Ça a l’air un peu confus comme ça, mais pourtant c’est bel et bien un éventail des attractions que l’on peut croiser en deux petites heures de temps entre Fréjus et St-Raphaël, en arpentant le bord de mer, qu’on appellera pour l’occasion de son nom de code, le BDM. En fait, l’accumulation de toutes ces curiosités est le fruit d’une itinérance décidée sur un coup de tête, avec un mot d’ordre extrêmement simple : « tout le monde dit qu’il n’y a personne sur la côte, est-ce que c’est vrai ? », question couplée avec la seconde : « Qu’est-ce qu’on finit par faire un mercredi soir, quand on n’a rien de précis au programme et qu’on est livré à soi-même ? » Et bien ça dépend de l’humeur, des opportunités, et surtout de la qualité des chaussures. Mais avec une paire de Reebok Pump taille 47, on va parfois très loin.

Le raisin comme point de départ

Tout a commencé par une incursion prévue, un rendez-vous fixé à l’avance, avec les premiers raisins. Plus exactement avec la Miougrano qui fêtait en la Cathédrale Saint-Léonce ces fameux premiers raisins de la saison. Car avant d’être un formidable point de rendez-vous pour les amateurs de cépages provençaux, la fête du raisin est une vieille tradition locale qui se célèbre en contes et chansons, et les associations comme la Miougrano sont là pour ça. Une troupe de chanteurs en tenues provençales était réunie aux alentours de 21.00 pour un spectacle articulé autour de l’histoire d’un petit garçon qui interrogeait son grand-père sur sa vie. Un charmant moment de communion un peu solennelle, compte tenu du lieu, avec un public nombreux et très respectueux. On notera parmi les effectifs de la Miougrano la présence de nombreux jeunes, comme quoi nos traditions locales ne sont pas prêtes à disparaître.

Sur la place Formigé, c’est le marché des créateurs, traditionnel lui aussi depuis le début de l’été puisqu’il a lieu chaque mercredi soir. Le mois d’août commence petitement, il faut dire aussi que les Nuits Off attiraient pas mal de monde en centre-ville ces trois dernières semaines. Mais ça reste une super animation pour le cœur du village, qui est 100% gagnant dans l’opération, il n’y a qu’à observer les terrasses des restaurants et cafés.

Déconnexion, arrière du genou et sacs pliables

Que se passe-t-il sur le bord de mer, au même moment, à votre avis ? Et bien c’est tellement noir de monde qu’on dirait que tous les touristes de l’Europe sont au même endroit, au même moment. Bien évidemment que c’est faux, mais c’est tout de même la vision radicale qui saute aux yeux l’espace d’une nano-seconde, quand on cherche une place gratuite pendant 45 minutes et qu’on finit par atterrir avenue du XVe corps à Saint-Raphaël, soit plus près de Valescure et du golf que de la plage du Veillat. Pourtant, c’est là qu’on va. Le continuum espace-temps est déconnecté, ça y ‘est, c’est l’été, le pur, le dur.

Plus on avance dans le marché nocturne raphaëlois, plus on se rend compte d’un détail vestimentaire délicieux : un short féminin en 2014, décousu, étalé et étiré, fait à peu de choses près la même taille qu’un demi-flyer A6, à peu près un quart de page. Ce qui place l’arrière du genou un peu en-dessous de la ligne médiane entre le sol et le bas du short, alors que le tibia est plus court que le fémur. Faites un schéma, vous saisirez ce que je veux dire. Le pum-pum cher à Nuttea est donc de sortie, et c’est merveilleux, merci la mode. La promenade est bondée, les mamans paniquent à l’idée de perdre leurs enfants, les poussettes galèrent, les mecs seuls en débardeur XS branchouillent des groupes de filles venues des contrées où le cheveu blond est la norme, les cougars chassent, les maris sceptiques observent leurs épouses acheter des conneries, et les épouses dynamiques tirent leurs maris par le bras pour les sortir du restaurant. Parce que la vie est ailleurs, sur les étals, où tout et n’importe quoi s’achète et se vend, du sac à main pliable au savon fushia parfum baie de Goji, en passant par des horloges en plâtre et les caricatures de Bob Marley. Une quantité de choses parfaitement inutiles, donc férocement indispensables.

Un arrêt fortuit sur le jardin Bonaparte permet de se rendre compte que malgré une lecture assidue du programme des festivités, hier soir il y avait un événement annuel qui nous avait échappé, le concert de l’orchestre de chambre. Et 2000 personnes, au bas mot, pour assister à la représentation. Juste le temps de dire bravo qu’il est déjà l’heure de rejoindre Fréjus, pour voir si son BDM fait mieux que celui du voisin.

Les boules du fond

De l’entrée de Fréjus, au niveau du carrousel, jusqu’à la place de la Poste, c’est bien simple, c’est encore plus blindé que de l’autre côté du fleuve. La zone piétonne traditionnelle est remplie de gens, il est environ 22h30, et tout, absolument tout est ouvert, comme en plein jour. Le chemin jusqu’au bout du marché nocturne est un long défilé de jambes interminables, de tongs, d’enfants qui pleurent et de quelques sandales-chaussettes, totalement caractéristiques de l’été azuréen, donc forcément pittoresques et nécessaires à l’équilibre du monde. C’est très intéressant à observer, et agréable à fréquenter. Ici, personne ne se prend sérieusement au sérieux (il y a une nuance).

Tout au fond, nouvelle surprise, de la taille d’un semi-remorque : il y a des champions du monde de pétanque, en tenue officielle, qui font des démos de leur talent et partagent leurs triplettes avec les gamins de passage. C’est le Pétanque Tour, sponsorisé par Obut, qui a débarqué avec ses stars et son énorme camion (cqfd). Beaucoup de badauds sont là pour observer carreaux et points serrés, alternant entre terrasses des cafés proches et barrières du terrain de boules.

Le retour par l’autre côté de la rue ? Un brin de nostalgie qui s’évapore avec l’air iodé, les défuntes Odyssée et Playa qui manquent à l’appel, c’est vrai. Et le nouveau port de Saint-Raphaël, avec son resto panoramique et son esplanade charmante, certes, mais qui rappelle ausi que le parking Kennedy, son carrousel et son skate park, c’était bien aussi. Mais les choses évoluent, presque tout change avec le temps. Tout, sauf une donnée intégrée dans l’inconscient collectif, à l’échelle de la planète entière : venir en vacances chez nous, apparemment, c’est l’un des trucs les plus cools qui existent.

Reportage photo réalisé par votre serviteur en loose-d avec un téléphone, pour préserver le côté gonzo.

 

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