Roland Emmerich avait pourtant essayé de lui faire courber l’échine en 1998. Avec un film bien américain, presque aussi fade sur la plan du scénario qu’ « Independance Day », et moins spectaculaire, Godzilla, le plus célèbre des « Kaiju » (monstre) japonais aurait pu rester à tout jamais sous les eaux du pacifique à gober des particules radio-actives. Mais un certain Garteh Edwards, britannique de son état, a décidé de redorer le blason d’une créature mythique venue tout droit d’Hiroshima. Enfin, dans l’esprit des Japonais, c’est à peu près ça.

300 mètres de haut, une mante religieuse géante et le père de Malcolm

Replaçons la bestiole dans son univers de base. Le Japon des années 50 n’est pas encore le pays de l’innovation nano-technologique de Nintendo, Sony et consorts. Il sort à peine de la période la plus noire de son histoire, celle qui a vu les usines de pianos Yamaha réquisitionnées pour fabriquer des engins de morts destinés à zigouiller des alliés, sous l’emprise de l’assez peu fantasque Hirohito, un type qui a attendu 1946 pour renoncer à sa condition de « divinité sous forme humaine ». Un Japon où on ne se marre pas beaucoup dans la vie quotidienne, en somme. Mais le peuple, lui, en a beaucoup sous la semelle, et les esprits créatifs rivalisent d’ingéniosité pour tourner tout ce folklore en dérision. Des divinités ? Du nucléaire ? L’ Apocalypse ? Et si des monstres géants enfouis au fond des mers, des divinités géantes nourries au plutonium, possédaient le droit de vie ou de mort sur l’humanité ? Le Japon a créé le genre Kaiju Eiga, ou films de monstres, sur ce background très particulier. Godzilla sera le plus célèbre d’entre eux, avec son corps de dinosaure démesuré, son souffle nucléaire, et sa capacité humanoïde à se déplacer sur ses pattes arrières. La légende est née il y a pile de 60 ans, et le film de Gareth Edwards est le 30e d’une série qui a vu notre ami aux prises avec la race humaine de nombreuses fois, mais aussi avec diverses créatures toutes plus dégueulasses les unes que les autres : mention spéciale à Mothra, la mite géante.

Selon les films la taille de Godzilla est assez instable. Dans les années 50, la Toho (la compagnie qui produisait l’immense majorité de ces Kaiju Eiga) avait trouvé une super solution pour incarner le monstre : mettre un acteur dans un costume et recréer des décors en carton pour donner l’illusion du gigantisme. Selon l’échelle des décors, Godzilla était plus ou moins grand. La version imaginée par Gareth Edwards, toute en images de synthèses et donc affranchie de 99% des contraintes graphiques, est bien plus grande, puisque les scènes où il nage encerclé par des porte-avions américains montrent une créature plus grande que les gigantesques embarcations de plus de 250 mètres. Il faudra bien un dinosaure divin de cette taille-là pour affronter une ignoble saloperie, un Muto, genre d’immense mante religieuse nourrie elle aussi à la radioactivité, qui bouleverse l’équilibre électro-magnétique d’une région du Japon en 1999. Une équipe de chercheurs, menée par l’américain Joseph Brody (incarné par Bryan Cranston – Breaking Bad, Malcolm), essaie de comprendre, mais assiste impuissante à la mort d’une escouade envoyée sous terre pour analyser le problème de plus près. Joseph Brody perd son épouse dans l’affaire, et se retrouve mis à l’écart.

Une histoire de famille, des cailloux et des hurlements

15 ans plus tard, Joseph Brody tente toujours de percer le mystère. Il n’accepte pas la mort de son épouse, son fils Ford le prend pour un déglingué, et ses anciens collègues travaillent sans lui sur un projet ultra secret planqué dans une zone en quarantaine à cause des retombées radioactives de 1999. Il va donc faire quelques recherches dans son coin, se pointer comme une fleur vers son ancienne maison pour récupérer des données, et se faire cueillir par les flics, obligeant son fils à venir le chercher au Japon pour essayer de le ramener aux Etats-Unis, et à la raison par la même occasion. Peine perdue, vous vous en doutez, sinon il n’y a pas de film.

Le secret de la réussite de ce Godzilla 30e du nom, c’est le nombre de twists scénaristiques assez heureux qui jalonnent l’intrigue. On découvre le Muto très rapidement, sans savoir exactement ce qu’il fait là, ni son but, qui va pourtant être complètement au coeur de l’histoire. Godzilla est quand à lui très impressionnant, et même si ce que je vais écrire peut paraître étrange, son caractère taiseux lui confère une aura toute-puissante qui nourrit parfaitement le « personnage ». Loin de se noyer dans un combat « USA vs Créatures », Gareth Edwards pose d’entrée le postulat suivant : à moins d’une idée de génie, les humains sont impuissants face à une telle démonstration de destruction massive. Le principal intérêt du film va donc être cette ambiguïté idéologique, qui va opposer une farouche envie de s’en sortir par tous les moyens, y compris l’arme nucléaire nextgen, voire même l’affrontement libre entre les bestioles, et après on verra…

Pour les amateurs de grandes catastrophes écologiques et urbaines filmées, ce Godzilla réussit la prouesse d’être à peu près aussi destructeur que 2012. Il y a des hurlements et des cailloux partout, des immeubles qui volent en éclat, et des avions qui s’écrasent dans tous les sens. Le point faible réside peut-être dans la relative faiblesse des personnages humains, malgré quelques très bonnes idées (le gamin dans le métro). Mais Gareth Edwards a sûrement pris le pari d’axer le récit sur les créatures, et risqué de déshumaniser volontairement son film pour montrer que comparé à des monstres de 300 mètres, on était vraiment quantité négligeable. Encore un qui a dû flipper quand il a vu Jurassic Park en entendant des moustiques voler autour de ses oreilles.

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