Sortir des bouquins en 2014. Des bouquins et rien d’autre. Il fallait avoir une bonne dose de courage à David Martin pour oser quitter le navire Microsoft et se lancer dans pareille aventure. Mais depuis 6 ans, le capitaine de Sudarenes mène plutôt bien sa barque, en misant tout sur la qualité des ouvrages et sur l’énergie déployée pour les faire connaître. Et faire vivre une petite maison d’éditions en province, c’est pas facile, comme il nous l’explique dans cet entretien.


David, Sudarenes est une petite maison d’éditions, mais une vraie, à compte d’éditeur !

J’ai crée Sudarenes éditions il y a 6 ans, au départ à Six-Fours les Plages. On est ici depuis 3 ans, depuis Stéphane Tammaro s’est associé avec moi, et on se développe de plus en plus. Nous travaillons à compte d’éditeur, avec un distributeur/diffuseur qui s’occupe de nous au niveau national, ce qui permet à nos auteurs d’être présents dans toutes les librairies de France.

Justement, pourquoi avoir créé une entreprise comme celle-là dans le sud, alors que normalement, les maisons d’édition sont plutôt centralisées à Paris ?

Complètement, oui…J’ai créé ça parce que je revenais de Paris, justement. Je travaillais chez Microsoft, avant, et Paris, j’en pouvais plus, j’en avais marre. Je suis Hyèrois, à l’origine, et je voulais revenir dans la région. J’étais dans l’édition de jeux vidéos, je travaillais sur la Xbox, et je voulais rester dans le monde de l’édition parce que c’est le même travail. Le produit est différent, mais le travail de fond est le même, on voit les mêmes enseignes, Cultura, la Fnac, etc. C’est un travail qui ressemble beaucoup. Et puis j’ai eu l’opportunité d’un livre, un ouvrage de niche, quelque chose de très spécifique. En plus c’était un pari très risqué parce que c’était un beau livre illustré, avec 1500 photos dedans. Une encyclopédie sur la céra- mique d’art. J’ai fait une étude de marché et j’ai vu que c’était possible de vendre ça. Alors j’ai dit bingo. En plus je savais que l’auteur avait plusieurs ouvrages d’avance sur le même thème, donc si le premier marchait, j’étais assuré d’avoir des revenus pendant deux ans. J’ai remboursé mon capital de départ et j’ai pu investir sur d’autres livres.

On parle de succès, mais c’est sûrement très relatif, non ?

Et bien c’est un livre que j’avais sorti au prix de 69 euros, et on en a vendu plus de 1000 tout de suite. Quand on dépasse les 1000 avec un livre comme ça on peut parler de succès, on a touché les antiquaires, les céramistes, les spécialistes. Après j’ai pu m’ouvrir sur d’autres auteurs, d’autres thèmes. J’ai pris quelques auteurs toulonnais, dont certains qui étaient un peu connus, puis pareil ici à Fréjus. J’y vais piano, je préfère toujours avancer doucement mais constamment. J’ai réussi à sortir le dernier livre de François Léotard, celui du grand homéopathe Didier Grandgeorge, certaines personnes comme ça m’ont permis de grandir. Maintenant j’ai des auteurs qui viennent de la France entière.

Et tu as réussi à sortir combien d’œuvres à ce jour ?

À ce jour un peu plus d’une centaine, mais plus de 40 depuis le début de l’année. La progression a été lente jusqu’en janvier, mais depuis on s’éclate vraiment en sortant beaucoup de livres.

Et maintenant les auteurs doivent t’envoyer de plus en plus de manuscrits. Comment tu gères cette nouvelle donne ?

On est passé de 2 ou 3 manuscrits par mois à une dizaine par semaine. Je fais un premier tri, tout ce qui est jeunesse, BD, livres illustrés, je ne fais pas donc je ne lis pas. Ensuite je fais moi-même une sélection, et j’envoie ce qui reste à mon comité de lecture qui me dira si le livre vaut vraiment le coup ou pas.

Et comment doit s’y prendre un auteur pour intéresser David Martin ?

Je vais être franc : il faut déjà que le sujet me plaise, qu’il éveille ma curiosité. Un roman d’amour, qui ne fait pas s’allumer de lumière en moi, je ne le prends pas. Ensuite, il faut qu’il se vende, et donc qu’il ait un public. Parce que c’est mon métier, aussi. Donc je vais chercher à identifier le public qui correspond à ce livre. Et il faut, bien sûr, qu’il soit bien écrit.

C’est peut-être aux auteurs de faire eux-mêmes une étude de marché, alors ?

Oui, mais tu sais, les auteurs c’est souvent une inspiration, un sujet qui les concerne…Écrire un livre en cherchant un sujet pour coller à la tendance, c’est difficile pour eux. Il y a des sujets à la mode en ce moment, sur les pervers narcissiques, les enfants handicapés, les témoignages, c’est tendance. Il y a vraiment des modes.

La mode, c’est aussi les auteurs très jeunes, comme Lisa Szafraniec, qui a 16 ans et qui sort son premier ouvrage chez toi, « Dans les pas de l’Ange ».

C’est vraiment un phénomène. Elle a commencé son livre à 12 ans, c’est du fantastique, heroic-fantasy, donc ça touche vraiment la catégorie d’âge de son auteur. Les lecteurs se retrouvent en elles, ils ont en général le même âge qu’elle. Elle écrit déjà très bien. Je l’ai rencontrée quand elle avait 15 ans, elle m’a parlé de son manuscrit et j’ai suivi toutes les étapes que je te décrivais toute à l’heure. Je l’ai envoyé au comité de lecture sans préciser son âge, pour ne pas les influencer. Les retours ont été dithyrambiques, et quand je leur ai dit qu’elle avait 15 ans, tout le monde est resté bouche bée. On l’a sorti au mois de mai, elle a fait ses premières signatures, et le premier jour on est allés à l’Espace Culturel du Luc, où elle a vendu 45 livres, leur record. On est ensuite allés à Cultura, on a fait 64. Il y a vraiment un phénomène autour de cette petite.

C’est marrant que tu viennes du jeu vidéo, où les moyens sont parfois encore plus élevés qu’au cinéma, et que tu te sois retrouvé à éditer des livres. Le produit et le public sont complètement différents, malgré le fait que ça se vende, comme tu le disais, de la même façon.

Ah le public est complètement différent, c’est vrai. Mais le travail est le même, puisqu’on part d’un produit que l’on crée, et qu’on propose. Le but de l’éditeur quel qu’il soit, c’est d’améliorer le produit, de faire un packaging attrayant, et de s’occuper de la communication, du marketing et de la mise en place. C’est pareil.

Et ce secteur d’activité est-il malade aussi, comme la musique ?

Le jeu vidéo est malade aussi, il ne faut pas croire. Il ne reste que les gros, comme dans l’édition. Si les maisons d’édition plus petites veulent survivre, elles doivent trouver de nouvelles idées, rester dynamiques, organiser des conférences, des signatures, pour s’en sortir. On mise tout sur l’énergie. Éditer et s’arrêter là, c’est insuffisant, sans vouloir donner de leçon. On a des dédicaces tous les week-ends, on doit le faire pour faire connaître nos auteurs. On se débrouille pour avoir un peu de presse, pour faire boule de neige. Si on reste au local à envoyer des livres sur Internet, on ne va pas s’en sortir. Même si on ne vend que 2 ou 3 livres sur un salon, c’est pas grave, on est sortis, on a rencontré des gens. C’est pas perdu.

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