Qui a dit que le théâtre amateur était seulement un prétexte pour divertir les jeunes retraités en mal d’occupation et les étudiants perdus dans les couloirs de facs de lettres en quête de reconnaissance ? Sûrement quelqu’un qui n’a vécu que de mauvaises expériences avec cet art délicat, et qui n’a jamais eu la chance de passer une soirée avec Lou Misteriou. Ne nous faites pas dire ce qu’on n’ jamais voulu dire : le spectacle de Lou Misteriou, c’est pas du Robert Hossein, et ça ne mérite pas d’être transposé au Stade de France. Mais puisque « Glaive, Croix et Sortilèges » ne se prend en aucun cas pour « Jésus la résurrection », aucun problème. Le théâtre romain Philippe Léotard suffit amplement, et affiche presque complet pour ces trois jours de représentation en grande pompe et à la sauce « Do It Yourself ». En fait, Lou Misteriou, c’est les derniers punks de Fréjus.

Chevaux factices, bouffons silencieux et combats sauvages

Vous résumer l’histoire écrite par Jean-Denis Vivien serait assez compliqué. Disons qu’en gros, les membres de Lou Misteriou vous proposent, en huit tableaux, de découvrir des bribes de l’histoire de Fréjus. Et pour ce faire, ils se déguisent, se battent, dansent, chantent un peu aussi, et en font des tonnes, avec les moyens du bord. On notera un superbe attelage de chevaux factices (très drôles à voir évoluer), ainsi qu’un duo de bouffons silencieux à cause d’un problème technique. D’ailleurs des problèmes techniques il y en aura pas mal. Et alors ? L’union fait la force, et tous les comédiens de trois soirs font l’effort de ne jamais perdre leur sang-froid. Le filage est respecté, et même si en coulisses ça s’agite pas mal, que le vent empêche l’équipe d’installer tous les décors et que les micros ne fonctionnent pas toujours, le spectacle suit son cours.

Parmi les très bons moments, il y a forcément les combats, qui émaillent certains tableaux. Les Germains, les Romains, les chevaliers médiévaux, tous sont interprétés par les membres de troupes rompues aux exercices belliqueux. Ils parviennent à rendre les combats spectaculaires, et rehaussent du même coup grandement l’intérêt d’un spectacle forcément inégal, mais toujours divertissant. On en apprend pas mal sur les personnages historiques ayant compté à Fréjus, pour peu qu’on tende un peu l’oreille et qu’on fasse vraiment attention aux textes. Lou Misteriou a d’ailleurs pris les devants en distribuant à l’entrée un programme qui explique plus en profondeur les tenants et aboutissants de chaque période explorée pendant le spectacle. Nécessaire pour comprendre l’essentiel, parce que parcourir 2000 ans d’histoire en deux heures et des bananes, c’est un peu court.

Si vous n’aimez pas le foot

Alors évidemment, hier soir la représentation était en même temps que le match de foot le plus historique de ces 50 dernières années. Problématique pour les amateurs de ballon rond, surtout que ce soir, l’Argentine et les Pays-Bas vont eux aussi en découdre, pour la postérité, si ça se trouve…Mais tout le monde n’aime pas le foot, et si vous cherchez un excellent moyen de vous divertir en regardant des gens costumés, en chaussettes montantes mais pas en short, « Glaive, Croix et Sortilèges » est peut-être « The Place to Be » ce soir. Et faites très attention quand vous verrez débouler les gardes napoléoniens armés de fusils à baïonnettes, parce qu’ils tirent, avec. Et ça fait tellement de bruit que ça fait « pleurer les gosses », dixit la dame de l’entrée.  Coup d’envoi, 21h30.

 

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