Pondafloor est une associaton très particulière, qui se bat pour défendre deux causes qui n’ont a priori rien pour s’entendre : la musique électronique et l’éco-responsabilité. Ce pari un peu dingue, Jordan Latrasse et ses compagnons l’ont fait pour crédibiliser une musique qui leur est chère, et pour la débarrasser des clichés qui lui donnent parfois mauvaise réputation. Avec cet été la deuxième édition du GoGreen Festival, Pondafloor risque bien d’y arriver. Jordan va tout vous expliquer .

Jordan, comment t’es venue l’idée de monter cette association ?

L’idée elle est là depuis plus de dix ans. Je suis DJ, à la base, on a un groupe d’amis avec lesquels on faisait les fêtes de la musique tous les ans à St Raph’ et on se disait que ce serait bien de monter une asso. On a attendu, on l’a pas fait tout de suite, et suite à l’annulation d’un concert électronique qui devait s’appeler Electroshock, organisé par La Sauce il y a deux ans, qu’on s’est décidés. On était dégoûtés, et on s’est dit que c’était le moment. Je voulais y aller dans le public, ou participer comme bénévole, mais ça ne s’est pas fait. Jusqu’ici j’avais participé au Contest Tour, qui s’est tenu pendant trois ans, avec des défilés de mode, des concours de DJ, c’était en partenariat avec l’ARCOR (association des commerçants de St Raphaël , NDLR), et j’avais gagné ce concours-là. Après je suis rentré dans le bureau de cette association, dissoute ensuite. Là on est en 2011.

Et donc là, votre but, c’est d’organiser des concerts ?

Précisément, notre but, c’est de créer un festival basé sur les musiques électroniques et l’éco-responsabilité à St Raph.
Car justement, le « truc en plus » de Pondafloor, c’est ce message éco-responsable…  Il y a un engagement de consciences. La musique est un truc qui se partage, et autour de ça on peut partager d’autres choses, des idées, des façons de faire avancer le quotidien de chacun.

Et ça vous est venu d’où, cette démarche ?

Et bien la musique électronique, celle qu’on représente majoritairement même si on ne représente pas que celle-là, a souvent une mauvaise connotation. C’était pour montrer qu’on pouvait en écouter, aimer faire la fête avec cette musique-là, mais aussi avoir des engagements, voir plus grand que simplement faire la teuf une soirée avec des gros caissons de basses.

Et quand vous présentez ce projet-là, est ce que tu as l’impression que le fait d’être éco-responsable change la donne auprès des instances qui donnent les clés des salles ?

On est pas vraiment éco-responsables, enfin pas à 100%. Mais si on voulait l’être, ce serait beaucoup trop complexe, surtout avec de la musique électronique. On utilise des prises secteur, c’est déjà en contradiction ! Mais nous ce qu’on veut, c’est donner accès à l’information, et la proposer au gens, pendant une soirée. Évidemment ça fait pencher la balance en notre faveur auprès des municipalités, mais c’est pas un choix qu’on a fait en fonction de ça. Par contre c’est bien, parce que c’est rare, d’être une association qui fait de la musique mais qui fait aussi autre chose. On a aussi mis un pôle « art contemporain » pour se compliquer encore un peu plus le truc.

Parle nous de ce Go Green Festival, qui sera votre gros événement de l’été.
C’est du 17 au 20 juillet à St-Raphaël. Il y aura un éco-village sur l’esplanade Delayen de 17h à minuit, avec des concerts, des conférences, des DJs, et pas mal de stands, des toilettes écologiques, du gazon synthétique, des produits bios, des compléments alimentaires, des thérapeutes, beaucoup de choses.

Pondafloor

Ces intervenants, ils ne doivent pas être si simples à trouver, et les faire venir ici ça doit être assez compliqué aussi, non ?

C’est le moment où le fait d’être engagé est utile. Ce sont des gens qui eux aussi ont souvent le même genre d’engagement, qui avant d’exercer ce métier-là faisaient souvent complètement autre chose et qui un jour se sont réveillés en se disant « ça sert à rien, faut que je fasse un truc avec un objectif plus grand que mon profit personnel ».

L’année dernière c’était la première édition, c’est donc un jeune festival, mais cette deuxième édition sera déjà beaucoup plus ambitieuse…

Ce sera effectivement plus gros, avec les concerts et les conférences sur l’éco-village qu’on avait pas faits l’an dernier. Le nombre d’exposants sera plus grand, aussi. La soirée de clôture on monte d’un cran. Il y aura sur scène des enfants du pays comme Matwise ou Slydawise du Mas des Escaravatiers, pour montrer qu’il y a une scène électronique locale et un public pour la suivre. C’est important pour nous de les faire jouer parce qu’ils sont chez eux et qu’ils ont du talent. On commence aussi à avoir quelques labels importants qui nous contactent, et on aura donc quelques artistes nationaux.

Est-ce que tu trouves que le public néophyte a tendance à tout mélanger, quand il s’agit de musique électronique ?

Complètement ! Nous on aimerait bien faire un peu de pédagogie autour de ça, parce qu’on a tendance à tout mettre dans un grand sac et à dire « voilà, ça, c’est de l’électro ». Alors que ça peu aller de la House super cheap genre Café Del Mar, des trucs comme ça, jusqu’à la rave party, donc ça fait quand même un grand éventail de possibilités. Nous on veut surtout mettre en avant des styles peu ou pas représentés en radio. Ici on a la chance d’avoir Mosaïque FM qui nous laisse l’antenne deux fois par mois (Undergreen, sur 89,5, à 22h un vendredi sur deux), mais tout le monde n’a pas ça. L’idée c’est de faire découvrir les styles originels, de Detroit et Chicago, ainsi que tout le mouvement festif qui émerge aujourd’hui à Ibiza et dans les pays de l’est. On veut redonner une place à la musique électronique « underground ».

Et vous qui êtes pratiquement tous DJs dans l’association, vous jouez pendant les festival ?

Oui, dans le cadre des après-plages, bénévolement, pour l’ambiance et le plaisir. Tout ce qui est fait sous le drapeau Pondafloor va dans la poche de l’asso, et alimente le moulin pour le faire tourner plus vite.

Tu me parlais de votre émission de radio. Elle aussi aborde les thèmes éco-friendlys ?

On passe deux heures de musique avec des chroniques sur ces thèmes-là. Ça peut être les abeilles, les scieries de masse, la pêche au bulldozer, certains approches thérapeutiques… On fait aussi l’agenda des soirées électroniques, pour dire aux auditeurs où ils peuvent écouter de la musique électronique ailleurs que dans une boîte de nuit « normale ». On a les Djs de l’asso qui viennent faire écouter leurs dernières perles. On reçoit aussi des gens du 06, des collectifs comme Studio Circus dernièrement qui viennent pour faire de l’éducation musicale, c’est une émission où on apprend beaucoup de choses.

Pondafloor a réalisé un gros flyer cartonné, sur lequel on peut voir toutes les activités de l’association. C’est quoi, les « expos sonores » ?

C’est quelque chose qu’on a mis un peu de temps à mettre en place, parce qu’après le GoGreen de l’an dernier on a été sollicités à droite à gauche. On voulait vraiment mettre en avant l’art contemporain, et la ville de St Raphaël nous a permis d’avoir une salle pendant quatre jours avec de la musique en permanence, et des artistes qui peignaient une œuvre sur l’instant présent. C’était en février dernier. Ce truc-là on va l’exporter en juillet au Mas des Escaravatiers, avec des sculpteurs, du body-painting, des ateliers. Les expos artistiques c’est souvent figé, nous on veut que ce soit dynamique, on aimerait que les gens soient amenés à participer. La première fois on avait mis les enfants à contribution. Il faut qu’il y ait du partage, notre musique est festive et on voudrait insuffler cette dynamique-là. Il faut qu’il se passe quelque chose !

Dernière question, très terre à terre : c’est compliqué de budgéter un festival comme le votre ?

Oui ! On s’arrache les cheveux, même si moi ça va j’en ai encore. Faut prendre des risques, on a avancé de nos poches beaucoup d’argent sans savoir où on allait, la première fois. On y a mis nos deniers, notre temps, notre passion, et on est sortis avec un bilan positif. Des associations amies, comme Media Massive, nous aident un peu à nous exporter, ce qui nous permet d’avoir moins d’argent à avancer. Et puis le partenariat avec la ville de St-Raphaël c’est super, on fait partie de la programmation estivale officielle, l’an dernier on était tous seuls, c’était une sorte de test. Ce qu’on fait ça plaît, et c’est très bien pour nous.

 

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