Enter the Void
2010 – De Gaspar Noé

Après le très dérangeant « Seul contre Tous » – qu’on vous conseille – et l’encore plus dérangeant ‘Irréversible », Gaspar Noé se met à l’ultra-mystique avec « Enter the Void ». Alors comme d’habitude j’aime les films du réalisateur, je me suis dit d’emblée « ça va être génial ». Erreur fatale ! En sortant du cinéma, je ne suis sûr que d’une chose : j’ai pas tout compris. Mais comme je suis un cinéphile courageux, je l’ai revu chez moi. Deux fois. Avec la fameuse technique du découpage en trois parties que je vous évoquais le mois dernier. Et le matin. Toujours le matin au réveil, le cerveau frais, pour ne pas m’endormir. Et bien je ne suis pas encore sûr d’avoir tout compris. Finalement, je ne suis même pas sûr de le détester. Mais je vais essayer de vous donner mon idée du film, pour que vous, bande de veinards, vous ayez quelques pistes avant de louer le DVD. Moi, on ne m’avait pas prévenu, ainsi je vivrai mes derniers jours sur Terre perturbé par une hésitation profonde quant à l’effet que produit sur ma personne « Enter The Void »

Tout est expliqué au début, pourtant….

« Enter the Void » c’est l’histoire d’Oscar, petit dealer, et de sa soeur Linda, strip-teaseuse, vivant tous deux à Tokyo, un peu en galère. Un soir, Oscar se fait balancer par un client, et se fait descendre dans un bar. Comme il avait promis à sa soeur de ne jamais l’abandonner, son esprit va se balader dans Tokyo tout au long d’un processus de résurrection. Au début ça va, le procédé de réalisation est plus qu’original (vue à la première personne) même si du coup, le film perd un peu en dynamisme. Mais à partir de la mort, la vue subjective, c’est l’esprit d’Oscar qui tourne dans Tokyo, et qui est de plus en plus halluciné. Là on comprend plus rien : ça tourne, c’est filmé en hauteur, il y a plein de personnages, ça délire dans le sens propre du terme…  Or il se trouve qu’un ami d’Oscar, Alex, proche de Linda, explique tout ce qui va se passer dans le film dès le départ. J’avoue, j’avais pas fait le rapprochement. Gaspar Noé n’est pas bête ! il savait bien que son film, personne n’y comprendrait sans quelques indications. Lui qui a pour habitude de pondre des longs-métrages plutôt bruts et décodables par tout-un-chacun ne voulait pas forcement plaire qu’aux gens qui lisent Télérama.
Le pitch du pote d’Oscar est simple : un livre tibétain, « Bardo Thödol », explique qu’entre la mort et la résurrection, il y a 45 jours où l’esprit se dégage du cadavre, puis erre jusque récupérer ses 5 sens, traverse une phase psychédélique, puis atterrit dans sa nouvelle enveloppe pour une nouvelle vie. Quelque-chose comme ça, en tous cas…

On vous a prévenus, vous êtes au courant.

Gaspar Noé s’étant rapidement dédouané d’une quelconque explication, maintenant place à la pratique ! Oscar meurt, ok. Son esprit flotte, ok. Il assiste (et donc nous aussi) à la scène des flics qui viennent enquêter, avec sa soeur qui pleure, et se retrouve toute seule (bravo la promesse, Oscar). Seule, elle va un peu plus galérer, mais Alex va lui filer un coup de main. Au départ, l’âme d’Oscar n’est pas très stable. C’est en quelque sorte imagé par cette caméra vomitive, qui bouge un peu à la manière d’un lustre balançant au milieu d’une pièce. Si vous êtes du genre à avoir le mal de mer, accrochez-vous! Mais ça se stabilise doucement, et ça finit par aller mieux, même si Tokyo la nuit, c’est plein de lumière, peut-être un peu trop pour une caméra qui vole.

L’esprit continue de flotter, les gens se droguent, mais pas tous parce qu’à Tokyo c’est pas forcément impératif (et encore moins quand on regarde le film). Le sexe est très présent, jusqu’à la dernière scène avant la fin qui se déroule dans un love-hotel où toutes les chambres sont occupées par des couples qui font l’amour, avec des éclats de lumière qui émanent des corps. C’est extrêmement bizarre, on se sent un peu gêné comme devant la scène finale de « Seul contre Tous », avec heureusement un peu moins d’inceste. Cela dit, de l’inceste il y en a un peu quand-même, parce que la relation entre Oscar et Linda est dès le départ un peu louche. Oscar va voyager dans le monde des morts, va – comme le dirait Kyle dans South Park – « résurrecter », en passant par plein de phases de plus en plus bizarres, et de plus en plus lumineuses.

Conclusion (je sais, ça fait un peu bac de philo mais c’est de saison)

Le ton est moins brutal que d’habitude chez Gaspar Noé, mais s’intègre assez bien dans l’univers du réalisateur. L’inceste, la drogue, le sexe, les familles déchirées et la mort sont traités au cours des 2h39 de film. La lenteur est peut être trop extrême, mais avec la tonne de sujets évoqués et surtout l’incompréhension suscitée par le film, heureusement que ça ne file pas trop vite. Ce troisième long métrage est complètement glauque, mais moins rude dans le propos. Petite pépite par contre, l’intro du film : si vous êtes épileptique, évitez clairement les 3 premières minutes où l’équipe a décidé de faire un montage plein de lumières qui clignotent, de typo franchement cinglées, sur une musique qui tabasse, avec des prénoms qui se répètent. Le générique s’arrête, puis ça revient, encore plus violent… puis ça s’arrête, et ça reprend, toujours plus violent ! Complètement malades…
Je ne saurais pas vous dire si c’est bon ou mauvais, je n’en ai aucune idée. Aussi je vous propose de vous forger la votre, et qu’on n’en parle jamais !

 

 

 

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