à village atypique, maire atypique. Et il fallait au moins un homme comme l’étonnant Nello Broglio pour Les Adrets de l’Estérel, petit coin de verdure rocailleux pas vraiment paumé, mais un peu quand-même, à la lisière du département.
Réélu avec 100 % des voix, Nello Broglio n’est pas seulement un maire de village à l’ancienne. Il en a certaines caractéristiques, accessible, proche des gens, amoureux de sa ville. Et il n’a pas besoin d’une étiquette politique pour faire entendre ses idées aux administrés. Mais au-delà de ces éléments de folklore rural, il est aussi un homme intelligent et peu avare en mots percutants, qui joue un rôle important à la Cavem, où il défend notamment les intérêts des communes forestières, et où il est devenu le porte-drapeau du massif de l’Estérel. Quand un ancien médecin se mue en homme public parce qu’il a toujours eu ça dans le sang, ça peut donner Nello Broglio, un maire qui aime beaucoup relever les absurdités du système.

Mr le Maire il paraît que vous avez été réélu avec 100% des suffrages exprimés. Ils vous aiment tant que ça, les habitants des Adrets ?

Je pense que oui. Je ne sais pas si ils m’aiment ou ne m’aiment pas, en tout cas ils ont apprécié la gestion que l’on a faite. Parce qu’une élection dans une commune de 3000 habitants, si il n’y a pas de liste contre nous c’est que – quand même – il y a eu du travail pendant six années. C’est ce travail des 6 dernières années qui a été récompensé par le fait qu’on s’est retrouvé seuls, et parce que le programme a plu.

Vous êtes le maire d’un village qui compte un près de 3000 habitants. En quoi est-ce fondamentalement différent de ce que vivent vos voisins immédiats comme Fréjus ou Fayence ?

Fayence c’est un tout petit peu plus grand… Disons que dans un village comme le nôtre, c’est un village de 3000 habitants donc c’est une ambiance village. Et d’ailleurs, on s’est fait élire en disant «on veut tous les avantages d’une ville, c’est à dire Internet, des transports, et pour les enfants, un maximum de possibilités pour faire du sport et des activités. Mais en même temps on veut conserver notre village, quoi… cette ambiance village avec les avantages d’un village».

On imagine qu’aux Adrets tout le monde vous connaît ou presque. C’est compliqué de se promener sans que personne ne vous parle boulot dans la rue ?

C’est compliqué, certes, parce que beaucoup de personnes m’arrêtent mais en général ils respectent ma tranquillité. Ils se lancent en disant « Monsieur le Maire, je ne veux pas vous embêter mais juste un mot, je sais que c’est pas…. » bon et puis en même temps ils me posent LA question mais d’une certaine façon (rires)… Puis alors le problème c’est de savoir comment moi je le ressens. Moi tous les matins, depuis toujours, même quand j’étais médecin, je me lève, je prends ma douche, je vais prendre mon pain aux raisins à la boulangerie et je vais prendre mon café au bar ! Donc bon, tout le monde le sait, et quand les gens ont des problèmes, ils savent que je suis là donc ils ont un contact directement.

Mais c’est gênant ou pas ?

J’aime bien, ça ne me gêne pas. Ouais j’aime bien !

Vous étiez là lors de la précédente mandature, vous siégiez déjà dans la première mouture de la CAVEM. Comment les grosses communes perçoivent-elles les revendications d’un petit Poucet ?

Et bien, il y a une chose que je vais vous dire. Je suis président des Communes Forestières du Var, je suis membre depuis des années du Bureau des Maires du Var, je suis dans plusieurs instances, même nationales. Et j’aime bien côtoyer les maires. Parce que ce sont des gens qui ont été désignés parmi leur population, et donc ils ont tous quelque chose. Bon, parfois avec des gros traits, mais on ne s’ennuie jamais. Il y a des personnalités très différentes mais c’est très intéressant. On aime bien se retrouver entre maires parce qu’on a déjà un point commun qui est celui de la gestion communale, et puis il y a toujours des personnalités marquantes dans le groupe. Alors dans le cadre de la CAVEM puisqu’on y vient, le petit Poucet que je suis, et bien il a son mot à dire ! Et lorsqu’on a des sujets brûlants à traîter, chacun d’entre nous prend la parole. Et on passe un maire, deux maire, trois maires, quatre maires, cinq maires ! Tous égaux en temps de paroles, on donne notre avis. Ça se passait très bien jusque-là… C’est pour ça que je tique un petit peu lorsque Mr Rachline dit qu’il faut une présidence tournante à la CAVEM, 2 ans pour Saint Raphaël, 2 ans pour Fréjus, 1 an pour Roquebrune-Sur-Argens et 1 an pour Puget-Sur-Argens. Ça fait bien 6 années mais on est 5 communes, il y a la commune des Adrets qu’on a oubliée. Alors j’imagine que c’est une erreur de jeunesse.

Et honnêtement, est ce que le fait d’être entré dans une intercommunalité, en dehors du fait que ce soit obligatoire, ça change quelque chose pour une commune comme la votre ?

Oui, ça change complètement les choses. Il y a quelques problèmes hein, c’est comme dans la vie : si on commence à refuser chaque proposition simplement en regardant les inconvénients, on avancerait pas. Dans la vie, on sait très bien que rien n’est toujours tout blanc d’un côté et tout noir de l’autre, c’est jamais comme ça, quand on a 80% d’avantages d’un côté et 20% d’inconvénients de l’autre, on est bien content d’aller dans cette direction. Et quand on se retrouve à 50/50, c’est comme si on savait qu’il fallait aller quelque part : on se retrouve à la croisée des chemins, il y en a un qui va à droite et un qui va à gauche, si on reste au milieu, on reste au milieu et deux jours après on est toujours là. Donc il faut faire des choix. En matière d’intercommunalité, l’idée de la loi a été lancée par la droite, et quand la gauche est arrivée au pouvoir c’est elle qui l’a mise en application, donc politiquement on devait entrer dans une intercommunalité. On s’est retrouvé devant le choix entre le Pays de Fayence, avec des communes un peu comme les nôtres, et une autre interco qui était celle de Fréjus-Saint Raphaël. On a choisi cette dernière pour l’Estérel. L’inconvénient, c’est qu’on est la plus petite commune. Mais on peut le tourner d’une autre façon en disant qu’un gros problème de la commune des Adrets, c’est un petit problème pour la communauté d’agglomération. Donc on peut mutualiser une partie de nos soucis, et c’est intéressant parce qu’on ne gère plus du tout de la même façon. C’est comme si on vous demandait de faire un saut périlleux sur un trapèze à 20 mètres du sol : s’il y a un filet en dessous, on est plus décontracté ! Dans une grosse structure, on a réussi à mutualiser pas mal de services difficiles comme par exemple celui de l’eau ou le ramassage des ordures ménagères. Auparavant on avait une benne pour ramasser nos ordures, si elle tombait en panne c’était tout le service qui tombait en panne. Le regroupement de compétences, il faut le faire d’une manière intelligente donc avec des gens intelligents, je reviens toujours à ça. On est en période post-électorale, avec des chamboulements, tout le monde regarde certes Fréjus, mais regarde également la CAVEM et comment ça va se passer. Une fois qu’il y aura eu tous les effets de manches, on arrivera quand-même à faire du sérieux.

Vous êtes médecin de profession, qu’est ce qui vous a poussé à entrer en politique ?

Quand j’étais en primaire, j’étais déjà chef de classe. Déjà j’aimais m’occuper un peu des autres. Quand j’étais en médecine, j’étais président de la corpo de médecine, j’étais président des étudiants de médecine de France, j’ai toujours été un peu là-dedans. Quand j’étais médecin, j’ai fait de l’humanitaire en Afrique pendant des années, ça m’a toujours plu de m’occuper des autres. En fait, mon métier de médecin était plus un prétexte pour faire ce que j’aimais. Je ne conçois pas le fait de vivre pleinement en étant simplement dans une vie de famille. C’est une façon de trouver son équilibre et mon équilibre il est là. D’une façon naturelle, j’ai voulu m’occuper un peu de mon village, je me suis passionné pour mon village.

Et vous n’avez jamais choisi d’épouser un mouvement politique précis. C’est parce que vous n’avez pas envie de rentrer dans un système ?

Oui, et parce que les systèmes ne me correspondent pas. Je suis libre. Il y a certaines idées de gauche… Je suis humaniste, donc j’ai fait de l’humanitaire, j’y ai gardé des contacts et ça me plaît. J’ai une approche humaniste des choses qui ne collent à 100 % avec aucun parti. Je vois, même dernièrement, des gens qui sont dans un parti et que la tête de parti change d’avis sur des thèmes essentiels. Ces gens démissionnent de leur fonction, mais restent dans le parti. Moi je trouve ça étrange. Ou on est dans un système, ou on est sur des idées. Moi je suis sur des idées. Et beaucoup d’idées dans tel ou tel parti qui ne me conviennent pas. Mais si j’avais une étiquette, un parti que je devais soutenir, ce serai plutôt dans des mouvements centristes.

Le Front National est revenu par la grande porte dans l’échiquier politique local. Qu’est ce que ça va changer pour une commune comme les Adrets ?

Bah j’espère que ça ne changera pas grand chose dans la vie de tous les jours, dans la gestion. Après il y a des combats d’idées. Moi je pense au Front National en tant que parti hein, j’enlève le problème des hommes, de Mr Rachline et de ses adjoints que je ne connais pas, donc je ne peux pas porter de jugement. Dans tous les partis il n’y a pas que des gens intéressants donc je ne porte pas de jugement sur les personnes, j’attends. Par contre, sur le parti lui-même, moi je ne suis pas Front National donc j’ai des idées, je pense que c’est une perte de temps parce que le Front National n’apportera pas de vraies solutions politiques. Et puis tout parti – et je pourrais parler de la même façon du parti communiste – qui part sur des mots d’ordres, ça fédère peut-être les gens, mais ça favorise la médiocrité. Ce n’est pas directement adressé au FN, mais les mots d’ordre c’est pas bon, parce qu’on reste dans le superficiel.

Est ce que malgré la situation géographique un peu isolée, vous arrivez encore à attirer des gens qui viennent s’installer dans la commune ?

Oui. Aux Adrets de l’Estérel, on a tous les avantages d’une ville. Les gens qui habitent aux Adrets ont une vue sur la baie de Cannes et ils sont situés à 7 minutes de la sortie d’autoroute de Fréjus, à une dizaine de minutes de la sortie de Cannes. On a beaucoup d’avantages et en plus on a la tranquillité, d’une certaine manière. Il y a beaucoup de gens qui travaillent par exemple dans les Alpes-Maritimes, à Sophia Antipolis, et qui font le trajet tous les jours. En même pas une demi-heure ils sont chez eux. La population continue à grandir sauf qu’on a deux problèmes. Le premier c’est celui du classement de l’Estérel, c’est à dire que les limites actuelles du Plan d’Occupation des Sols butent contre le classement de l’Estérel. En gros, si votre maison est située sur un terrain qui est constructible, il arrive que juste après ce soit l’Estérel classé. C’est comme si on était une île au milieu d’un océan.

Que vous a dit votre prédecesseur quand vous avez pris sa place ?

Ça remonte à bien longtemps ça, tiens ! Roger Coudenc était un maire issu du village – je suis le premier maire n’étant pas du village – , qui avait une personnalité, un socialiste qui entretenait de très bon rapports avec François Leotard. Ils s’appréciaient parce que Roger Coudenc était quelqu’un d’honnête, de droit et de juste. Et il m’a dit « Tu sais Nello, dans la vie, il faut être droit ». Il m’a dit d’autres choses, mais c’est la chose qu’il m’a dite qui me marque le plus.

Est ce que vous répéterez les mêmes mots à votre successeur ?

Pareil. Quand Roger Coudenc disait « il faut être droit » c’était une époque. C’était quelqu’un de son époque et pour lui ça avait une valeur.

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