Les-Gardiens-de-la-Galaxie

Quand un studio de cinéma doté de moyens colossaux se met dans la tête de produire un vrai film, il est fort probable que le résultat soit bon. Un peu comme les grands studios hollywoodiens des années glorieuses du cinéma américain, quand il fallait menacer les banquiers d’Armageddon pour payer le cachet d’un Richard Burton ou d’une Liz Taylor, avec la quasi-certitude, cependant, que le film serait un succès commercial. Aujourd’hui la technique est la même, à un détail près : le film marche, mais n’est pas toujours bon. Il arrive même souvent que les pires daubes soient produites à grands coups de millions, pour cacher avec du fric ce que des cerveaux n’ont pas su fabriquer. Marvel, au même titre que DC Comics, est assez coutumier de la bouse qui coûte cher. Et bien avec « Les Gardiens de la Galaxie », la firme de Manhattan Beach prouve que les dollars au service d’un bijou de film d’action, drôle, rythmé et street-crédible, c’est mieux qu’un horrible « Iron Man 3 ».

De l’épouvante cheap au blockbuster

James Gunn, c’est un peu le Sam Raimi next-gen. Issu de l’univers horriblo-épouvantable, celui qui travaillait jadis main dans la main avec la Troma (« Toxic Avenger », « Tromeo and Juliet », ou le magnifique « Poultrygeist : Night of the Chicken Dead », c’est eux) a depuis fait ses armes dans le cinéma underground certes, mais doté de quelques moyens, et surtout de castings intéressants. Il a notamment dirigé Liv Tyler, Ellen Page et Kevin Bacon dans « Super », son dernier film avant celui qui nous intéresse aujourd’hui. Mais à l’inverse de Sam Raimi, qui après avoir été le chantre du mauvais goût assumé avec la trilogie « Evil Dead » s’était compromis avec une copie discutable de « Spiderman », James Gunn réussit le saut dans le mainstream avec une version réussie du plus gros carton « papier » du moment chez Marvel Comics, « Les Gardiens de la Galaxie ».

De son passé d’effrayeur, James Gunn a gardé une patte humoristique vive comme celle d’un grizzly à la pêche au saumon. Le point fort de cette histoire, finalement assez banale, de conquête intergalactique où plusieurs peuples se disputent la suprématie sur l’univers, c’est l’humour. Premier vecteur, le personnage de Rocket, un raton-laveur doublé par Bradley Cooper en V.O., une sale bête attachante qui joue les mercenaires avec son pote Groot, un végétoïde doté de pouvoirs aussi utiles que surprenants. Le capitaine de l’équipe, c’est Peter Quill, incarné par Chris Pratt qui a découvert le cross-fit et les légumes vapeur ces derniers mois. Taillé comme un Spartiate, l’acteur de 35 ans endosse à merveille un rôle de corsaire opportuniste, doué pour la filade et balèze en vannes bien senties. On retrouve à ses côtés le catcheur Batista, en guerrier triste et bourrin animé par la vengeance, et Zoé Saldana, belle à s’enterrer vivant dans une fosse à purin en Tchétchénie, même peinte en vert. Et comme il fallait bien un méchant à la hauteur, James Gunn ne s’est pas trompé en confiant le rôle d’ordure avide de pouvoir à Lee Pace (aperçu dans « Le Hobbit »), perfide comme jamais.

De l’action, des blagues, et du son qui déchire

L’un des griefs que l’on peut souvent reprocher aux films de l’univers Marvel, c’est la trop grande implication du Shield, qui parraine les actions depuis sa tour d’ivoire. Si la compagnie a bel et bien sa place dans l’univers original, on ne voit aucun agent dans le film, ce qui permet à l’intrigue de ne pas se disperser comme ça pouvait être le cas dans le dernier « Iron Man » ou dans le second volet de « Captain America ». Pour imbriquer le Shield là-dedans, on attendra le deuxième opus, promis par le générique de fin. Pour l’instant, l’équipage de fortune se contente de cherche un orbe, synonyme d’un pouvoir colossal, que tout le monde cherche à s’approprier, surtout Ronan l’Accusateur. Scénaristiquement c’est très simple, et ces derniers temps, les blockbusters ont rarement misé sur la fluidité de l’intrigue. « Transformers » se noie dans le n’importe quoi, « Iron Man » va chercher des ennemis au bout du monde pour rien, « Captain America » ne sait plus dans quelle époque il vit, etc… Ici, c’est simple. Et c’est cool, à souhait : le personnage de Quill/Starlord affiche une coolitude digne de Tony Stark, ses acolytes ont tous un truc qui les rend extrêmement sympathiques, c’est bien écrit, bien pensé, et ça va à 1000 à l’heure sans jamais s’encastrer dans une quelconque longueur.

Le truc en plus, c’est la bande-son. Fan des cassettes depuis son enfance, Peter Quill se trimballe toujours avec un walkman et une compile (le « Awesome Mix Vol 1 ») que lui a donnée sa mère juste avant de mourir. Et cette femme avait du goût, puisqu’au lieu de se coltiner des mièvreries moisies, on a droit à David Bowie, Norman Greenbaum, Marvin Gaye ou le fabuleux « Hooked on a feeling » de Blue Swede. C’est pas swagg, c’est vintage. Mais ça le fait !

Bonus track : le fameux Awesome Mix Vol 1, sur la platefrome Grooveshark

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