largement réélu lors du premier tour à Puget, Paul Boudoube était un peu, pour ne rien vous cacher, à l’origine de ce dossier. Parce qu’on avait entendu dire que le maire de Puget était vraiment un homme pas comme les autres. Embarqué dans l’équipe de Jean-Marie Del Gallo en 2001, Paul Boudoube est alors un scientifique en fin de carrière qui cherche du pétrole en Sibérie Arctique, marié avec une Allemande, et qui ne connaît absolument rien au fonctionnement d’une municipalité. Mais sa capacité d’intégration est énorme, et son plaisir d’apprendre à connaître les gens est sans limite, comme vous le constaterez en lisant cet entretien.
Entre les coins pourris du fin-fond de la Russie, les guerres de clochers avec Roquebrune, et son franc-parler à faire pâlir les plus aventureux des éditorialistes, Paul Boudoube est probablement l’une des personnalités locales les plus surprenantes du paysage. Parce qu’il sait parler russe, programmer du html «en dur», trouver du pétrole dans un bassin sédimentaire, et entretenir des relations ténues avec des amis iraniens ou pakistanais. Véridique.

Mr le maire, cette élection, sans être une formalité, a été assez facile. Vous le sentiez, que ça serait comme ça ?

Je pensais très sincèrement qu’avec le travail qu’on avait fait, même si une élection n’est jamais jouée d’avance, on allait gagner. On a investi très fortement dans le passage de la RDN7, la maison de retraite qui va bientôt ouvrir, et le centre-ville qui était une volonté forte. Moi je suis très proche des gens, je suis disponible tout le temps, j’habite ici. Vous savez ici ce sont les élus qui travaillent. J’ai mis mon indemnité de maire dans un pot commun, et sur les 2039 euros bruts que l’on m’alloue par mois je n’en garde que 600 nets. Les élus ont une petite somme, 600 pour les adjoints, 400 pour les conseillers municipaux. Mais selon moi ça les oblige à fournir un travail. Dieu merci je n’ai pas besoin de ça pour vivre. J’ai passé ma vie à l’étranger, je travaillais dans l’industrie pétrolière, avec toutes sortes de gens, et ça m’a ouvert l’esprit. Ça surprenait pas mal de monde à l’époque quand je racontais que je travaillais en Irak avec un ami palestinien, qui était tout sauf un spécialiste de la Kalachnikov !

Comment expliquez vous que vous soyiez devenu le maire de cette ville aussi tard ?

Je me suis posé la question après la retraite. Je voulais avoir l’exécutif. En France, peu de gens le possèdent : le président de la république, et le maire. Le reste c’est du législatif, des commissions, etc. Le maire peut décider de tout, c’est fantastique ! Là j’ai agrandi les restaurants scolaires, entrepris des travaux. Beaucoup de mes collègues doivent dire la même chose. C’est pas pour ce que je peux retirer de mes délégations de maire, en dehors des coups à boire que ça me permet de payer. Sinon je n’ai rien, pas de voiture de fonction, rien. Si, j’ai un beau bureau !

Quand on parle de vous, on entend des légendes incroyables qui tournent autour de la science et de la Russie. Vous pouvez nous expliquer ?

Effectivement je connais bien la Russie pour y avoir travaillé à plusieurs reprises. On m’a même taxé de communiste à une autre époque, alors que quand on connaît la Russie actuelle…En fait, l’une des grandes passions de ma vie a été d’apprendre le russe. Je le parle hélas de moins en moins bien parce que c’est une langue difficile que je ne pratique pas assez. Mais récemment j’ai remis des coupes au Paintball, il y avait des Russes et des Ukrainiens, donc je leur ai dit 4 mots en russe. Mais oui, j’ai travaillé un peu partout en Russie parce qu’il y a des bassins sédimentaires énormes, au Kazakhstan, sur la mer Caspienne ou en Sibérie Arctique, pour Total ou des sociétés russes qui m’embauchaient comme consultant vers la fin de ma carrière.

Mais votre métier, c’était quoi ?

Je suis géophysicien, j’étais chef de mission, j’ai fini comme scientifique. En fait je partais au bout du monde, au Nigeria, dans le golfe de Guinée, et je m’occupais de gérer 2000 personnes, avec tous les volets, comptabilité, gestion, paye, mais aussi le volet technique. C’était comme une grosse commune, en fait, mais un peu partout, Amérique du Sud, Afrique noire, en Asie. On s’occupait de chercher du pétrole, pas de l’extraire. On travaillait sur d’immenses zones, on examinait les structures du sous-sol pour voir s’il y en avait.

Mais comment cet homme-là, du fin-fond de la Sibérie, a-t’il fini par s’engager avec Jean-Marie Del Gallo ?

J’ai rencontré ma femme en Allemagne, et le maire de Puget de l’époque Mr Del Gallo est venu me chercher alors que j’étais à ce moment-là en Sibérie. J’ai été élu sur sa liste, contre mon adjoint actuel Mr Morenon, et j’ai pris mes fonctions deux mois et demi après l’élection. J’ai appris sur le tas mon métier d’adjoint, les finances publiques je ne savais pas ce que c’était. Il se trouve qu’avec Jean-Marie on ne s’est pas entendus, c’était pas la peine de crier au secours. Le mieux c’était d’en sortir. Il m’a dit que je ne représentais rien, « si tu fais 2 %… » J’ai fait 28 % en 2008, Jacques Morenon a fait la même chose, nous avons fusionné les listes et au deuxième tour on l’a battu.

On vous croise très souvent sur les événements, vous avez l’air de vous fondre dans la masse comme peu de maires savent le faire. Le fait d’être élu n’a vraiment pas changé l’homme que vous êtes ?

Non. Je continue mes actions principales. J’aime bien les inaugurations, parce qu’on y ressent le tissu économique. Les mairies, c’est 70 % de la commande publique. Si nous arrêteons de faire des choses avec les communes, c’est la mort assurée de commerces, d’entreprises. C’est pour ça que j’aime les inaugurations. Et je vais aussi aux cérémonies patriotiques. Pour le reste, c’est une vocation. Ça fait 6 ans que je n’ai pas pris de vacances. J’ai une belle équipe, avec des jeunes qui sont rentrés. C’est un métier à temps plein, pas très bien rémunéré, mais c’est un métier attachant. Là j’ai 69 ans, et je vous le dit clairement c’est mon dernier mandat. J’ai remarqué, quand-même…c’est la gérontocratie, c’est le pouvoir des vieux ! À une autre époque, j’ai pas à le cacher, je gagnais très bien ma vie, à travailler dans des coins pourris en mettant ma santé en jeu. J’ai besoin de prendre soin de moi.
Vos collaborateurs disent de vous, peut-être dans votre dos, que vous avez une personnalité atypique. Vous en jouez, de ça ?

Je peux collaborer avec des gens de tous les horizons. J’ai pas de ressentiment. Quand je suis arrivé à la mairie et que j’ai embauché les premiers maghrébins ou des gitans, tout le monde disait « mais pourquoi Boudoube y fait ça ? » Mais attendez… Ils sont français, et tant que je serai en vie je ne peux pas accepter qu’on dénigre les gens. J’ai connu dans ma vie des voyous dans toutes les strates. En Europe, nous ne sommes pas un exemple de vertu. En 1978 j’ai eu un des derniers visas pour aller travailler en Iran, et j’ai encore des amis qui m’envoient des nouvelles régulièrement. Pareil en Afghanistan ou au Pakistan. Et je pense que je peux retourner dans ces contrées sans qu’on m’enlève.

L’an dernier vous avez lancé des chantiers incroyables à Puget, tous en même temps. Vous pensiez que ça se déroulerait avec si peu de nuisances ? Le gens vous félicitent pour ça, on nous sommes les premiers ?

J’en suis fier parce qu’on a réussi ça avec une fiscalité basse. Très sincèrement, on a une fiscalité très modérée par rapport aux travaux qu’on fait. Pour tout vous avouer j’étais pessimiste. Ça s’est bien passé, le feu rouge de la RDN7 est déjà supprimé et on roule mieux alors que ce n’est pas fini. En plus il entraînait une pollution de la cour de l’école des Pins Parasols, maintenant c’est mieux avec certes une circulation importante mais pas stoppée. L’Ehpad ça se passe plutôt bien. Le centre-ville, frappé de vétusté, il a fallu le démolir, et ça m’a valu beaucoup de procès. Mais ça va être superbe, avec une très belle qualité de rénovation, en pierres apparentes. D’ailleurs il y avait à ce sujet deux écoles : moi je voulais dépenser moins, mais mon adjoint aux travaux Patrick Manganelli m’a fait adhérer à son idée en me disant qu’une fois qu’on serait incinérés ou dans la tombe, ces pierres seraient toujours là. Donc je l’ai suivi, et on a trouvé le moyen de le faire sans saigner à blanc les gens avec la fiscalité.
toujours là. Donc je l’ai suivi, et on a trouvé le moyen de le faire sans saigner à blanc les gens avec la fiscalité.

Vous siégez à la Cavem, où vous allez devoir composer avec le Front National. Comment vous l’avez vécu, ce virage politique à Fréjus ?

Ils ont été élus démocratiquement, donc il faudra composer. Pour moi ils ont le statut d’opposants. À la Cavem ils sont quinze, ils sont minoritaires. Mais Fréjus est la plus grande ville, donc il faudra trouver des compromis. Le premier conseil communautaire ne s’est pas bien passé, ils ont levé le camp. Nous sommes prêts à composer, mais pas à subir la loi. Je suis premier vice-président, et je pense que Mr Rachline n’est pas content de voir le maire de Puget et ses 7000 habitants premier vice-président. Ici le maire c’est moi, et j’ai besoin de la Cavem pour des gros travaux. On a refait tous les réseaux d’eau, on a ennuyé tout le monde, y en a eu pour 4 millions d’euros. Il y a des grands travaux qu’on ne peut réaliser que grâce à une intercommunalité. On va travailler ensemble, mais je n’ai jamais été sous la coupe de Mr Brun non plus. On est ouverts, on a peur de personne, et on peut collaborer avec tout le monde. Chez nous, les oppositions rentrent dans toutes les commissions : urbanisme, appels d’offres ! C’est une volonté démocratique. Je pense qu’on pourra collaborer avec Mr Rachline, même si je ne l’ai pas encore vu.

Vous préfériez l’époque du Pays Mer Estérel ?

Ça avait très bien commencé, nous étions dans une relation excellente avec Luc Jousse. Mais quand j’ai été président, avec mes habitudes de gestion, ça s’est dégradé. J’ai voulu une gestion cohérente et ça s’est très mal terminé. Ça a permis à Var Matin de vendre beaucoup d’exemplaires avec la guerre de clochers entre Puget et Roquebrune, Luc m’a coupé l’informatique, mais bon…tout ça est oublié. Celà dit, je ne reçois de directives de personne, surtout pas de Roquebrune.

Est-ce que le fait que Puget soit le poumon commercial du bassin est une chose difficile à gérer ?

Nous avons les zones commerciales, et aussi de l’industrie, avec Sapa Intexalu et Innoval. Donc c’est diversifié. Il faudra qu’on étudie les accès parce qu’actuellement le RDN7 est saturée. Leroy Merlin qui va s’installer va devoir faire des travaux. Arrêter le développement économique est à mon sens un paradoxe. Les groupes commerciaux viennent ici parce qu’il y a de la vente. Quand je vois La Garde, le soir à 18h30 il faut une heure pour sortir. Les entreprises continuent pourtant de s’y installer, parce qu’il y a de l’activité. Et grâce à tout ça, on peut proposer du travail à des jeunes gens. Et on leur construit du logement social. C’est mon plaisir, en tant que maire, quand je rencontre des gens qui viennent me voir et qui par la suite s’en sortent.

Est ce que vous avez déjà une idée pour vous trouver un successeur ?

Mr Morenon a 77 ans, moi j’en ai 69, Mr Moissin en a 67. J’ai « embauché » des jeunes qui vont, je pense, sortir du lot : Dominique Barkate qui s’occupe des écoles, Lucie Ronquieri…il va falloir qu’ils s’affirment au cours de ce mandat, dans un contexte difficile. Il va y avoir des tensions au niveau de la Cavem, socialement la vie des gens ne devrait pas s’améliorer. Je n’ai pas quelqu’un de prédestiné.

Et vous, qu’est ce que vous deviendrez, si vous ne faites plus de politique ?

Je serai tout simplement vieux ! Peut-être que j’écrirai un livre, et les gens que j’ai rencontrés au cours de ma vie mériteraient qu’on parle d’eux un peu plus.

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