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Figurez-vous, chers lecteurs, que Patrick Sébastien, le vrai, pas celui en verlan, a commis un nouveau méfait musical au printemps dernier. Titre du crime, « Ça va être ta fête ». Un assassinat méthodique de l’oeuvre pondue par le champion de l’audimat serait aussi inutile à votre connaissance du monde que l’album lui-même au patrimoine musical mondial, donc on va l’aborder par un autre flan et essayer de comprendre ce qui se passe. Dans sa tête à lui, et dans celle de ceux qui écoutent, voire achètent ces trucs-là. Sans juger, parce que secrètement, à la rédac’, on y trouve quand-même quelque-chose. Il nous arrive même de laisser glisser un « oh ça va être bon, ça ! » en écoutant les premières notes.

Production industrielle, musique de fête foraine et Louis Chedid

Alors évidemment, amateurs d’envolées guitaristiques ou de morceaux de piano sensibles et délicats, vous vous doutez bien que l’intérêt de l’oeuvre se situe ailleurs. Musicalement, on est entre la fête de l’olive de Draguignan (qui pourtant a jadis accueilli Marie-Paule Belle), la Bande à Basile sous meth’ et la plus triste des fêtes foraines un soir de pluie. C’est nul, zéro, abyssal. Mais c’est dans le contrat. Entre les trompettes de synthèse empruntées aux airs de ferias basques et l’accordéon électronique mal pompé sur la plus sordide des guinguettes, on est en terrain connu, Patrick ne nous prend pas en traître. Trompette, accordéon, fête foraine, Bande à Basile, ça part pas bien.  Comme toujours avec un album de Patrick, on retourne de suite la pochette pour regarder si les titres sous-entendent d’énormes performances de song-writing inspiré : « La Béquille », « Mon petit koala », « On est des dingues », « Trocadéro »…il y a peut-être de quoi supplanter les « Sardines » aujourd’hui périmées, que tout le monde s’est envoyé entre les oreilles le soir du réveillon (c’est la chanson la plus streamée en France le 31 décembre, assumons). Petit point noir, quand-même, une atroce reprise de Louis Chedid et de son « T’as beau pas être beau », férocement massacré avec une violence inouïe par Patrick. Mais l’auteur du « Petit bonhomme en mousse » a-t-il repoussé les limites de l’ingéniosité textuelle ? ET ben…peut-être !

Monologue du pénis, obsession étrange pour les petits animaux, et pas mal de « lalala »

Soyons honnêtes : on n’écoute pas Franky Vincent pour sa connaissance de l’oeuvre d’Heidegger, ou Elmer Food Beat pour leur discours politique contestataire. Et bien Patrick Sébastien, c’est pareil : ça cause de frites, de cul, de slip et de pastis-olive. Au menu des réjouissances, les titres les plus efficaces sont bizarrement ceux qui sont dédiés aux petits animaux rigolos, genre « Les Marmottes » (qui n’ont pas de culotte, puisque les hérissons n’ont pas de caleçon), ou « Mon Petit Koala »(on vous laisse découvrir ça par vous-mêmes). En tous cas, à la rédaction on parie un joli pactole que cet été, à la place de « Qu’est-ce qu’on est serrés au fond de cette boîte », résonnera peut-être dans les campings de la côte « Tout nu, tout nu, lalalalala, si tu trouves que c’est trop n’enlève que le haut ». Enfin on verra bien.

Pour ceux qui préfèrent quand c’est vraiment en-dessous de la ceinture, Patrick Sébastien nous gratifie du sympathique « La Béquille » que ne renierait pas Colette Renard (« Les nuits d’une Parisienne », toutefois 1000² fois plus raffiné). Et chanté avec l’accent du sud-ouest, ça tape toujours plus juste. Par contre, quand Patrick ne fait plus la fête et s’essaie à la sensibilité (« Qui sera là ? », nullissime), ça sonne tellement faux (même s’il est sincère) qu’il se noie dans le ridicule. Fais la fête, mec, et laisse le reste aux autres. S’il te plaît…

Et pour finir, voici le refrain qui va sûrement rythmer votre été nocturne, d’un barbecue privé rigolo à une soirée « te-boî » à ciel ouvert quelconque. Amusez-vous, c’est un ordre. Et sachez que si vous avez envie d’une édition méga-collector de la mort, vous pouvez commander le disque avec un pack comprenant une capote, une langue de belle-mère, un foulard… 24€99, tu peux pas test. Et demain, vous aurez droit à la chronique du seul groupe qui a réussi à faire pire que Pow Wow en imitant les Poetic Lovers qui copulent avec les Vagabonds. Absolument…

Ne laisse pas le mari sur sa béquille
ne laisse pas le caillou dans l’espadrille
ne laisse pas le ver de terre sur la mousson
enlève le papier et suce le bonbon

ne laisse pas le cric sur la voiture
ne laisse pas le chevalier dans l’armure
ne laisse pas le prisonnier dans le dortoir
enlève le papier et suce le bonbon.

 

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