De l’Or à l’Appel au Bigdil, de La Classe au Juste Prix, de la « Zoubida » au « Lavabo », l’humoriste/animateur/comédien/un peu chanteur Vincent Lagaf’ a beaucoup navigué entre les vagues du media-business. Mais d’un jeu rigolo à une chanson débile, il y a toujours eu un truc que Lagaf’ a pris au sérieux : les moteurs à explosion. Passionné depuis son adolescence par tout ce qui roule, glisse ou vole, il s’est très vite senti chez lui sur la côte méditerranéenne, où il est devenu un gros bonnet du jet-ski mondial. Il n’est pas venu à Roquebrune les 14 et 15  juillet pour faire le pitre ou raconter des conneries. En tous cas, pas seulement. Son projet, c’est de présenter au public une invention française et révolutionnaire, le Flyboard, un genre de surf propulsé par un jet surpuissant qui permet littéralement de survoler un plan d’eau à 15 mètres de haut. Un truc de dingue taillé sur-mesure pour un mec qui de son propre aveu, ne perçoit le danger que quand il y a un risque de mourir.

C’est au bord du lac de l’Arena, au village de Roquebrune, que nous avons rencontré Vincent et son fils Robin, tout aussi possédé que son père par les mêmes passions. Le père, le fils, deux potes réunis autour d’un même délire et d’un très gros pick-up.


Vincent, c’est qui la vedette aujourd’hui, vous ou votre fils Robin ?

V – La vedette ça va être le matériel. Je pense que les gens viennent un peu voir ma gueule aussi, mais c’est la première fois que sur un chantier de spectacle y a le père et le fils, les deux à égalité ! C’est une première. On bosse ensemble dans le milieu de la télé et de la vidéo, mais c’est la première fois qu’on fait un show ensemble.

Robin, c’est quoi le Flyboard ?

R – C’est une invention 100% française, ça a été créé par un marseillais qui s’appelle Francky Zapata. Il a  eu une idée, un matin en se levant,  » y a un truc à faire avec le jet, cette puissance, cette turbine  qui propulse l’eau par l’arrière ». En gros il a canalisé cette puissance dans un tuyau au bout duquel il y a une planche, et la puissance de l’eau permet littéralement de voler, à des hauteurs de 15 à 18m en fonction du poids de la personne, et qui nous permet d’envoyer des figures classiques, 180, 360, back flip et même le dauphin, qui est une figure magnifique mais que je ne fais plus malheureusement !

V – Robin il est beaucoup plus aérien, moi je suis plutôt subaquatique. Il a eu un accident l’année dernière et il s’est arraché la lèvre inférieure.

R – J’ai fait une figure qu’on appelle la vache de mer, je suis allé bouffer le sable…

Ça ne se voit pas…

V – Il a eu plein de points pour recoller la lèvre contre la gencive, on aurait dit « l’Ours » de Jean-Jacques Annaud. Comme ça a été très douloureux, maintenant il se méfie un peu. Mais il est très aérien, il envoie des jolies back flips. Moi je le fais plus, j’en ai fait deux dans ma vie, le premier j’ai pris le tuyau dans la gueule, le deuxième je suis retombé sur la machine. Comme à nous deux on fait à peu près toutes les figures qui existent, on se partage le show.

Tout à l’heure en off, il nous racontait que se mettre au jet ski ou au ski nautique, avec un père comme le sien c’était quasiment une obligation …

V – Il était obligé, c’était ça ou il était déshérité (sourire). Il avait 3 ans quand il a conduit son premier jet à bras. Il savait, et c’est pas une connerie, il a compris le contre-braquage en quad avant de savoir tenir sur ses pieds.

Robin tu t’en souviens ?

R- Ouais, surtout que depuis j’aime pas marcher !

V – Très vite je l’ai mis sur un tout petit quad, on habitait du côté de Rambouillet, l’hiver y avait de la glace. Et tout de suite, de lui-même, il avait ompris qu’il fallait tourner le guidon dans l’autre sens, sinon tu faisais que des toupies. Il avait trois ans.

Et vous c’est venu d’où, cette passion pour tout ce qui va sur l’eau ?

V – Enfait ma première passion, c’est pour tout ce qui est mu par un moteur à explosion. Mon premier jouet, à l’époque, ça s’appelait un Amigo. C’était un petit 49.9 à 4 temps fabriqué par Honda, et si on arrivait à mettre une grande couronne de 2 temps à l’arrière, on avançait à 8km/h mais on grimpait aux arbres. A l’époque j’habitais à Aix-en-Provence et je montais à La Croix de la Sainte-victoire, avec ce truc-là. Après j’ai eu un Yamaha TY 125, puis je suis parti travailler au Club Méditerranée, là je me suis mis à pratiquer plein de sports mécaniques et aquatiques. Mon père m’avait mis au ski nautique parce qu’il avait un Zodiac avec un moteur de 40 chevaux. Comme j’avais un petit niveau je me suis mis à participer aux shows nautiques du Club Med, je me suis spécialisé dans le bare-foot (ski nautique pieds nus, NDLR), jusqu’au jour où j’ai eu un accident dramatique, depuis j’ai un problèmes aux jambes. En fait j’ai fait une arrivée plage en courant, mais à 70 km/h, et le genou a plié dans l’autre sens.

Et tout ça c’était là bien avant la télé, contrairement à ce que pensent parfois les gens.

V – C’était même là avant le Club Méditerranée ! J’avais 14 ans quand j’ai bricolé ma première mobylette. Après j’ai fait des études de mécanique et ça m’a donné le goût de comprendre la puissance d’un moteur. Quand j’ai commencé à faire du one-man show j’ai très bien gagné ma vie et j’ai pu acheter des jouets plus gros. Ensuite j’ai fait de la télé, j’ai encore mieux gagné ma vie et j’ai pu m’acheter ce que j’avais envie de m’acheter.

Et toi Robin, tu bosses avec ton père tout le temps ?

R – Tout le temps, non. Quand on peut travailler ensemble, oui…en fait je couvre avec lui tous les événements de Flyboard, beaucoup d’événements de jet, des raids un peu partout dans le désert, en Roumanie, avec des quads, des buggys…Comme mon père participe à tous ces trucs, c’est comme si on bossait ensemble. La plupart du temps, je le filme en rain de s’amuser.

Surtout que là, quand on vous voit en train de galérer dans l’eau à raccrocher des jets à la remorque, l’entente a l’air parfaite entre vous…

V – De temps en temps je suis un peu « le père », mais la plupart u temps c’est plutôt deux potes. En fait à part partager les gonzesses, on a tout partagé. La sienne est un peu jeune pour moi, et lui il a pas envie de partager sa mère !

Vincent on ne peut pas ne pas en parler : la télé, ça en est où ?

V – C’est à côté, en parallèle. Moi j’ai deux mondes, et Robin le disait très justement dans un petit reportage qui avait été fait à l’époque pour Sacrée Soirée : il a deux pères. Il a celui avec lequel il vit des trucs d’adrénaline, avec lequel il vit des trucs hyper complices, et celui de la télé qui ne lui appartient même plus, avec les gens qui disent « Lagaf’-ci, Lagaf’-ça », qui m’attrapent pour me faire la bise sans me demander, etc. Il a un père qui est deux personnes. La télé c’est un métier, pas une passion, mais c’est un métier que j’aime beaucoup, parce que je le fais avec une équipe avec qui je travaille depuis 25 ans, c’est une grande famille.

Et le one-man, ça vous manque ?

V – Le one-man show me manque sans me manquer. Mais la scène me manque.  Le one-man show , franchement, en dix ans j’en avais fait le tour. Y en a qui peuvent faire ça toute leur vie, moi j’avais envie de faire autre chose. Quand on m’a donné la possibilité de faire de la télé comme j’avais envie de la faire, j’ai sauté sur l’occasion. Maintenant, il me manque le cinéma, j’aurais bien aimé faire du cinéma. Parce que l’expérience que j’ai au cinéma, elle est pas terrible…

Et toi ça te fait bizarre d’avoir un père aussi connu, par la France entière ?

R -Ben non, c’est depuis ma naissance donc ça me fait pas grand-chose. C’est une habitude qui parfois est sympa, parce que ça nous donne quelques passe-droits, on fait pas la queue ici ou là, des trucs comme, et des gens très sympas qui viennent voir mon père et ça se passe très bien, et d’autres qui le sont moins mais bon…Tu tournes la tête, ils s’en vont et ça se finit bien.

Maintenant c’est toi qui souhaite être connu ?

R – Ben…Là ce soir on fait un show tous les deux, je me dis « je vais être reconnu, en même temps que mon père, on est tous les deux », ça me fait plaisir. Parce qu’on partage le truc.

V – Il sait ce que c’est la notoriété populaire et il sait que c’est vachement dur à vivre. Nous on se démerde pour avoir un jardin privé, on s’est toujours démerdés pour ne pas être dans Closer, Voici, Gala, tout ça, et c’est vachement important. Il y a la vie, ce que je veux bien donner de moi, mais mon fils, sa mère, les amis, la famille, tu touches à rien. Pour venir chez moi faut commencer par savoir où j’habite, et faut se donner du mal, et quand tu vois les abords de la propriété tu te dis « voilà un mec qui a pas envie d’être emmerdé ». Et c’est vrai que tant que tu restes à 5 m du portail tout va bien, mais si tu sonnes tu vas tomber sur un sale con que tu ne reconnais pas, et qui est capable de tout. Si tu rentres chez moi, à mes yeux, t’es un danger. Pour ça faut passer par-dessus le gardien, qui est un gros con, par-dessus deux clébards qui n’aiment qu’une chose c’est bouffer du casse-couilles. Je suis deux personnes ! C’est presque de la schizophrénie, si tu me demandes un truc poliment je ne refuse jamais, mais si tu t’introduis chez moi, un psychopathe, une tête de con.

Tu l’as déjà vu dans cet état-là ?

R -Ah j’aime bien, moi, quand il est comme ça, c’est sympa !

Là ce soir c’est le seul show de la saison ou y en aura d’autres ?

R – On en a un autre demain aux Issambres.

V – Et après on a aussi celui de la Jet Cup de Cavalaire, puisqu’elle redémarre, on a réussi à la remettre en route. Francky Zapata sera là avec l’Overboard, et lui ça va être un autre niveau. Ce mec a un demi-cerveau. La moitié de son cerveau est basée sur l’ingénierie hydraulique. Il connaît absolument tout, les formules mathématiques, la puissance, la longueur des tuyaux, tout.

Et en plus de concevoir, il pratique ?

V – Ah oui ! Toutes les figures qu’on fait, c’est lui. J’ai eu la chance de courir avec lui, ou contre lui, à l’époque du jet ski. On a été dans le top ten mondial ensemble, et quand il a quitté le jet, à peu près en même temps moi, on est restés très potes. On a du coup la chance d’être toujours dans les premiers à tester ses nouveaux trucs. Là ce soir, l’Overboard, y en a qu’un au monde, c’est le notre. Ils sont fabriqués, mais pas commercialisés.

Quand il invente quelque-chose il vous appelle parce qu’il sait que ça va intéresser la famille ?

V – Il appelle et y me dit « viens voir, j’ai un nouveau truc… »

R – Il me dit « montre-moi comment tu peux te faire mal avec ça ! » On se fait mal, alors il dit « on va changer ça, ça, ça, et ça », en fait on n’a que des protos, des versions pas finies… L’Overboard, j’en ai fait trois fois.

V- On est le crash test, quoi.

Mais du coup, Vincent, vous sur je jet vous devez flipper à mort, non ?

V –  Ben disons qu’il est dans le même état d’esprit que moi, mais il n’a pas atteint le stade où il ne perçoit le danger que s’il y a un risque de se tuer. Moi à une époque c’était dangereux uniquement si je pouvais y laisser la peau. Lui c’est quand il y a possibilité d’appeler une ambulance. Mais bon il est cassé de partout, il s’est pété la malléole, les poignets, les bras, il a plus de ligaments dans les genoux, les épaules, le nez. En plus il est trop bon trop con. Un chat sur une branche, il va aller le chercher, une femme qui se fait emmerder par son mec bourré, il va aller lui péter la gueule.

Ah ben du coup ton père doit être fier de toi !

R – Ah mais moi, déjà, je suis fier de moi !

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