Et pourquoi pas ? Matière laissée pour compte, cantonnée à l’emballage et à la protection, le carton est au bois ce que le soutif est à la poitrine : ça va mieux quand on l’enlève, et sans lui on se rend mieux compte. Mais à la différence de son alter-ego textile, une fois qu’il a été arraché par une main ferme et jeté dans un coin de la pièce, le carton est définitivement abandonné à son funeste destin, embarqué sur un Styx industriel qui débouche au mieux sur du recyclage, au pire sur le néant. Heureusement, La Fabrique est là pour réhabiliter ce matériau et le sublimer. Une fois passé entre les mains expertes d’Isabelle, le carton accède au rang de matière noble, et fait bien vite oublier qu’il n’était pas venu pour faire le beau. Mieux : il assume.


KODAK Digital Still Camera

Isabelle, est-ce que tu peux nous expliquer ce qu’est La Fabrique ?

C’est mon petit univers où je fabrique des meubles en carton, où j’organise des ateliers pour apprendre aux gens à le faire aussi, où j’accueille des enfants, et où je me fais plaisir en pliant des morceaux de papier en origami…

Tout ça n’a pourtant rien à voir avec ton premier métier…

Absolument pas. J’ai suivi une formation en arts appliqués, et j’ai obtenu un BTS « expression visuelle et images de communication ». Je suis devenue graphiste, jusqu’en 2000 quand je suis devenue maman.

Et il s’est passé quoi ?

J’ai compris que je n’allais pas pouvoir cumuler deux métiers à la fois, commencer à 9h du matin, finir à 4 et recommencer le lendemain. L’envie de créer l’atelier c’est venu après la naissance de ma deuxième fille. Il fallait que je retravaille, j’ai pensé à l’infographie et je me suis dit « non ». D’ailleurs après la période infographie j’ai mis mon ordinateur de côté, et j’en ai pas touché un pendant sept ans. J’étais un peu en panique avant monter l’atelier parce que je ne savais pas trop comment faire donc j’ai un peu travaillé dans la torréfaction, et j’ai rencontré une amie, Juliette Merveille, qui m’a parlé d’une personne qui fabriquait des meubles en carton. Elle m’a parlé de ça parce qu’elle savait que j’étais dans une démarche bio, l’écologie, les enfants, le recyclage, etc. J’ai suivi une formation, et j’ai ouvert l’atelier.

Une formation ? Pour les meubles en carton ?

On peut tous en fabriquer si on en a envie, mais il y a diverses manières de le faire. Tu peux suivre ce qu’un livre te dit ou prendre du carton et essayer de faire comme tu peux, soit tu sais comment faire de vraies découpes, avec un carton de bonne qualité, les bons outils qui sont pratiquement les mêmes que ceux d’un menuisier, et tu fais un travail propre. C’est comme les meubles en bois : si tu n’as pas une bonne matière, si tu ne le découpes pas correctement, avec les bonnes mesures, ça ne tient pas.

C’est vraiment de l’artisanat, mais est ce que c’est aussi de l’art ?

Ah ça dépend de la manière dont tu abordes ton meuble. Soit tu l’envisages comme un loisir créatif, et je trouve que beaucoup de gens font ça, soit tu crées vraiment tes meubles, tu leur donnes un style. Moi j’aime bien les meubles années 50 et 70. Tu peux faire du fonctionnel, mais tu peux aussi de leur donner une personnalité.

En parallèle tu organises donc aussi des ateliers pour les enfants. Pour leur donner ce que tu aurais aimé avoir ?

Oh non, ça vient de ma mère. C’est très familial, en fait, le côté manuel. J’ai eu une éducation très chrétienne, on faisait beaucoup de choses en communauté. Avec mon grand-père je bricolais à la scie, je peignais. Le fait de partager tout ça avec les enfants ça me vient de là. L’infographie c’était très froid, un atelier je le voulais manuel. Avec les enfants je fais de la récup’, du bidouillage, on fabrique des robots, on bosse avec des rouleaux de papier toilette, on a fait beaucoup d’origami cette année. C’est pareil que le carton, les bouquins ne te disent pas tout.

La matière première, le carton, il est toujours de récupération ?

Pas toujours, mais le mien, si. Le bon carton, je le trouve chez les revendeurs de motos, de vélos… Soit je m’arrange avec eux à l’avance, ils me le gardent et je le récupère, soit je le prends si je le trouve par hasard et qu’il est en parfait état. Ils m’appellent quand ils ont des arrivages, j’y vais et je taille ce dont j’ai besoin.

Une question de néophyte : comment tu fais des arrondis avec du carton qui par définition, est plat ?

Tu peux le travailler très facilement. C’est l’un des principaux avantages par rapport au bois, c’est moins limité concernant les formes. Je ne suis pas fan des formes très arrondies, mais le carton est très souple. Il y a des règles à respecter, mais c’est très peu limité.

Chaque fois qu’on passe devant Shibuya, la boutique de fringues de Saint-Raphaël, on peut voir une de tes oeuvres les plus étonnantes, un réverbère en métal, sauf qu’il n’est pas en métal.

Non, il est en carton, mais comme il est vitrifié on dirait qu’il est en métal.

C’est ce qu’on te demande le plus souvent, des meubles en carton qui donnent l’illusion d’être faits dans un autre matériau ?

Pas trop. Ma prof faisait beaucoup ça, moi j’aime bien montrer qu’il y a du carton. Mais tout est possible, tu peux utiliser des patines et des laques, et créer l’illusion. Mais j’aime bien qu’on voie les cannelures, par exemples.

Maintenant que c’est ton activité unique et principale, qui sont tes clients ?

Pour les prestations de service j’ai les écoles, les municipalités, les Offices de tourisme, des salons qui me demandent. Et depuis que je suis ici, j’ai les gens du coin, qui viennent me voir et qui me demandent un devis pour des meubles uniques. Ils me montrent des choses qui existent, on modifie ce qui les gêne, on adapte, c’est du sur-mesure. Chez le Garçon Coiffeur à Saint-Raphaël j’ai fait la console de l’entrée, par exemple. Je bosse aussi pour des compagnies de théâtre, et pour des particuliers. On peut faire beaucoup de choses !

KODAK Digital Still Camera


La Fabrique – 35 rue du Bourguet à Fréjus

06 6 86 60 68 – www.lafabrique-recup.com

A propos de l'auteur

Articles similaires

Laisser un commentaire