31 Mai 1930, San Francisco. A la maternité, une dame terrorisée hurle à la mort en apercevant sortir de son propre corps un enfant au regard hyper méchant. Elle s’appelle Ruth, et son mari Clinton Senior n’est pas plus rassurée qu’elle : le bébé pèse 5 kilos 200 et fait peur à tout le monde. Le médecin est d’ailleurs formel : »Madame, il faut que je vous annonce une triste nouvelle, votre enfant ne lâchera pratiquement jamais un sourire, et ça ne s’arrangera pas en vieillissant ». Clint Eastwood est né.

Né à une période où la vie allait rapidement devenir un peu compliquée en Europe à cause d’une paire de moustachus rivaux et véhéments, Clint va grandir en Californie, région qui sera rapidement pervertie par la folie du monde, mais où à l’époque un sein normal est encore un sein normal et où les caniches n’ont pas encore de rollers. Sur les bancs de l’école, il est nul à chier. D’ailleurs ses profs le disent : « on lui parle, on lui parle, y reste là, planté comme un piquet à penser aux gonzesses et aux bagnoles, on pense tous qu’il est fêlé ». Fêlé c’est pas sûr, mais oui, Clint a bel et bien une grande passion pour les gonzesses et les bagnoles, et pour entrer dans l’un comme dans l’autre, il a une idée de génie : devenir acteur. Et Los Angeles pour devenir acteur, c’est un peu comme la Roumanie pour les vampires ou la côte d’azur pour les retraités, c’est The Place to Be.

Malheureusement au début des années 50, le cinéma muet c’est fini, donc y va bien falloir que Clint parle, au moins un peu. Et au début il galère comme c’est pas permis. Par copinage avec le réalisateur gay-friendly Arthur Lubin, il va finir par débouler chez Universal où il enchaînera des petits rôles dans des vraies merdes, ou des trucs coupés au montage dans des productions vaguement oubliées que probablement seul Quentin Tarantino a vues. Celà dit, à l’époque les titres de films avaient plus la classe qu’aujourd’hui, puisque Clint a participé à des trucs comme « Coup de fouet en retour », « Les piliers du ciel », « La danseuse et le milliardaire » et mon préféré », « la corde attendra ». Heureusement que pour bouffer, il a épousé Maggie Johnson, que Maggie Johnson elle est gaulée comme un Mirage 2000 et que donc elle gagne un peu de sous en étant mannequin.

Rawhide, 1m93 et Sergio Leone

Clint_Eastwood_-_1960s - bah alors

Clint mesure 1,93 et il a finalement de la chance. La Warner cherche un grand type désagréable pour incarner un cow-boy qui trimballe 3000 vaches entre le Texas et le Missouri avec l’aide d’un cuisinier, juste après la guerre de sécession. Du pain béni pour Clint, qui tournera 217 épisodes de Rawhide, jusqu’en 1965.
Pour résumer, Clint a 35 ans et il a une carrière à la Patrick Puydebat, sauf qu’il joue de la clarinette et pas de la guitare. Mais lui il est américain et le grand plongeon il le fera pour de bon, et pas dans Splash sur TF1. D’ailleurs Clint va réussir le sien et pas se péter la gueule comme un nase avant même le tournage comme son, putain j’ose pas…»homologue » français.

A partir de là, les choses vont se décanter pour lui. Il va rencontrer un cinglé qui va lui expliquer un truc très simple : « ton truc, c’est ta tronche, moi j’ai pas besoin que tu parles. Je te pose en Espagne au milieu d’un désert, on dit que c’est le Far-West, tu mets un pancho, tu butes un mexicain de temps en temps, on filme ça sur deux heures et demie avec six pages de dialogue et on rentre dans l’histoire du cinéma. » Alméria devient une ville mexicaine anonyme, Clint Eastwood devient de son côté le mec sans blaze, et Sergio Leone qui décidément se gave trop avec le nom de ses personnages (l’homme sans nom, l’homme à l’harmonica, le capitaine alcoolique, l’indien, tout ça c’est de lui et c’est pas des seconds rôles), va démarrer une carrière de dingue dans le western spaghetti, un genre cinématographique italien tourné à la roumaine en Espagne avec des acteurs du monde entier pour un public américain. Y aura même Klaus Kinski, dedans, dans le rôle du bossu … Sergio Leone Style.
Clint va alors faire l’acteur, beaucoup, environ 80 films. Sa madeleine de Proust à lui ça reste les bagnoles et les gonzesses, donc avant d’être vieux il va tourner quelques conneries pour être sûr de profiter de la vie un minimum, c’est la période «Ca va cogner», «Doux dur et dingue», «Le canardeur», «Bronco Billy», qui va se finir avec «Pink Cadillac». Une série de films où il aura conduit une bagnole rose, fait ami ami avec un Oran-Outang, boxé dans des caves, ou braqué des banques avec Jeff Bridges dans le rôle d’un mec répondant au nom de « Pied de biche »…Sergio Leone Style. Il est aussi devenu l’inspecteur Harry, sorte de Navarro diabolique et taré, sans mulets, sans Ginou et sans Yolande, mais avec un goût prononcé pour les strip-teaseuses, la violence et les gros calibres.

Vieillir avec classe et pouvoir exécutif

Clint approche de la soixantaine et il a une idée qui va changer le monde du cinéma : « maintenant j’arrête de faire ce qu’on me dit, et je vais au bout du truc. Je vais tout déchirer. » Il devient maire d’un patelin en Californie, laisse sa femme se barrer avec les gosses et la maison, et met ce qu’il lui reste comme énergie tantrique dans la réalisation de chefs d’oeuvre, un genre cinématographique à part entière qui lui doit beaucoup, basé entre autres sur l’absence de certains éléments comme Pierre Mondy, Adam Sandler, Eric et Ramzy ou Marion Cotillard quand elle meurt.

Républicain de droite, vieux et encore plus désagréable qu’avant, il se trouve une nouvelle femme en la personne d’une certaine Dina, Mexicaine atomique qui lui rend 35 ans, genre d’Eva Longoria version bêta. Et là c’est le carnage, devant et derrière la caméra Clint se lâche à fond et pond des trucs merveilleux à la chaîne, des biopics de drogués névropathes saxophonistes, des histoires de boxeuses démunies avec peignoir irlandais et handicap moteur en phase terminale, des contes de fées avec un truand en marcel blanc et un gamin témoin de Jéovah coopératif à travers la campagne texane, etc. Il réussira même à faire d’une histoire d’amour entre une femme normale et un photographe hostile joué par lui-même venu immortaliser un pont sur une route où y a rien, son film le plus génial.
En gros, Clint a triomphé en grand, il a 83 ans et quand il s’en ira il va me manquer. Sur sa pierre tombale y aura sûrement écrit « foutez-moi la paix bande de cons ». Et vaudra mieux s’y plier, parce que si les fantômes existent, c’est pas avec le sien que j’irai boire un Gini en terrasse. Pour ça j’attendrai avec anxiété, parce que je ne lui souhaite que du bien, le décès de Roland Magdane, lui il est cool et on comprend ce qu’y dit, pas comme Popeck.

A propos de l'auteur

Articles similaires

Laisser un commentaire