Il arrive parfois qu’au détour d’une ruelle, un son attire notre attention. Si vous avez déjà croisé Belha et sa guitare, vous avez sûrement entendu un type jouer des choses tout seul comme s’il était accompagné. Bourré de talent, il mène une double vie : celle d’accompagnateur inspiré avec Becky, et celle d’artiste solo, qui repousse le plus loin possible ses capacités techniques. Entre son passé dans le monde du rock, ses rêves de gamin, sa vie d’intermittent et sa passion pour Tommy Emmanuel, faites connaissance avec l’un des plus talentueux musiciens de la région. 

Tout le monde te connaît par ici parce que tu joues de la guitare acoustique, en général accompagné d’une chanteuse. Mais tes origines musicales sont complètement différentes…
Je viens du rock ! La première guitare électrique que j’ai entendue c’est celle d’Angus Young, « Highway to Hell », Back in Black », après je suis parti vers Van Halen.

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Et ça t’es venu de ton père, comme pour beaucoup ?

Exactement. Il écoutait beaucoup de musique, et mon oreille s’est développée avec le rock progressif qu’il aimait beaucoup. Il était vachement ouvert. C’est marrant d’ailleurs de voir à quel point tu ne corresponds pas au stéréotype auquel se fient souvent les gens : tu as des origines algériennes, comme ton père, mais le rap, c’est pas votre truc ! J’ai eu ma période, mais ça s’est arrêté dès que j’ai commencé la guitare. J’ai arrêté d’écouter du rap du jour au lendemain. On va dire que ça a duré trois ans, de douze à quinze.

Tu as donc commencé la guitare à quinze ans. Ton but c’était directement de monter un groupe ?

C’était de jouer le mieux possible. Je me souviens qu’à l’époque tout le monde reprenait du Nirvana, du Red Hot, je trouvais pas ça assez élitiste. Je cherchais à reprendre des solos de Dire Straits, à jouer du Pink Floyd, on n’avait pas du tout les mêmes influences. Tout le monde me disait que je jouais bien, mais je voulais avoir l’avis de professionnels. En fait c’est un accident qui a tout remis en question. Je me suis retrouvé en accident de travail, un mec qui conduisait une tondeuse sur le golf de Roquebrune a perdu le contrôle et je me suis fait faucher. J’en ai profité pour travailler la guitare comme un malade, et préparer l’audition pour une école à Nancy, la Musique Academy International.

Et tu y as passé deux ans…

Un an à l’école et deux ans à Nancy. J’ai reçu de l’aide de la part du Conseil Général, parce que ça coûtait 42 000 francs à l’année, il a fallu que je me loge en cité U, et comme c’était une formation professionnelle, je me suis aussi fait aider par les Assedic.

Et ça s’est passé comment ?

J’y suis resté six ans, j’ai fait mes armes là-haut, en squattant les caves de jazz. Mais au bout d’un moment il fallait que je parte, et je suis carrément allé en Australie. Je suis parti prendre l’air, cinq mois, j’en avais besoin. Je devais y rester deux ans, à la base. Et je suis rentré chez moi, dans le sud.

Différent ?

Oui, j’avais changé. Musicalement, en tous cas. Parce que là-bas j’ai entendu jouer un type qui s’appelle Tommy Emmanuel, que je connaissais de nom parce que tout le monde en parlait, mais j’avais jamais écouté.Je suis parti avec une électrique, et je suis revenu avec une acoustique.

Et tu as essayé de développer le même style que cet artiste-là, par la suite ?

Au départ c’est ce que je voulais faire, puis j’ai découvert Andy McKee, la guitare percussive, tous ces trucs… Mais la base oui, ça reste Tommy Emmanuel et la guitare acoustique.

Et la guitare percussive, c’est quoi exactement ?

C’est un guitariste batteur frustré (rires) ! En fait tu tapes sur la caisse de ta guitare pour t’accompagner et donner plus de coffre à ce que tu joues.

Et en parallèle de tes activités d’intermittent, dans les cafés, les terrasses ou les soirées privées, tu développes tes propres compos dans ce style ?

Oui, sans chercher à être une pop-star, pour le plaisir. Là je compose un nouveau truc, je réfléchis, ça prend du temps parce que j’essaie de ne pas ressembler aux autres et c’est difficile. Niveau guitare c’est ce qui m’épanouit, mais c’est pas ça qui me fait manger. Pour ça je joue des reprises, mais en faisant en sorte que ce ne soit pas ennuyeux pour moi. Donc je les adapte, j’utilise des boucles, des effets, et j’essaye de préserver un challenge et de l’intérêt. C’est dans ce cadre-là que je travaille avec Rebecca Rutherford. Un pote m’a parlé d’elle, elle m’a vu jouer, on a fait une date ensemble et voilà…

C’est facile de faire son statut d’intermittent, ici ? Parce que tout le monde pense que c’est insurmontable.

Non c’est possible, sans problème. Mais il faut avoir l’âme d’un patron, être prêt à gérer des papiers sérieusement, etc. Si t’as envie de l’être, tu l’es. Les papiers c’est pas mon truc, mais j’ai dû m’y mettre !

Pour écouter Belha en solo :
http://www.belhadiyoucef.com http://www.youtube.com/user/belha
Et en duo avec Rebecca Rutherford
https://www.facebook.com/BeckyandBelha/info

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