Vous l’aurez constaté, chacun des protagonistes ayant droit à une biographie non-autorisée depuis la création de cette rubrique sont soumis à des obsessions pour le moins sévères : Sylvester Stallone aime la baston, le gonzo et les gros calibres, Clint Eastwood filme avec une énergie démesurée sa propre mort, et Michael Jordan (exclu Internet, si vous suiviez vous sauriez) s’est shooté toute sa vie à la victoire. Ce mois-ci nous allons aborder le cas d’un homme tiraillé par deux passions qui allaient très bien ensemble pendant les années phares de sa carrière triomphante : la musique aux relents fabuleusement baroques et psychédéliques, et le sexe aussi débridé qu’un vieux chinois coincé dans une étireuse-sécheuse. Figure emblématique du rock avec un «r» plus grand que la tour Eiffel vue de près, l’immense chanteur dont nous allons parler est probablement le seul ressortissant de l’île de Zanzibar à jamais avoir chanté devant plus de quinze personnes.

statue - bah alors

 

Freddie Mercury n’est pas né sur les bords de la Tamise, mais plutôt au large des côtes tanzaniennes, avec un chef d’état qui ressemble plus à un mélange entre le Jafar d’Aladdin et Vikash Dhorasoo qu’à un banana split vertical sous un mini-parasol Tropicana. A l’époque il s’appelle Farrokh Bulsara, et même si son trip c’est déjà les grands airs d’opéra, le chemin va être très long avant qu’il ne devienne un chanteur de rock, ne serait-ce que sur le plan géographique.

En 1953, il a sept ans et il part s’installer dans un endroit où il est plus probable de croiser un vieux lépreux en sandales qu’un sosie de Jim Morrisson. Farrokh est à Bombay, et il va y rester jusqu’au début des années 60. Mais il n’aura pas affaire qu’à des sourds et y en a un qui va se rendre compte que le petit Zanzibarien nourrit une passion dévorante pour la musique et le dessin. Alors il apprend le piano, puis crée un groupe de rock qu’il appelle The Heretics, tout ça à douze ans et demi et en Inde, tu peux pas test.

Après ça se complique un peu sur le plan géo-politique pour les gens de Zanzibar ; c’est comme ça que Freddie, comme on l’appelle maintenant, va se retrouver sur le sol anglais, pas très loin de l’aéroport d’Heathrow. Curieusement, il arrivera assez rapidement à faire comprendre à ses parents que pour lui, pêcher des poissons sur un chalutier c’est pas l’ambiance qu’il aime, même si le fait d’être entre hommes un peu virils dans un endroit clos ne le gêne pas spécialement. Non, lui son truc c’est l’art sous toutes ses formes, et il va tout essayer, de la création de ligne de fringues à la BD. Mais c’est finalement la musique qui va lui permettre de montrer ses dents au monde entier, à qui il va prouver qu’on peut à la fois rayer le parquet et bousiller la tapisserie.

En 1970 il fait la connaissance d’un batteur blond avec un foulard autour du cou, et d’un génie à tignasse frisée. Roger Taylor et Brian May sont alors dans Smile, un bon groupe du coin qui signe avec Mercury, le label, pas le chanteur, mais qui ne sort pas de disque. Alors le chanteur se casse et propose à Mercury, le chanteur, pas le label, de le remplacer. Et il va tout changer, du jour au lendemain : le nom du groupe, le logo qu’il va dessiner lui-même, et il va les persuader d’embaucher un sosie de Pierre Desproges à la basse, un certain John Deacon, qui passera sa vie en pyjama, et dont le non-charisme, qui faisait partie du cahier des charges de ses trois recruteurs, n’a dégal que le génie de composition délicieusement commercial.
Et là, c’est la révolution. Les Beatles c’est fini, Jimi Hendrix est mort, Black Sabbath c’est pour les méchants, Led Zeppelin picole trop et Deep Purple s’éclate au Japon.

Il ya de la place pour un nouveau géant, et Queen va tout éclater, avec trois ingrédients essentiels : du talent, des idées, et probablement beaucoup de drogue, ou alors il y a un truc inexplicable. C’est parti pour vingt ans de tournées des stades, de chansons avec David Bowie, d’enregistrements en 160 pistes à l’époque des magnétos à bande, et de clips à effets spéciaux, à l’esthétique honteusement pillée par «début de soirée» au firmament de la créativité francophone des années 80.

Un jeune manouche et une pneumonie en surcouche

Parmi les moments-clés de la carrière de Queen, on notera la création en 1975 d’une chanson sur un jeune manouche qui fait des conneries, et qui rapportera beaucoup plus d’argent qu’une connerie d’un jeune manouche qui fait des chansons. On notera aussi le port de la moustache par Freddie, qui dira avec ce geste à tous ses fans «je suis pédé je vous emmerde», même s’il recevra des dizaines de rasoirs par la poste. Quant à citer un concert ou une tournée en particulier, c’est un peu comme commander un deuxième Big Tasty chez MacDo, une sorte de gourmandise coupable qui envelopperait l’essentiel du propos dans une surcouche d’opulence. En gros, y a eu du monde aux concerts, plein. Jusqu’en 1991.

Queen-bah alors

Car bien évidemment, Freddie étant un génie au talent démesuré, il ne fera pas long feu. Il va chopper une pneumonie, mais comme il a déjà le sida, le mélange ne va pas spécialement lui réussir et son coeur s’arrête de battre le 24 novembre.
Alors maintenant, on va dresser une petite liste des choses qu’on ne va pas faire pour cloturer cette biographie interdite de Freddie Mercury :

  • On ne va pas dire et redire qu’il avait du talent, si vous ne le savez pas ou si vous n’êtes pas d’accord, c’est VOUS qui avez un problème.

  • On ne va pas faire un débat sur homo ou bisexuel, disons qu’il aimait bien les deux

  • On ne va pas essayer de déchiffrer « Brighton Rock », on n’y comprend rien et c’est très bien comme ça.

  • Et surtout on ne va pas évoquer l’horrible « Radio Gaga » parce que c’est nul… et on ne va pas non plus refaire l’histoire de «The show must go on», ou se remémorer le maquillage cache-misère du clip d’ «I’m going slightly mad», parce que ça me fait pleurer.

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