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Chauffinor, que ça s’appelle. Une horrible boîte qui vend des radiateurs et des clims réversibles, où tout le monde se déteste. La Troupe à Palmade a bien compris une donnée essentielle : pour faire rire, mieux vaut montrer des gens qui se détestent que des gens qui s’aiment. Ou alors, il faut qu’ils s’aiment trop, au point de finir par se haïr de temps en temps. Avec cette pièce découpée en saynètes, 13 comédiens mettent en boîte l’univers professionnel d’une PME qui vit au rythme complètement dingue d’un escadron d’employés un peu fous, mais aussi tellement normaux…

On t’a reconnu

L’un des ressorts habituels des comédies populaires, c’est de dresser le portrait de personnages courants, qui cristallisent leur propre public. Pour concerner tout le monde, il existe plusieurs microcosmes très propices à des rapports conflictuels, donc potentiellement drôles : la famille, les amis, et bien sûr, le boulot. Si l’auditoire se reconnaît, ou reconnaît son père, son pote ou son collègue, le rire se déclenche automatiquement.

Le talent de la Troupe, c’est d’avoir réussi à créer des situations aussi courantes que cocasses, si crédibles qu’elles ont probablement toutes été vécues au moins une fois par quelqu’un dans le public. Qui n’a pas détesté une collègue qui raconte sa vie en boucle ? Qui n’a pas eu un patron mal embouché ? Qui n’a pas été embrigadé dans une réunion débile sur des risques psycho-sociaux pourtant bien réels ? Tout le monde en prend pour son grade, et peut aussi se dire que son voisin est pire que lui. Ajoutez à ce postulat de départ des textes cinglants, parfois grossiers mais toujours très drôles, une mise en scène rapide comme l’éclair (les changements de décor sont hallucinants de vitesse, les éléments se téléportent presque), et vous obtenez une pièce réussie, vive et bien sentie, qui fait largement honneur au théâtre comique français.

Cette saison, les Nuits Auréliennes auront comme d’habitude misé sur une programmation assez large pour essayer de plaire à tout le monde. Les spectacles musicaux ont été déplacés dans un autre cadre, celui des Nuits Intimes, on verra ça en août. Pour le reste, l’idée de réserver la part-belle à la comédie a porté ses fruits, puisqu’en dehors de « Bon anniversaire mon amour » qui n’était pas, à notre goût, une franche réussite, le reste a prouvé que le théâtre comique français avait un bel héritage (« Le dîner de cons »), de l’inventivité (« El Cid ») et de la ressource (« L’entreprise »). Quand au spectacle d’Eric-Emmanuel Schmitt, laissons-le là où il est, un peu au-dessus d’une mêlée qui avait tout pour convaincre, et qui ne s’est pas écroulée.

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