homesman

Tommy Lee Jones a de moins en moins envie de n’être qu’un acteur. Après « Trois enterrements » en 2005, il retourne dans l’Amérique qu’il aime, celle des pionniers du XIXe siècle, celle des Stetsons et des éperons, celle où tous les conflits pouvaient se régler en un sixième de tour de barillet. Il signe avec « The Homesman » un second film ambitieux, très lent, porté par un silence radical et une histoire aussi rocambolesque que terriblement plausible. Entre folie furieuse, traque mal foutue et mégère tendue, « The Homesman » a créé la sensation à Cannes, sans rien gagner, si ce n’est l’adhésion d’un public fatigué par les déflagrations des films Marvel et consorts.

Vous êtes laide comme un tas de briques

Le synopsis est assez fantasque. 1855, dans le sud des Etats-Unis du président démocrate Franklin Pierce. Dans une contrée minuscule, trois femmes mises à rude épreuve par la vie rurale ont perdu la raison. Pour les soigner, le pasteur du coin espère de l’aide venue de la ville, de la part d’un confrère compétent. Souci numéro un : il faut les trimballer très loin, à près de 5 semaines de carriole. Souci numéro 2 : les hommes du village sont un peu couards, et craignent tous de finir hachés menus par les truands du coin, plus répandus à l’époque que les scorpions dans les déserts américains. Heureusement, une vieille rombière désagréable, Mary Bee Cuddy (Hilary Swank), va se dévouer pour mener ce périple. Elle a plus de trente ans, son voisin refuse catégoriquement de l’épouser au motif qu’elle est « laide comme un tas de briques », aussi ce voyage, c’est pour elle le moyen d’échapper à son quotidien ultra-déprimant. Sur sa route, elle croise un malandrin au nom improvisé sur le tas, un certain Georges Briggs, pourchassé par à peu près tout ce qui se fait comme ordure notoire de part et d’autre de la loi. Un mec pas très fréquentable, vieux, désagréable au possible, et animé par deux desseins : l’argent, et la liberté. Rien d’autre.

Lenteur, chant a capella et contraste de l’âme

Tommy Lee Jones n’est pour l’instant passé derrière la caméra que pour réaliser des films de taiseux. Dans son deuxième long métrage, il se met une nouvelle fois en scène sous les traits d’un bonhomme assez rustre, encore plus que le Peter Perkins de « Trois enterrements ». Et si les causes de ce dernier étaient nobles (imposer à l’assassin involontaire d’un vaquero une sorte de cortège funèbre interminable), celles de Briggs sont pour le moins terre-à-terre. Il s’est cette fois-ci associé à l’excellente Hilary Swank (« Million Dollar Baby »), parfaite en mégère forte en gueule, bousillée par une vie sentimentale asymptote à moins l’infini, et endurcie par la vie hostile des no man’s lands de l’époque. L’opposition de ces deux personnages est saisissante, et prend tout son sens dans un road-movie rythmé par les épisodes hallucinatoires de trois femmes cinglées, parfaitement ingérables, qui sont au coeur de l’intrigue. Si les mots sont rares ils sont choisis, si la musique est tempérée (beaucoup de chansons a capelle interprétées par Mary Bee qui rêve de retrouver, un jour, un piano, mais qui se contente d’un tapis décoré avec des touches), elle sert très bien l’ambiance éthérée du film. De ce contraste entre les deux âmes de ses personnages principaux, Tommy Lee Jones tire un road-movie qui ne base rien sur l’évidence. Un film exigeant, qui aborde des thèmes forts (la folie, l’abstinence, la solitude), et qui les traite avec un savant mélange de bongoût cinématographique et d’humanité sincère.

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