De Marc Fitoussi
sorti le 11 juin 2014
Avec Isabelle Huppert, Jean-Pierre Darroussin, Pio Marmaï
Distribution – SND

Marc Fitoussi revient sur les écrans après son amusant «Pauline Détective», qui succédait lui-même au plus réussi «Copacabana» sorti en 2010. Avec un rythme d’un film tous les deux ans, le réalisateur fait peu à peu sa place dans le giron des cinéastes français qui comptent, en ayant un sens inné du story-telling qui fonctionne sans agitation inutile. «La Ritournelle», son quatrième long-métrage, est à ranger dans la même catégorie : une comédie dramatique sensible et rondement menée, portée par des acteurs excellents, qui insufflent leur classe à une histoire qui échappe à la banalité.
Isabelle Huppert et la convoitise
Au centre de l’intrigue, une histoire d’amour, celle qui lie deux agriculteurs normands, Brigitte et Xavier Lecanu, incarnés respectivement par Isabelle Huppert et Jean-Pierre Darroussin. Lassés par l’habitude, ils s’aiment mais peinent de plus en plus à se le dire. Lui est obsédé par son exploitation et les concours bovins qu’il enchaîne avec succès, elle com- mence à perdre la femme au profit de la travailleuse, vit mal l’obstination de son mari, ses remarques incessantes, et un problème de peau qu’elle cache en boutonnant ses chemisiers jusqu’en haut.
Il se trouve que des jeunes vont investir la maison d’à côté, et y organiser une petite fête, en invitant les époux Lecanu, plus par correction qu’autre chose. Xavier s’en désintéresse, mais Brigitte est curieuse, et l’irruption chez elle du jeune Stan (Pio Marmaï, absolument parfait en dragueur citadin) va changer la donne. Elle va fuir le domicile conjugal le temps d’une soirée, et s’encanailler juste en face, comme elle semble ne plus l’avoir fait depuis des lustres. Elle va alors s’éveiller à de nouvelles choses, un peu comme la Madame Bovary de Flaubert, un classique auquel le film de Marc Fitoussi emprunte quantité de codes indémodables.
Spécialité locale
Soyons clairs, «La Ritournelle» ne déchaînera pas les passions du jeune public. Le fim de Marc Fitoussi ne s’intéresse quasiment qu’aux âmes et aux sentiments, et absolument pas à quelconque autre ressort. Ce n’est pas vraiment drôle, ni même cocasse, et ce n’est pas tragique non plus. Mais l’ascenseur émotionnel n’est pas à l’arrêt pour autant.
La force principale du film c’est la qualité d’interprétation du duo Huppert – Darroussin, qui n’est absolument pas en roue libre et qui compose plus qu’il ne reproduit. Ce sont eux, avec ce talent qu’ont les grands acteurs pour donner du sens à des lignes de dialogues bien écrites, qui transforment cette intrigue de téléfilm moyen de gamme en bon moment cinéma. Il est aussi assez perturbant de s’identifier tour à tour à chacun des personnages du film, qui trimballent en filigrane masse d’aventures personnelles riches en péripéties amoureuses (surtout), qui donnent un sens à leurs réactions, leurs émotions, comme c’est le cas pour tout un chacun. C’est aussi ça, le cinéma, et en France, si on se sait pas tout faire, ça on sait.

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