Les adaptations de pièces de théâtre à succès sur écran sont fréquentes, et donnent souvent des films plutôt bons. Dernier exemple marquant en date, « Le Prénom » qu’Alexandre de la Patellière et Mathieu Delaporte avaient porté au cinéma avec un certain succès, en relançant la carrière d’acteur de Patrick Bruel. Francis Véber fait plutôt partie des auteurs de l’ancienne génération, présent dans le paysage artistique français depuis les années 70, surtout depuis « L’emmerdeur » en 1973, avec  le duo Brel/Ventura. Plus rare au théâtre qu’au cinéma où il a triomphé maintes fois (« Les Compères », « La Chêvre », « Les Fugitis », tout ça c’est lui), Francis Véber possède des qualités que lui reconnaissent publiquement tous ceux qui ont travaillé sous sa direction : une précision chirurgicale du verbe, et un don inné pour le comique de situation.

« Le Dîner de Cons », c’est peut-être la pierre philosophale, le résultat d’une catalyse réussie entre toutes les forces d’un Francis Véber dans la forme de sa vie. Et si le film est à la fois un succès critique et public, la pièce dont il est issu, dont les dialogues sont à quelques virgules près rigoureusement les mêmes, est un pur bijou d’écriture comique, que les Nuits Auréliennes ont offert au public fréjusien… 20 ans après la première, déjà.

 Sexy Zap, Laspallès et un Cheval de course

L’histoire, tout le monde ou presque la connaît. L’évolution de la pièce au fil des années tient dans les changements de casting, qui modifient en profondeur l’interprétation. Le rôle de Thierry Lhermitte (Pierre Brochant) était à l’origine celui de Claude Brasseur sur les planches. Celui de Jacques Villeret (qui était aussi le François Pignon original au théâtre) est passé entre les mains de Régis Laspallès et de Dany Boon. Cette fois, l’opposition de style « Brochant le méchant vs Pignon le Mignon » est incarnée par le duo José Paul / Patrick Haudecoeur, deux spécialistes du théâtre, rarement vus au cinéma mais très talentueux sur les planches, et à l’affiche de tous les théâtres parisiens depuis très longtemps. Les nostalgiques des soirées érotico-coquines du M6 des nineties auront reconnu sous les traits de José Paul l’animateur de Sexy Zap ! Les autres sont au diapason : Grégoire Bonnet, qui possède d’ailleurs un CV long comme le bras tant au théâtre qu’au cinéma, est encore meilleur que Daniel Prévost dans le rôle du contrôleur fiscal Lucien Cheval, littéralement possédé par le démon.

« Le Dîner de Cons » sort grandi de cette représentation. Le théâtre est un écrin qui lui convient encore mieux que le cinéma. La vivacité de plume de Francis Véber fait mouche à chaque fois, toutes les punchlines sont absolument imparables et même si le succès populaire du film spoile quelque peu les gags, la puissance comique finit par l’emporter et le public oublie bien vite qu’il connaît déjà tout ça par coeur. Patrick Haudecoeur est irrésistible, et José Paul particulièrement cynique et débordé par ce con qui lui pourrit la vie. Une distribution fantastique pour une pièce culte, qui suscite toujours l’intérêt malgré l’absence totale de surprise.

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