PlaneteDesSingesAffrontement-Caesar

Ah c’est sûr que par rapport à l’échec narratif de la version de Tim Burton (avec Mark Wahlberg dans l’un des pires bourbiers de sa carrière), cette nouvelle saga librement adaptée de l’oeuvre de Pierre Boulle est une franche réussite. En fait c’est tellement bien qu’on n’en regrette plus l’oeuvre originelle, cinématographiquement en tous cas, de Franklin Schaffner, avec Charlton Heston dans le rôle de Beaux Yeux / Taylor. Et si la version 2014 prend encore plus de distance avec le roman que ne le faisait déjà le film de 1968, ce n’est que pour livrer une nouvelle version de la dualité humains/singes intelligents qui vaut largement le détour par une salle obscure.

Une suite bien pensée qui se suffit à elle-même…presque !

Vous connaissez la mode actuelle : le cinéma cannibalise l’imagination des scénaristes pour les obliger à pondre des suites et des adaptations à la pelle, au mépris, souvent, de leur créativité intrinsèque. Et le pire, c’est qu’un film qui trouve un financement doit presque obligatoirement s’inscrire dans une trilogie, une tétralogie, ou même une heptalogie comme « Saw » (oui, il y a bien un « Saw 6 » et un « Saw 7 », respectivement « Saw le 6e » et « Saw 3d » parce que bon…produire des films pourris d’accord, mais prêter attention au titre était bien le minimum). C’est le cas pour cette nouvelle saga simiesque, avec aujourd’hui sur nos écrans le numéro 2, aka « L’affrontement », à ceci près qu’ici, l’aspect « saga » est une nouvelle plutôt bonne.

Souvenez-vous de la fin du film de Rupert Wyatt (qui a refusé de réaliser le second à cause de délais de productions trop courts) : César, le singe recueilli par Will Rodman (James Franco) s’émancipe totalement, embrigade certains de ses congénères, et la Terre est en proie à un virus qui semble-t-il va la décimer pour de bon. Une très mince transition (le générique, en fait) suffit à rentrer dans le second volet. James Franco n’est plus là, mais César a pris le pouvoir et dirige une grande colonie de singes intelligents aux abords d’une ville de San Francisco anéantie par la grippe simiesque. Tout a l’air de bien se passer jusqu’à ce qu’une bande d’humains s’aventure dans la forêt à la recherche d’un barrage qu’il faut à tout prix remettre en route, pour rétablir l’électricité, et tenter de lier une connexion avec le reste de l’humanité.

Le charisme des pixels

Comme pour « Transformers 4 », les créateur des effets spéciaux ont fait très, très fort. Les singes sont encore plus impressionnants que dans le premier volet, et César jouit d’une mécanique faciale proprement hallucinante. Les singes sont émotionnellement parfaitement crédibles, à tel point que certaines scènes sont susceptibles de faire fondre en larmes les coeurs sensibles (testé sur sujet réel à proximité !). Le réalisateur Matt Reeves a imaginé des stratagèmes habiles pour rendre les sujets de César identifiables (cicatrices, voix, mimiques), ils ont tous un trait de caractère, une dégaine physique, un regard qui leur est propre. Et cette modélisation des poils !!! On avait pas vu ça depuis « Ratatouille », dans un style un peu plus burlesque, avouons-le.

Car ici, il ne s’agit pas de rire, mais de guerre, de lutte des classes, d’hyperbole sur le racisme, de science qui tue, de batailles territoriales, d’évolution de l’espèce. On ne rit pas beaucoup, mais on en prend plein les yeux, et jamais vainement. Les scènes d’action portent le récit, et le scénario, simple sur le papier (les singes ne veulent pas d’humains chez eux, et les humains veulent reconquérir la Terre, en gros), se suffit amplement à lui-même, avec sa ligne directrice enrichie d’affluents narratifs tous plus intéressants les uns que les autres.

Comme quoi, on peut faire de l’excellent cinéma à grands renforts de dollars. Le principal, c’est l’histoire, et les personnages. Et sur ces deux aspects-là, cette fable sociologique et guerrière, articulée autour d’un singe de laboratoire devenu le chef charismatique d’une horde de gorilles enragés, réussit tout là ou beaucoup d’autres productions se ramassent dans la profusion de pixels.

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