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Pour ceux qui sont fans de son oeuvre intégrale, David Cronenberg est un cinéaste qui a toujours su rester surprenant. Parce qu’il a navigué dans quelques sphères artistiques pour le moins étranges. Après avoir tâté de l’horreur (« La Mouche »), du thriller glacial (« A History of Violence »), de la science-fiction extrêmement dérangée (« Videodrome »), et même de son violon d’Ingres (la psychanalyse dans « A Dangerous Method »), Cronenberg s’essaie à la satire d’Hollywood avec ce « Maps to the Stars ». D’un film qui aurait pu être d’une platitude sans nom, parsemé de blagues loupées et de poncifs pénibles, Cronenberg a pulvérisé le postulat de départ pour faire ce qu’il aime le plus : un ovni, gentiment énigmatique mais complètement givré.

Du fist-fucking, des décadents et une piscine

Dans l’univers très personnel de David Cronenberg, la psychanalyse tient un rôle extrêmement important. Très habile pour mettre en scène des personnages particulièrement dérangés (qui voudrait fréquenter le Christopher Walken de « Videodrome » ? Hein, qui ?), il ne s’est pas privé d’imaginer un panel de parfaits tarés pour sa fresque maladive sur Hollywood. Au centre de l’intrigue, une actrice semi-vieille (Havana Segrand, incarnée par Julianne Moore), qui essaie de se débarrasser du démon envahissant de sa génitrice, morte d’une noyade dans une piscine de luxe. Pour ce faire, elle tente une catharsis insensée, en implorant l’industrie de la laisser incarner sa mère dans un remake qui l’avait jadis rendue célèbre. En parallèle, elle se fait soigner par un thérapeute (Stafford Weiss – John Cusack) aux méthodes extrêmement singulières (il essaie par exemple d’expulser les mauvaises ondes en tâtant le fondement de ses patients…original). Lui-même a un fils, Benjie, un immonde adolescent avec un melon surdimensionné qui sort à peine de désintox, et une fille, Agatha, qui vient tout droit d’un hôpital psychiatrique et qui cherche du boulot à Hollywood. Elle va y faire la connaissance d’un chauffeur de taxi (Jerome Fontana – Robert Pattinson), carriériste raté, qui va lui faire l’article à propos du monde perverti du 7e art. Si vous êtes toujours là, c’est que vous êtes prêts pour la suite.

Le silence et la mort

Comme souvent dans les films de Cronenberg, les silences ont plus de poids que les mots. Le Canadien est un réalisateur de la vieille école, celle qui s’autorisait volontiers à ne pas tenir par la main le spectateur. Si parfois le fil de l’intrigue est très discret, c’est au spectateur de s’accrocher du mieux qu’il peut. Le scénario dévoile ses détails au compte-gouttes, et même si certains sont assez grossiers (les premiers « twists » ne sont pas très surprenants), il est très important de ne pas lâcher l’affaire. Jamais. Si la première moitié du film est assez conventionnelle, on dérive très vite vers une galerie de personnages et d’événements très étranges et parfaitement immoraux. Cronenberg ne pouvait pas se contenter d’un film « normal », sa patte de névrosé cyclique empoigne le public comme une grosse main velue. C’est très violent, et très soudain. C’est très bizarre, et très lent. C’est très complimenté par la critique, mais c’est pas destiné à tout le monde. Et c’est le moins qu’on puisse dire.

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