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Puisque ce mois-ci notre dossier évoque essentiellement le monde musical, nous sommes allés rendre visite au plus réputé studio du coin, à Saint-Aygulf. Dans un chalet posé au bord de l’eau, Sébastien Gros, Bil pour les intimes, fait grossir sa Coxinhell depuis plus de dix ans, et propose à qui s’en sent capable (et ce n’est pas toujours le cas, on va y revenir !) d’enregistrer un vrai disque. Entretien avec un véritable ingé-son, de ceux qui repèrent les trous dans les 300 Hz et qui savent faire chanter les casseroles…

Tu as monté ce studio il y a déjà pas mal de temps, 12 ans maintenant, et tu as commencé très tôt. Comment ça t’a pris ?

Ben j’avais 22 ans, et je tournais déjà avec pas mal de groupes en live, pour faire la sono. Le début du début, je faisais du piano, et je disais à tout le monde que je voulais être prof de piano. On m’a dit « mais c’est nul, comme projet, tu gagneras jamais d’argent comme ça ». Donc j’ai cherché un peu, et je me suis rendu compte que quand j’achetais un disque je regardais systématiquement le nom de l’ingé-son. Et je me disais « putain ça doit être trop cool d’être le gars qui a enregistré ça ! » J’ai commencé à enregistrer des petits trucs avec mon Casio, j’ai tourné avec des groupes en live, on enregistrait des démos, et puis à force c’est devenu de plus en plus important. Y a eu un moment de folie dans ma tête, où j’ai entrevu qu’il était possible de faire ça, comme métier !

Et le fait d’avoir eu des groupes toi-même t’a sûrement poussé dans ce sens-là aussi, non ?

Ah oui complètement ! Je me suis dit que ce serait plus simple d’enregistrer mon groupe moi-même, puis les premiers à être venus c’étaient les gars d’Ektola, et des groupes de metal hyper extrêmes, Agalierept et Necropedophile, Rude Boy Skunk, aussi. Tous ces gens m’ont fait confiance à ce moment-là, Leptik Ficus…C’étaient à la fois des potes et des groupes avec qui je tournais.
Là on était au début des années 2000, depuis le marché du disque a énormément changé, mais ton calendrier reste plein.
Il est plutôt bien rempli, mais c’est parce que je ne presse pas de disques, j’enregistre de la musique, et heureusement on en écoute encore. Après c’est vrai qu’aujourd’hui c’est plus facile de faire ça chez soi, mais je propose des services qui sont quand même de qualité supérieure. J’ai du matériel trié sur le volet, etc…

D’ailleurs c’est pas un peu geek, tout ça ? Est ce que les musiciens qui viennent pour la première fois ici sont surpris ?

D’abord ils sont surpris par la vue ! Après, le matos, ils sont plutôt au courant, ils s’attendent à ce qu’il y ait beaucoup de matériel parce qu’ils savent que c’est pas gratuit. Ce qui est intéressant c’est qu’en général, techniquement ils sont assez inégaux entre eux, ils ne sont pas tous très bons. Mais avec les moyens à notre disposition, on peut faire bien jouer à peu près n’importe qui. Par contre la geekerie du musicien a largement augmenté. Dans les années 70 ils étaient quelques-uns à s’intéresser vite fait aux magnétos, ce genre de trucs, il y avait une fusion moins importante entre l’enregistrement, la compo et la production qu’aujourd’hui. Maintenant ils s’intéressent à tout ça, les plug-ins, les logiciels, parce que c’est des trucs accessibles.

Tu penses que le niveau des musiciens a baissé ?

Non, il est dilué, parce qu’il y en a beaucoup plus. Avant, ceux qui allaient enregistrer, c’était que le haut du panier. Personne ne voulait payer 5000 euros pour 4 jours de studio sans être sûr que les gars allaient être capables d’enchaîner des morceaux de A à Z, en apportant quelque chose d’intéressant.

Et toi, ça t’arrive d’avoir plus l’impression de sauver les meubles que de faire ton vrai boulot ?

Peut-être pas de sauver les meubles, mais d’aider. Je suis parfois plus un accompagnateur qu’un réalisateur. Effectivement, s’ils pouvaient se démerder un peu plus tous seuls, des fois… On pourrait avoir de meilleurs disques.

En plus de dix ans tu as dû croiser pas mal de monde et forger beaucoup de souvenirs. Est-ce que tu peux en sortir un du panier ?

Chaque année m’apporte son lot d’anecdotes. Mais si je devais me souvenir d’une chose, ce serait le truc le plus improbable qui ait été enregistré ici, un groupe de punk japonais, Bomb Factory. En 2003. Les mecs étaient super bons, mais quand je te dis ça, je pèse mes mots. J’avais jamais vu ça : ils avaient des amplis de location, mais ils savaient exactement ce qu’ils voulaient. Ils ont enregistré des featurings avec Maniacx et des morceaux à eux. Ils faisaient 4 prises live, tous ensembles à part le chant, les 4 étaient bonnes, incroyable. Le son était propre, ça sonnait bien, très bon souvenir.

Et un cauchemar ?

Non, pas vraiment, en tous cas rien de lié à un artiste. Par contre quand je devais éditer des prises de batteries mal jouées, en maîtrisant pas très bien les logiciels au début, ça pouvait s’apparenter à un genre de cauchemar, ouais. Depuis j’ai appris à très bien m’en servir. Quand j’étais sur PC ça prenait un temps fou, parce que c’était pas très bien fait !

En parallèle de tes activités au studio tu continues d’avoir une carrière musicale, c’est pas trop compliqué avec ton emploi du temps ?

Ban dès que j’ai du temps libre je le consacre à ça. J’arrive à développer des choses. Je jouais dans Paingels et Kelly und Kelly, j’ai récolté quelques fruits. Maintenant j’ai lancé d’autres choses, avec le chanteur de Tapenga, et j’ai un quatuor d’improvisation électro qui s’appelle Matwise, ça c’est vraiment pour le plaisir.

Tu as réussi à attirer quelques pointures, ici, comme Eths, plus récemment Izia. Tu aimerais en recevoir plus ou tu préfères bosser sur des projets émergents ?

L’underground j’avoue que c’est assez agréable, parce qu’ils sont moins exigeants sur les à-côtés, la bouffe, l’hôtellerie, etc… Par contre les artistes internationaux, c’est cool parce que tu te concentres plus sur la qualité du son que sur la performance des gars. Aujourd’hui j’ai la chance de pouvoir me permettre de refuser certains projets qui ne m’intéressent pas trop. Recevoir des pointures c’est toujours bon pour un ingé-son, ; donc oui, j’aimerais bien continuer dans cette voie-là.

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