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Un ordinateur géant, un geek qui veut révolutionner l’intelligence artificielle, des alter-mondialistes déterminés, des soldats surhumains et Morgan Freeman. Transcendance, normalement, possède tous les atouts pour séduire les amateurs de Sci-Fi, surtout les adeptes d’anticipation. Entre adulation bornée pour les machines et haine farouche pour les actes contre-nature, Wally Pfister signe un premier film un peu bancal, dispersé entre l’ésotérisme d’une relation amoureuse pas vraiment post-mortem, des raccords narratifs très compliqués à clarifier, et une lutte des classes next-gen extrêmement flippante. Cela dit, ce dernier point suffit à susciter l’intérêt. Voyons pourquoi « Transcendance » est un film qui aurait pu tout baser sur la peur.

« Un jour ça va arriver, et on va tous crever »

Wally Pfister, jusqu’ici, n’était « que » le directeur de la photographie fidèlement chevillé au talent de Christopher Nolan. « The Dark Night », « Inception », « Memento » et toute cette palanquée de films hyper-graphiques au style incisif et caractéristique, c’est lui. Alors évidemment, « Transcendance » ne déroge pas à la règle et affiche une patine hallucinante. Ajoutez au générique le duo Johnny Depp / Rebecca Hall, Morgan Freeman en vieux sage et Paul Bettany (la voix de Jarvis dans « Iron Man ») en caution intellectuelle peu persuasive, et vous avez de quoi vous divertir. Le postulat de départ emprunte des codes très classiques : une intelligence artificielle développée par des scientifiques au demeurant bien intentionnés va dérailler et mettre la planète en danger. C’est quasiment un reboot du Skynet de « Terminator », qui au lieu de se conjuguer au futur avec des robots guerriers, va s’emparer du présent en étalant sa domination en temps réel. Et ça, en 2014, c’est très inquiétant. Dans mon fauteuil, dès les premières minutes du film, les dérives annoncées me paraissaient tellement crédibles, voire proches, que je me suis sérieusement inquiété. Intérieurement, mon cerveau me répétait « un jour ça va arriver, et on va tous crever ».

Pour faire court, Will Caster (Johnny Depp) est un génie qui développe un projet d’intelligence artificielle autonome sur le point d’être opérationnel. Le projet fait peur au RIFT, un groupe de militants aussi bohèmes qu’organisés, qui tente de tuer dans l’oeuf le projet de Caster en essayant de l’abattre. Pour le sauver, son épouse Evelyn (Rebecca Hall) va imaginer intégrer l’esprit de Will dans la machine qu’il a conçue. L’alliance de ces deux puissances, intellectuelle et numérique, va déboucher rapidement sur un dilemme en trois phases : Evelyn aime une projection numérique, Will détient la toute-puissance, et le couple est traqué par les sceptiques alors qu’il réalise des miracles.

Des ressorts vaporeux et un manque d’idées

Comme souvent dans les films d’anticipation, la clé de la réussite réside dans l’utilisation de bonnes idées. Or il se trouve que « Transcendance » n’en regorge pas franchement. Les passerelles entre le monde réel et l’univers « théorique » où évolue Johnny Depp sont par exemple très faciles, expédiées par le scénario comme on balance l’eau du bain. Et comme le pitch est basé sur l’éternelle rivalité entre les machines et l’homme, certains détails auraient mérité plus d’attention pour conférer à l’ensemble un peu plus d’originalité. Reste la terreur : sans verser la moindre goutte de sang ou presque, Wally Pfister réussit le tour de force d’instiller la peur au spectateur perturbé par les perspectives de domination informatique, en lui proposant quelque chose de crédible. Si l’emballage aurait pu être vraiment meilleur, le coeur du film, lui, sait toujours rester intéressant. « Transcendance » ne révolutionne pas le film d’anticipation, mais apporte au genre une lecture différente qui saura susciter quelques questions. Et c’est aussi à ça que servent ce genre de productions.

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