S’il y a bien un sujet qui prête à rire, ce sont les scènes de ménage. Propulsés par un texte bien senti, ces événements qui émaillent nos vies normales peuvent se révéler, une fois transposés sur les planches, être d’étonnantes usines à monstruosités verbales aussi cruelles que drôles. Chose étrange, les deux pendants du festival de théâtre des Nuits (Off et Auréliennes) ont fait cette semaine la part belle à ces instantanés de crises amoureuses, en proposant deux pièces qui sur le fond se ressemblent beaucoup, mais qui n’ont pourtant rien à voir sur la forme. Et si celle des Nuits Auréliennes (« Bon anniversaire mon amour ») a su proposer quelques moments épiques parsemés au milieu d’un bon gros stock de banalités pas toujours fantastiques, celle des Nuits Off a piqué à Feydeau et Courteline leurs meilleures fulgurances d’acidité inter-sexe.

Les acteurs de « Plus Belle La Vie », ça suffit pas

Cécilia Hornus et Thierry Ragueneau sont aujourd’hui parmi la bande de comédiens la plus connue de France, grâce à la sitcom « made in Marseille » « Plus Belle La Vie ». Est-ce qu’ils sont bons pour autant ? Plutôt oui. Les cadences effrénées imposées par la télévision ont dû contribuer à la justesse de leur interprétation, surtout qu’ils étaient déjà comédien avant d’être embauchés par France Télévision. Pour autant, « Bon Anniversaire Mon Amour » est une pièce à laquelle il manque un ingrédient essentiel : l’ambition. C’est drôle, mais comme un spectacle de Titoff. On est quelquefois surpris par des éclairs de génie, surtout au niveau de la mise en scène qui laisse glisser quelques moments assez graveleux (donc savoureux, puisqu’ils sont bien écrits). Mais baser un spectacle d’une heure 20 sur une engueulade finalement assez banale entre un homme et une femme tout ce qu’il y a de plus normaux, aurait requis un peu plus d’imagination au niveau de l’écriture. Sans un texte agile, la vie ordinaire n’a pas grand-chose de rigolo. Et après les très bonnes pièces de Boulevard proposées au début du festival, la pièce co-écrite par Thierry Ragueneau et Corinne Hyafil peine à se hisser au niveau.

Succulent Courteline

Qui ne rêve pas d’avoir « La Paix Chez Soi » ? Georges Courteline, lui, a dû longtemps la fantasmer avant d’écrire sa pièce en 1903. Avec sa plume très caractéristique du début du XXe (comprenez par-là : un rien misogyne), l’auteur oppose un homme de lettres un peu tyrannique à sa femme vénale, dans une scène de ménages où chaque ligne compte. Sans risquer la création, la compagnie du théâtre de Calidie, originaire de Sainte-Maxime, propose une interprétation sans faille de textes qui n’ont plus rien à prouver. Feydeau et Courteline, ne manquait que Guitry pour boucler le triptyque. Notons l’ingéniosité de la mise en scène signée Cécile Douel, ainsi que sa très bonne interprétation en compagnie du fabuleux Sacha Ekizian, extraordinaire en mari sexiste en robe de chambre.

Pour voir des couples s’enguirlander, il valait mieux fouiner dans le programme des Nuits Off que d’aller s’installer au théâtre romain. Et si les uns ont eu le courage, le mérite (et les moyens) de porter sur scène un texte original, les autres ont eu l’intelligence de piocher dans les classiques des textes ambitieux (on y est) qui supportent très bien ce lifting, 100 ans après.

Merci à toute l’équipe des Nuits Off, pour la super after offerte aux bénévoles, aux comédiens, aux services de la mairie ET aux journalistes, mais aussi pour avoir encadré un joli festival.

NB : ce soir c’est la dernière des Nuits Auréliennes, avec « L’entreprise », une comédie extrêmement prometteuse signée par les héritiers de Pierre Palmade.

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