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Elle est jeune, jolie, enceinte donc souriante, mais surtout, c’est une photographe de grand talent. En usant de tact et de ressources insoupçonnées, les organisateurs du Festival photographique de Roquebrune attirent des artistes de plus en plus importants, pour le plus grand bonheur du public. Cette saison, l’une des vedettes se nomme Liliroze, et si son visage trahit sans se planquer une joie de vivre facilement perceptible, ses travaux, eux, ne sont pas là pour amuser la galerie. L’impressionner, par contre, c’est plus probable, parce que c’est techniquement très au point, tellement que même les amateurs les plus éclairés peinent à comprendre la façon dont elle travaille. Si elle ne nous a bien sûr pas tout dit, elle a bien voulu nous expliquer pourquoi elle s’épanouit dans cet univers sombre, que vous pouvez découvrir à la chapelle Saint-Michel, en plein coeur du village. 


Comment une photographe reconnue comme vous a-t-elle atterri à Roquebrune ?

Ah ben c’est très simple. C’est Gilles (Priarone, l’un des responsables du festival) qui ‘a envoyé un mail, il paraît qu’il a vu mes photos dans un magazine, ça s’est fait comme ça. Je suis quelqu’un de très abordable, en fait !

Photographe est un métier très particulier, surtout depuis la démocratisation du numérique. C’est devenu difficile de développer sa propre personnalité, comment vous avez fait, vous ?

Et bien je travaille à la chambre, c’est beaucoup moins abordable, comme matériel. La plupart des gens ne savent pas comment ça marche, et se demandent même si ça marche encore ! Mais bon, j’ai réussi à trouver une écriture, un style que les gens se sont mis à aimer. On est venu me chercher pour ça. Au début je présentais un book et on me disait « c’est très bien, mais vous faites quoi ? De la couleur ou du noir et blanc ? De la mode ou du portrait ? » Ben les deux.

Et puis c’est devenu sérieux, il y a un moment déjà.

A peu près douze ans, oui. Mais je suis un peu bornée, j’ai décidé que ça allait marcher parce que je ne pouvais rien faire d’autre. Enfin, ça marche…il y a des mois très fastes et des périodes où il ne se passe rien, mais rien du tout !

Est-ce que vous pouvez nous expliquer ce que c’est que ce travail « à la chambre » ?

Et bien ce sont ces appareils qu’on voit souvent dans les films, très anciens, avec un drap sur la tête, un soufflet, et on voit tout à l’envers. Avec ça je peux utiliser des films Polaroïd, et c’est ça qui m’intéressait. Comme ça c’est développé instantanément, et pour une impatiente comme moi c’était parfait. Alors vous allez me dire « et le numérique ?», mais j’aime pas les pixels, je préfère le grain. Et puis le Polaroïd c’est une découverte incroyable, il y a des chimies fabuleuses, les images sortaient parfois d’elles-mêmes, j’aurais pu les encadrer directement. J’ai dû développer des techniques pour reproduire cet effet-là, parce que cette magie n’est plus là.

Et vous travaillez aussi avec des applications mobiles ?

Oui ça m’arrive, parce que ces applications essaient de reproduire des effets. Mais j’utilise beaucoup de choses dans mes travaux, des collages, j’empile des images. Et puis je fais des photos pour moi, aussi, avec un Iphone, mais c’est rarement ce que j’expose.

Vous travaillez aussi dans le milieu de la mode, c’est un travail fondamentalement différent ?

Et bien pas tellement, finalement. Parfois on reprend des travaux que j’expose pour des images de mode. C’est pas si éloigné. De pures photos de mode peuvent fonctionner en expo, parce que je ne fais pas de photos super nettes, au flash avec des couleurs fluo. Souvent on me dit que c’est trop artistique ou « pas dans le courant ». On me dit « vous n’êtes pas assez nette pour notre produit », mais tant pis. C’est pas si éloigné parce qu’il y a une recherche de beauté, du petit moment qu’on prend. Moi ce qui m’intéresse dans une photo de mode c’est pas la belle robe, c’est plus le moment de fragilité du mannequin que je vais saisir. La belle robe rend la photo plus jolie, c’est tout.

Comment on fait son trou dans un monde aussi dur que celui de la photo pro ?

Oh j’ai commencé par faire des études très pénibles d’économétrie, mais je passais mon temps à développer des photos dans ma salle de bains.Au bout de trois ans j’ai eu ma licence et j’ai expliqué à mes parents que j’allais faire de la photo. Ils m’ont dit « d’accord mais va dans une école ». Donc j’ai intégré l’école Louis Lumière à Paris, puis j’ai fait beaucoup d’assistanat. J’ai rencontré beaucoup de monde, et j’ai commencé à bosser pour un petit magazine, j’ai rencontré un agent qui m’a permis de me vendre parce que je ne sais pas très bien le faire. Il y a un facteur chance, bien sûr, et des jours où on se dit qu’on n’y arrivera jamais, mais j’avais pas le choix puisque je ne voulais rien faire d’autre.

En ce qui concerne l’expo d’aujourd’hui, vous aviez un thème précis ?

Non, pas vraiment. Il m’arrive de réaliser des séries entières, ou alors je les groupe selon les couleurs. C’est ce qu’on voit ici.

Parlez nous de cette méthode d’affichage, c’est de l’aluminium, c’est ça ?

C’est contre-collé sur du Dibond (un matériau composite en aluminium, ndlr),parce que j’ai un problème avec les vitres, ça enlève beaucoup de force aux images, surtout aux miennes qui sont très sombres, à cause des reflets.

Et rencontrer le public, comme vous allez le faire dans 30 secondes, vous aimez ça ?

Tant qu’on me pose des questions ça va, parce que je suis une grande timide qui aime bien se cacher. Si on me laisse toute seule ce sera la fin du monde, j’espère que je ne vais pas m’évanouir !

La photo de l’artiste située en haut de cet article est signée Gilles Priarone

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