Cher lecteur, on commence à être intimes maintenant, et tu ne le sais pas encore mais j’ai des manies très bizarres. Aujourd’hui, je t’en dévoile une : j’essaie toujours d’arriver au bout des films que je commence, même très mauvais, même soporifiques. Par exemple, j’ai maté « Into the void »  de Gaspard Noé en 3 fois, le matin, pour être sûr de rester éveillé… Et je me le suis même refait une autre fois pour être sûr d’avoir bien compris le peu que j’avais entravé (mais ça nous emmène à un autre sujet : je suis soit trop bête, soit pas assez « hype » pour saisir certaines nuances « arty »‘ dans certains films) . Tout ça pour vous dévoiler qu’aujourd’hui, je vais vous raconter mon rapport étroit avec le film qui détient le record de ces découpages parfois salvateurs : je l’ai regardé en 7 fois, le matin, systématiquement après de bonnes nuits de sommeil. « The tree of life » de Terrence Malick, un film que je pourrais saluer d’un équivoque « bravo l’artiste ! »

Je hais ce film et il me le rend bien.

Alors on va commencer par un petit topo : Terrence Malick, vous connaissez ? Le mec qui a fait LE film de guerre à mon sens le plus mauvais de tous : « La ligne rouge ». Lent, dépourvu d’action, et dans lequel même Sean Penn joue mal. Et c’est compliqué de faire jouer Sean Penn comme une carafe. Mais avec son arbre de la vie,  l’ami Terrence a décidé de faire encore mieux. Il a bossé dur pour aller encore plus loin, et longtemps, genre 6 ans. Parce que le film le plus pourri de l’histoire (et pourquoi pas ?), ça se prépare minutieusement.

Preuve de bon sens, Malick s’est souvenu que Sean Penn avait appris à être mauvais grâce à sa performance dans « La Ligne rouge ». C’est donc naturellement qu’il le re-caste pour son chef d’oeuvre. Peu avare en moyens,  il pousse le bouchon encore plus loin, convainc les producteurs de lui filer encore un peu plus d’argent,  et prend Brad Pitt et Jessica Chastain. J’imagine souvent la conversation qu’il a pu avoir avec les acteurs : « Salut les gars, ça vous dit de jouer dans mon dernier film ? Le scénario ? On s’en fout du scénario, vous savez improviser. Toi Brad, je t’ai adoré dans « Le Mexicain ». Tu pourrais refaire un truc dans le genre mais avec un peu de « Mr & Ms. Smith », tu vois l’esprit ? Rassure-toi, il n’y aura pas beaucoup de dialogues pour toi… Jessica par contre, toi tu vas en bouffer, des lignes, mais tu vas voir, ce sera cosmique… » Cosmique, ouais… Donc Brad Pitt, qui a tenu à prendre le rôle que Malick lui offrait en plus d’être l’un des producteurs du film, jouera à Dieu (tu m’étonnes qu’il ait voulu s’amuser à faire ça), et finalement,  Jessica Chastain, on l’a choisie pour les moments de silence.

Je déteste ce film, vraiment

Terrence Malick a décidé de réaliser « une épopée cosmique, un hymne à la vie ». Pourquoi pas ? Qui n’a jamais ressenti le pouvoir de pisser contre le vent ? Pour le cosmique, comme dirait Jean Lefevre dans « Les Tontons Flingueurs » en buvant le vitriol du Mexicain, « ouais, y’en a aussi ». Si vous avez déjà vu un film de Malick, en général c’est très religieux, et très « fond d’écran ». Par « fond d’écran », je parle pas de celui qui s’affiche sur votre 23 pouces si vous réduisez la fenêtre de l’article, non… Je parle de ce que  les graphistes de Bill Gates décident de nous infliger par défaut : le grand Canyon, les étoiles, la voie lactée, des dinosaures, le tout dans un format HD absolument parfait. J’ai dit qu’il y avait des dinosaures ? Ha mais c’est pas une erreur, Jean Lefèvre ne le dirait pas mieux, « y’en a aussi ». Dans le fond, ce n’est pas le plus surprenant, quand on sait que l’intro du film est déjà une performance d’incongruité en puissance. Le film est lancé par des phrases tirées du livre de Job : « Où étais-tu quand je fondais la terre ? Dis-le, si tu as de l’intelligence. Qui en a fixé les dimensions, le sais-tu ? Qui a tendu sur elle le cordeau ? Sur quoi ses bases sont-elles appuyées ? Qui en a posé la pierre angulaire, alors que les étoiles du matin éclataient en chants d’allégresse et que tous les fils de Dieu poussaient des cris de joie ? ». Putain ça commence…

L’angoisse

Je sais, je ne vous ai pas encore  dévoilé l’intrigue principale du film. « The Tree of Life » raconte l’histoire de Jack (Sean Penn), qui se remémore son enfance dans les années 50, avec son père ingénieur autoritaire qui rêvait d’être pianiste, sa mère qui est… là (et c’est déjà ça), et ses deux frères qu’il tabasse de temps en temps. Dans les années 60, la mère (Jessica Chastain) reçoit un message disant que son fils aîné est mort. Et entre temps, on voit la création du monde, les fameux dinosaures, des volcans, la galaxie et la fin de l’univers, et vers la fin les gens sont sur la plage et traversent le cadre d’une porte. En gros, le synopsis, c’est ça. Et sincèrement, j’ai beau me relire, je crois n’avoir rien oublié. Donc si on résume un peu,  tout ça tient sur 30 minutes grand maximum. Il suffit d’amputer le film de toutes la parties incongrues sur l’histoire de la vie, la création, les origines du monde, etc. Parce que ça, en revanche,  Terrence Malick en a fait109 minutes. Mais…pourquoi ?

La réponse

Parce que Terrence Malick, c’est un peu le prosélyte qui frappe à ta porte pour prêcher la bonne parole. Sauf que lui c’est un réalisateur mégalo, donc pour t’expliquer Dieu, la terre, le commencement et le jugement dernier, il fabrique une suite d’images avec du son par-dessus. Du coup c’est encore plus malsain : tu peux pas lui claquer gentiment la porte au nez, ou raccrocher le téléphone. Parce que dans ton malheur de public floué, t’as payé ta place, ou tu as loué le DVD. Et à chaque passage en caisse, Terrence prend un petit billet pour te débiter sa vision du cosmique. Il va beaucoup trop loin, vraiment. Des dinosaures!

Un jour, j’ai vu « The Tree of Life », et pour être sur que c’était nase, je l’ai regardé jusque la fin. Pour être achever de me forger une opinion, je l’ai regardé le matin, parce que j’avais du mal à tenir la distance, en soirée je piquais rapidement du nez.  Je mettais ça sur le compte de la fatigue. Mais même le matin je me suis rendormi à chaque fois, et j’étais plus sûr de rien.  J’en ai voulu à Dieu de m’avoir volé autant de temps de ma petite vie, et je suis allé sur Internet, pour lire quelques critiques parce que vraiment, je me suis senti dépassé par les événements. Palme d’or, le truc ! La Croix, le journal, dit que c’est un chef d’oeuvre. Donc finalement je n’aurais appris qu’une seule chose, grâce à Terrence Malick : dorénavant, je ne suivrai plus jamais les conseils cinématographiques de La Croix.

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