élu avec une très courte avance de 162 voix sur son principal opposant Jean Cayron, Luc Jousse a bien failli perdre le siège qu’il occupe depuis 2001. Connu pour sa personnalité hors-du-commun, le maire de Roquebrune-Sur-Argens s’exprime sans fard sur cette élection particulièrement tendue (comme souvent à Roquebrune), mais aussi sur ce qu’il aimerait accomplir lors de son troisième mandat, sur la manière dont il perçoit l’arrivée de David Rachline sur l’échiquier politique local, et aussi sur lui-même.

Comment un kiné prospère a-t-il fini par s’engager en politique ? Comment le maire voit-il ses six prochaines années de mandat ? Pourquoi ce natif de Boulogne-Sur-Mer a-t-il choisi de venir s’installer dans un village médiéval aux traditions très fortes ? De sa carrière en rallye à sa passion pour le Canada, Luc Jousse est définitivement le seul à savoir raconter sa propre histoire…

 

Mr le maire, vous avez été réélu pour 162 voix, sur plus de 11 000 électeurs c’est pas grand-chose. Ca va mieux depuis que la campagne est derrière vous ?

Oui, évidemment. Parce qu’on s’est remis au travail le lendemain. On est repartis pour six ans. C’est vrai que le score a été serré, donc il va falloir qu’on travaille beaucoup plus et qu’on tire les enseignements pour comprendre cet authentique avertissement de la population.

C’est votre troisième mandat, vous êtes là depuis 2001, et même depuis 20 ans si on compte votre passage dans l’opposition de Jean-Pierre Serra votre prédécesseur. Qu’est ce que vous avez encore à donner à vos administrés ?

Le Roquebrune que j’avais imaginé en arrivant aux affaires en 2001 n’est pas fini. On a encore beaucoup d’investissements à réaliser aux Issambres ainsi qu’au Village. A la Bouverie ça va un petit peu mieux puisque tout a été fait à part un ou deux quartiers. Je pense que j’aurai le sentiment du devoir accompli après mon troisième mandat de maire, ça fera 25 ans de mandat en tout.

On n’en parle pas beaucoup, mais comme assez peu de maires de villages, vous n’êtes pas du coin. Vous pouvez nous raconter comment un gars du Nord s’est retrouvé ici ?

C’est vrai que je pense être le premier maire « estranger » de Roquebrune depuis très longtemps. Je suis arivé ici grâce à la course automobile, j’étais pilote Elf. C’était au circuit Paul Ricard. Comme accessoirement j’étais diplômé de la faculté catholique de médecine de Lille et que j’étais kinésithérapeute, je me suis installé ici et j’y suis resté parce que mes affaires ont prospéré. J’avais trois cabinets, un à St-Aygulf, un à Roquebrune et un aux Issambres.

Et pourquoi un kiné prospère a voulu se lancer en politique ?

J’ai adhéré au RPR en mai 1983 (il montre sa carte, ndlr), donc c’est pas d’aujourd’hui ! Ma famille a toujours été gaulliste, c’est un engagement qui est issu de la résistance, chez les Jousse dans le Nord. Ici j’ai fait la connaissance de François Léotard, un homme brillant, de Georges Ginesta, et de René-Georges Laurin, l’ancien sénateur-maire de St-Raphaël. C’est lui qui m’a demandé de me pencher sur Roquebrune, une fois qu’André Cabasse (l’ancien maire, de 1977 à sa mort en 1993, ndlr) serait décédé. Il n’était pas socialiste, il était républicain, démocrate, soldaniste, et il était de bon ton de ne pas se présenter contre lui. A l’époque il n’y avait pas de droite et pas de gauche. Puis le sénateur Laurin a souhaité qu’il y ait un courant de pensée gaulliste à Roquebrune. C’est l’origine de cette première élection, où j’ai fait 28 % des voix en 1995. Et puis en 2001 j’ai souhaité faire une ouverture, et j’ai demandé à beaucoup d’amis de l’ancienne municipalité, de gauche ou du centre, de faire une liste d’intérêt général, et nous avons gagné. En 2008 j’ai gagné largement, cette fois-ci, ça a été plus serré.

Il paraît que vous avez une passion pour les bagnoles…

J’ai piloté très tôt, et j’ai continué à courir malgré ma profession de kiné. Mais comme j’avais plusieurs associés, je me permettais d’avoir du temps. J’ai été vice-champion de France des rallyes VHC (Véhcules Historiques de Compétition) en 1995, j’ai fait du karting, de la monoplace, j’ai couru un peu partout en Europe et j’ai continué parce que j’ai donné le virus à deux de mes enfants. Et même maintenant je continue un peu, avec mes vieilles bagnoles de course. D’ailleurs un jour, Gilles Léon de Nice-Matin l’a écrit dans les colonnes de son journal, « Jousse préfère les vieilles » !

Comment expliquez-vous qu’à Roquebrune plus qu’ailleurs, les élections municipales attisent des rivalités aussi exacerbées ?

C’est vrai que j’ai toujours le sentiment qu’il y a deux clans qui s’affrontent. Le clan Serra contre le clan Jousse. Honnêtement la candidature de Mr Cayron, c’est celle de Mr Serra, qui ne s’en cache pas, du reste. Je ne me l’explique pas, c’est peut-être historique. En 2001 et en 2008 j’ai rebattu les cartes, parce que tout le monde le sait, Mr Serra est issu des rangs de Mr Cabasse, et finalement la famille Cabasse a basculé complètement dans mon courant de pensée, puisque même sa fille Annie Cabasse est adjointe au tourisme depuis 2008.

Ceux qui ne vous aiment pas vous reprochent souvent votre tempérament un peu sanguin…

Soit on m’adore, soit on me déteste, c’est peut-être dû à mon charisme ou à mon caractère entier je n’en sais rien. Je ne suis pas dans la retenue parce que je pense qu’il faut un peu de courage en politique et oser dire ce qu’on a sur le cœur. Si les hommes politiques veulent recouvrer un peu de crédibilité, il nous faut un peu moins de politiquement correct, un peu moins d’hypocrisie, de lâcheté. J’ai la réputation de dire ce que je pense, ça plaît ça plaît pas, mais au moins le soir je me regarde dans une glace, sans penser un jour à être président.

Vous comprenez que les Français aient une «antipathie par défaut» à l’égard de la politique ?

Absolument. Ces derniers temps, le monde politique a été consternant, que ce soit chez moi à l’UMP ou chez les autres. On a donné l’image dramatique d’un président élu alors qu’il a triché, tout le monde le sait, en ne comptabilisant pas les votes des Dom-Toms. Je dirais qu’on fait tout pour se faire taper dessus. C’est pour ça que je prône une autre approche de la politique, plus sincère, moins partisane, moins carriériste. Moi je me suis représenté comme maire parce que je n’ai pas fini ce que j’avais à faire, mais si j’avais perdu cette élection j’aurais surtout été triste pour les Roquebrunois. Mon cas personnel, c’est pas grave. J’aurais rebondi pour aller apporter ce que je sais faire dans un pays comme le Canada, que j’adore.

Que vous évoque la poussée frontiste aux dernières municipales ?

Je crois que c’est pas nécessaire de revenir sur l’histoire de Bastien-Thiry, il est clair que les origines du Front National et les origines gaullistes ne sont pas du tout les mêmes. Pour autant j’ai le sentiment que Mr Rachline aurait le souhait d’être un maire normal. La fait même qu’il ait manifesté le désir de nous rencontrer est une preuve d’intelligence. Moi je le recevrai, parce qu’il a qu’on le veuille ou non une vraie légitimité du peuple. J’ai travaillé pendant toutes mes années de mandant avec des gens qui n’étaient pas dans mon courant de pensée. C’est la première fois que je vais devoir le faire avec quelqu’un d’un parti extrême, mais il faut respecter les Fréjusiens. Ils ont voté, il est élu, ainsi fonctionne la république, s’il me demande audience, je le reçois, et je vous dirai une fois que ce sera fait ce que j’en pense et si on peut travailler ensemble. Mais compte tenu de l’existence et des missions de la CAVEM, c’est une obligation de travailler en synergie, quel que soit son courant de pensée.

Roquebrune représente un très grand territoire, c’est une des plus grandes communes de France. C’est quoi votre endroit préféré ?

C’est 700 hectares de plus que Paris, en superficie, c’est vrai que c’est très grand. Moi je viens de Boulogne-sur-mer donc évidemment j’aime la mer, et je ne vous cache pas qu’il y a certaines criques des Issambres, qu’en plus on a protégées avec le conservatoire du littoral…Elles sont encore sauvages, et avec une caïpirinha ou un mojito vous avez l’impression que vous êtes très très loin. Aux Antilles ou à Bali, et pourtant c’est les Issambres.

Qu’est ce qui selon vous a le plus changé à Roquebrune depuis que vous êtes le Maire ?

La Bouverie, définitivement. C’était un quartier reculé, avec une micro-délinquance, et une mauvaise connotation. Ce n’était pas un quartier résidentiel, avec un retard de fiscalité d’investissement. J’ai rattrapé ce retard et je regrette qu’électoralement les gens ne s’en soient pas souvenu. Mais le Village aussi a beaucoup évolué. Je n’ai pas hérité de Roquebrune, je ne suis pas né ici, j’ai choisi d’habiter ici depuis 1989. J’aime beaucoup ce village médiéval, et avec mon premier adjoint Jean-Paul Ollivier, le fils du premier maire élu après la libération, on a encore beaucoup de projets.

Si vous pouviez changer un truc précis de plus dans votre commune, ce serait quoi ?

Je créerais tout de suite ce parking végétalisé d’au moins 250 places, d’ailleurs j‘ai l’accord de Mr l’architecte des Bâtiments de France. Mais ça va coûter entre 2,5 et 3 millions d’euros. Ça permettrait tout de suite aux touristes de visiter Roquebrune, ses portiques du XVe siècle, son église du XIe, ça gagne à être connu, mais on manque de place pour se garer. Pour l’instant nous sommes la seule ville littorale entre Marseille et Menton à n’avoir que des parkings gratuits, là je vais devoir discuter avec ma directrice des finances et je vous dirai après si ça risque de changer.

Quand vous ne serez plus maire, vous lui direz quoi, à votre successeur?

D’abord j’espère que je mettrai en place une équipe jeune, et je ne peux pas ne pas penser à Sébastien Perrin qui possède pour moi toutes les qualités. Mais c’est aux électeurs de décider en 2020, mon Dieu… Je lui dirai que j’ai beaucoup travaillé, que c’est un full-time job, c’est ce que m’avait dit François Léotard quand je suis arrivé. Je lui laisse une ville en bon état, avec un bon bilan, un bon budget, qu’il en fasse dans l’intérêt des générations futures un bon usage.

D’ailleurs, vous, quand tout ça ce sera fini, qu’est ce que vous deviendrez ?

J’ai beaucoup de choses à faire, beaucoup de passions. J’aime les voitures anciennes, les chevaux, l’écriture. Je pense que je prendrai quelques mois pour me reposer dans notre ferme en Haute-Loire, où je n’ai pratiquement pas de voisins dans ce coin reculé du Massif Central. Ensuite je pense que j’irai aider mes enfants dans le sport automobile, au Québec puisqu’ils sont installés là-bas.

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