Est-il vraiment nécessaire de vous présenter le Mas des Escaravatiers ? Sébastien Costamagna vient d’attaquer sa douzième saison de concerts «dans le jardin», avec une fois de plus une programmation triée sur le volet, totalement en accord avec ses goûts éclectiques de passionné. Un endroit où on reçoit les artistes comme la famille et le public comme des amis, c’est Jacques Higelin qui l’a dit. Le Mas, pourquoi, comment et jusqu’où, le patron a réponse à tout.

Sébastien c’est déjà la douzième édition du festival du Mas. Pourtant tu as toujours l’air aussi jeune, tu as commencé à quel âge à faire ça ?

J’ai commencé à 22 ans.

Et comment ça t’es venu, l’idée d’organiser des concerts dans un jardin ?

Et bien l’idée de base, c’est qu’on est dans une maison de famille, et qu’il fallait pouvoir la conserver. Donc je voulais y créer une activité, tout en pouvant y habiter aussi. J’ai organisé une expo d’art, les gens ont trouvé ça sympa, l’endroit, l’ambiance. On a très vite organisé un premier concert, et puis deux, trois, quatre, et maintenant on est le deuxième plus gros festival du département.

Surtout que c’est un festival très particulier, puisque les artistes qui viennent ici doivent ressentir une sacrée impression de jamais-vu…

Oui, parce que les festivals privés, en France on est plus que deux, et dans un format comme celui-ci, dans les jardins d’une maison, chez l’habitant parce qu’on est chez moi, avec une piscine et tout et tout, c’est effectivement unique en son genre.

Parce qu’ici, c’est ton lieu de résidence ?

Absolument, on est chez moi !

Tu organises d’ailleurs aussi des résidences d’artistes…

Oui, le premier à être venu c’est Jacques Higelin, c’est d’ailleurs à lui qu’on doit la maxime « au Mas on reçoit les artistes comme la famille et le public comme des amis ». Je la répète tout le temps parce que cette phrase est super belle et puis elle est d’Higelin, donc c’est classe ! Il a écrit une grosse partie de son avant-dernier album ici. Lilly Wood and The Prick ont écrit la fin de leur deuxième album ici il y a deux ans, avec un titre qui nous est dédié qui s’appelle « Le Mas » et dont je suis très fier. On a aussi eu Babette, la violoncelliste de Dyonysos.

En tant qu’organisateur, ce que tu voulais faire c’était t’insérer dans le milieu culturel pour en faire ton métier, ou au départ c’était simplement pour le plaisir de rencontrer ces gens-là ?

Je crois que c’était un peu des deux. Je suis passionné de musique, j’en écoute en permanence. Pouvoir lier les deux et voir le sourire sur les visages des artistes et du public, c’est vachement bien. Les soirs de concert il y a vraiment une énergie spéciale qui se dégage.

A une autre époque, pas si lointaine, tu voulais t’agrandir un peu. C’est fait ?

Et bien on a fait venir les pompiers préventionnistes, pour réétudier les textes de loi et agrandir la capacité. On est passés de 660 à 1000 personnes, en toute sécurité. Et c’était plein plusieurs fois la saison dernière. Avec Fauve, avec Lilly Wood and the Prick, aussi.

Question difficile : ton meilleur souvenir de concert ?

Oulà, je vais répondre en deux fois ! Parce qu’il y a le meilleur, et celui qui m’a fait le plus stresser. Le premier qui me vient en tête bien sûr c’est Jacques Higelin, parce que c’est le premier grand monsieur qu’on a reçu ici. On nous a dit « vous êtes fous, il ne montera jamais sur scène, il va picoler », alors qu’en fait pas du tout. On était beaucoup moins organisés qu’aujourd’hui, mais ça s’est très bien passé. Et puis il y a aussi le gimmick « piscine rosé » qu’on entend sur le titre « Le Mas » de Lilly Wood, et en fait le type qui dit ça c’est moi. Donc ils m’ont fait monter sur scène et j’étais complètement paniqué. J’ai découvert qu’en fait, on voit rien, on fait un signe et tout le monde fait pareil ! Et ça vraiment c’était top !

En marge des concerts, tu as aussi quelques événements. Est ce que tu peux nous en dire un peu plus ?

Tous les dimanches on ouvre en mode brunch, avec un barbecue, ça marche comme un restaurant, on peut profiter de la piscine.
Et il y a aussi les soirées, dont une que personne ne veut jamais rater, c’est « We are the 90’s »… Alors celle-là…Elle a germé dans la tête de quelques amis parisiens, qui en organisaient là-haut et qui m’ont proposé de la tester ici. Pourquoi pas ! C’était il y a trois ans puisque cette année c’est la 4e. On a cartonné, à tel point que l’an dernier on a fait 1500 personnes, on a été obligé de réguler les flux : deux qui rentraient, deux qui sortaient, et billetterie bloquée. Et cette année on en aura une autre par le même crew, avec un concept un peu différent : ce sera une décennie par heure, depuis les années 50 jusqu’à nos jours. Ce sera le 15 août. C’est une soirée qui tourne déjà à Paris, aussi.

Depuis 12 ans l’organisation a forcément beaucoup évolué, et tu dois avoir quelques souvenirs horribles de la première édition, non ?

Le montage de la scène sur parpaings ! Ça c’était chouette ! Complètement illégal évidemment, et je crois que lors de la première date le bar était gratuit ! On a aussi eu un problème de jus coupé pendant une demi-heure, avec 400 personnes dans le jardin, des artistes sur scène, et y se passe plus rien. Ça aussi c’était intense.

Comment tu te débrouilles pour faire venir des artistes qui a priori semblent un peu trop « gros » pour un endroit qui ne peut accueillir « que » 1000 personnes ?

Par exemple pour Sinclair, on lui a présenté un budget qui lu a plu. C’est une question de feeling. Maintenant les managers savent que leurs artistes vont être bien reçus, et en fonction des retours qu’on a, j’essaie d’avoir un tarif qui colle, avec lequel je peux les payer. Et puis le lieu aide un peu, et comme c’est un festival privé, les prods savent ce qu’on peut faire ou pas faire. Il y en a certains que je n’ai pas pu faire venir parce que les coûts de production était trop importants, et d’autres qui ont carrément accepté de baisser leur cachet pour venir jouer ici. Ça a été le cas pour Izia qui est venue deux fois. Ça ne passait pas niveau tarif mais elle a dit elle-même qu’elle voulait venir, elle a divisé son cachet par deux, et l’a même dit dans la presse.

Est ce que malgré le statut privé du festival tu reçois quand même de l’aide extérieure ?

Ah bien sûr, je reçois des aides des collectivités territoriales. Privé ça veut dire que le lieu est privé : le Gaou c’est dans un lieu public, les Plages Electroniques c’est sur un lieu public aussi, le Puget Live Festival qu’on organise à la fin de la saison, ce n’est pas dans un lieu privé…en fait j’ai un coût de structure que les autres n’ont pas.

Le Puget Live, justement, c’était une envie de faire quelque- chose de plus grand ?

Non c’était pour répondre à une demande de la mairie. Ils avaient envie de le faire, ils sont venus nous chercher parce qu’ils n’avaient pas la compétence. Là c’est la 3e année, on a Mathieu Chedid et on est ravis !

Alors M, à la limite, ça peut paraître accessible. Mais comment vous avez fait l’an dernier pour avoir le Wu Tang Clan ?

Et bien, je ne sais pas. On est co-producteurs avec Panda 06, et je dois rendre à César ce qui est à César, le Wu Tang on doit ça à Benoît Géli, le boss de Panda. Il a de bons rapports avec la prod’, il a réussi à les faire venir.

Avant tu étais un peu seul à proposer des concerts l’été dans la région. Aujourd’hui d’autres structures t’ont emboîté le pas. Ça te gêne ou tu trouves ça constructif ?

Je pense que les produits sont différents, c’est l’exemple typique de la rue avec un seul magasin de chaussures, c’est moins attractif que la même avec douze boutiques. Au départ le Mas c’était 4 concerts dans un jardin, ; ça ne pouvait pas remplir le desiderata en matière d’offre culturelle de la région. Je trouve ça très bien que ça se développe.

Et après tous ces concerts (204, ndlr), il te reste encore un artiste fétiche à faire jouer chez toi ?

Je rêvais de Mathieu Chedid, mais il me reste encore Vanessa Paradis. Vaness’, c’est quand elle veut ! Après je fais Ben Harper et Prince, mais j’ai pas gagné à l’Euro-Million, ça va être un peu plus compliqué…

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