parler de l’élection à Fréjus. David Rachline sera-t-il un collègue de travail à la Cavem, un opposant politique, ou bien les deux ?
Moi je respecte le suffrage universel, les Fréjusiens se sont exprimés et on respectera leur décision. Cela dit, leur décision s’appuie sur l’échec du maire sortant. Le résulat de l’élection c’est ça, et son comportement entre les deux tours qui font que Mr Rachline a été élu. S’il s’était retiré et que le second tour avait été un duel entre Mr Rachline et Mr Mougin, je ne suis pas certain que Mr Rachline serait aujourd’hui maire de Fréjus. Mr Brun en a l’entière responsabilité.

Vous comprenez que les Fréjusiens se soient à ce point désolidarisés d’Elie Brun ?

C’est un désaveu cinglant. Il avait été élu il y a 6 ans avec 62 % des voix, il a fait 18 % au premier tour cette fois-ci, il aurait dû partir. À ce moment-là, les Fréjusiens auraient eu le choix entre messieurs Rachline et Mougin. Alors que Mr Brun, en se présentant, a divisé la majorité en deux. Il a permis, de façon objective et très lucide me semble-t-il, l’élection du Front National à Fréjus. Il en est l’entier responsable.

Le chantier du vieux port est bien avancé. Est-ce que ça commence à ressembler à ce que vous imaginiez ?

Je trouve ça assez beau, c’est une réussite. Lorsque tout sera fini je pense que ce sera une réussite totale, on en perçoit déjà les contours bien avancés. Aujourd’hui il y a une adhésion totale de la part des Raphaëlois. Au début comme tout nouveau projet il a suscité quelques critiques, mais ça c’est l’inconnu, c’est logique. En revanche, je tiens à souligner le comportement exemplaire des pêcheurs professionnels. Dès le départ, le premier prud’homme, et son successeur aujourd’hui, ont adhéré. Ils ont compris que ça allait leur apporter beaucoup. Nous allons refaire le marché aux poissons, qui leur est destiné, dans un cadre agréable. Nous faisons une brasserie de qualité, un restaurant étoilé qui manquait à la ville de St-Raphaël. Et d’autre part, les unités de grande
plaisance qui vont venir avec toutes les fortunes qu’il y a derrière, et qui en partie, se dépenseront à St-Raphaël.

Après toutes ces années de mandature, que vous reste-t-il à accomplir sur le plan local ?

Il me reste à accomplir le programme que j’ai proposé aux Raphaëlois et pour lequel j’ai été élu. Le port, refaire la promenade, et puis des choses qui peuvent sembler mineures sauf pour ceux qui sont concernés mais par exemple un crématorium. Aujourd’hui beaucoup de personnes veulent se faire incinérer alors nous allons le faire, c’est un exemple parmi tant d’autres. Nous avons également un accroissement de population jeune, et c’est très heureux. Donc nous allons continuer à créer des logements pour actifs, nous avons déjà commencé à le faire en créant 500 logements, la plus importante opération dans la région PACA.Ça s’est traduit par des ouvertures de classes cette année, il est très clair qu’il y a une incidence heureuse pour la jeunesse de la population raphaëloise. Nous allons aussi continuer d’équiper Epsylon II et III sur les quelques terrains qui restent, pour créer de l’emploi.

Saint-Raphaël est un territoire très étendu, avec pas mal de petits territoires rattachés et situés assez loin géographiquement. C’est difficile de gérer une commune organisée de cette façon ?

Nous avons des adjoints de quartier, de façon historique. Ils sont le lien permanent entre la cellule mairie et les mairies annexes. C’est un système parfaitement harmonieux, ça se passe très bien.

Vous avez succédé au sénateur Laurin, qui était déjà dans la tradition gaulliste. Et vous, à qui aimeriez vous transmettre le flambeau ?
Je transmettrai, si je le peux, à un successeur que je choisirai au cours du mandat…ou du prochain mandat, parce que j’ai jamais dit que je ne me représenterai plus.

Une fois que vous ne serez plus aux affaires, après toutes ces années passées à gérer des dossiers importants, est ce que vous avez déjà pensé à ce que vous voudriez faire ?

Oh et bien quand je ne serai plus maire, je pense que le temps de la retraite sera venu. J’ai des enfants et surtout des petits-enfants, qui auront grandi d’ici là un peu plus, et je pense qu’on peut se passionner pour ses petits-enfants.

Luc Jousse nous a déclaré en off «ne le dérangez pas le samedi matin, jamais, même moi il m’envoie paître parce qu’il joue au tennis». C’est une légende ou c’est vrai ?

C’est tout à fait vrai ! Le samedi matin, sauf s’il y a des manifestations nationales, je joue au tennis. Je considère qu’il est nécessaire de couper de temps en temps. C’est ce que faisait le Général De Gaulle ! Il partait de l’Elysée le vendredi soir, il allait à Colombey et il rentrait le lundi matin. Il y a des moments où il faut être seul, en politique, pour réfléchir aux décisions que l’on va prendre. Aujourd’hui, les politiques font de la communication, ils sont en représentation, surtout à haut niveau. Mais derrière, qui prend les décisions ? C’est leur administration, parce qu’il faut bien gérer le pays. Normalement elle est là pour aider, aider aux choix, pas pour souffler les décisions. Mais il faut qu’à un moment le politique soit seul pour réfléchir aux décisions qu’il doit prendre avec sa propre sensibilité. Je crois que c’est la mission noble du politique, c’est de décider. Jouer deux heures au tennis me permet de couper, ça fait du bien.

Et vous pensez que le Barça sera champion ?

Pas cette année. Je crois que c’est une équipe en fin de cycle, l’entraîneur va changer. On dit que les grandes équipes ne meurent jamais, mais c’est faux. Les grands clubs ne meurent jamais, les équipes si. Les joueurs prennent de l’âge, il y a moins d’envie. La marque des grands clubs c’est de savoir se régénérer, faire les recrutements nécessaires. Pour Barcelone c’est un peu différent parce qu’ils ont une école de football qui est très riche, et une politique très régionaliste, avec énormément de joueurs catalans. J’aime bien leur façon de faire.

Vous êtes d’ailleurs vous-même Catalan ?

Mes parents et mes grands-parents, oui, ils sont venus en France en 1940 lorsque Franco était au pouvoir.

Mais la nationalité française, vous l’avez choisie.

Auparavant il y avait le service militaire. Le commissaire de St-Raphaël, à l’époque, m’a appelé , seul, sans mes parents, pour me demander si je souhaitais faire mon service en France ou en Espagne. C’était une décision importante, j’avais 17 ans. Je suis né en France, et j’ai fait le choix d‘être français, et je suis fier de l’être. Et très heureux d’avoir des origines catalanes, ne l’oubliez pas. Mon grand-père était président de la Catalogne, de 1940 à 1954, en exil en France. C’est lui qui a maintenu la nation catalane, l’esprit catalan, pendant les années de franquisme. C’étaient des années très difficiles, violentes, et il fallait des hommes courageux comme lui pour préserver ces choses. C’étaient des hommes d’honneur.

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Une réponse

  1. DEAL-ANTHOINE Martine

    J’ai vécu 23 ans à St Raphaël que j’aime beaucoup et qui est dirigée de façon magistrale par Mr Ginesta que j’aime beaucoup et que je respecte car il a toujours géré sa ville de façon à la faire progresser et lui influer un essor très dynamique, à l’écoute de ses administrés et je souhaite, comme il le dit, qu’il ne s’arrête pas à ce mandat et qu’il puisse continuer tant qu’il en aura la force et l’envie, c est tout le mal que je lui souhaite !

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