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Il a 43 ans, il arrive tout droit du Fénix de Toulouse où il a instauré le goût pour la gagne, et il avait besoin d’un nouvel horizon pour tester sa capacité à faire grandir une équipe. Joël Da Silva n’a rien à voir avec Christian Gaudin, à qui il rend 20 bons centimètres. Mais il a tous les atouts pour poursuivre l’oeuvre commencée il y a plus de dix ans par l’ancien Barjot. Nourri à la victoire, allergique aux non-dits et conscient d’avoir sous la main un groupe exceptionnel, le Tarnais n’est pas venu pour rigoler. Il est là pour gagner. Entretien «zéro langue de bois» avec un coach qui finit les matchs dans le même état que ses joueurs.


Après une longue saison avec le Fénix, quel effet ça fait de reprendre le travail sur la côte d’azur, en plein mois de juillet ?

J’ai vécu 12 ans dans le club de Toulouse, j’ai gravi les échelons jusqu’à la première division. C’est une histoire qui m’a construit, humainement, sportivement, professionnellement. Il était temps pour moi de voir ailleurs et de rebondir dans un autre projet, pour me remettre en question. Ici je suis comme un joueur étranger, c’est motivant, ça fait du bien de changer ses repères. Et puis Toulouse c’est une très belle ville, mais la région ici a aussi ses attraits, le bord de mer, etc. Ça a été un choix, d’avoir un cadre de travail dans un lieu où je peux m’épanouir. J’avais une vision faussée, je pensais à des yachts, et finalement Saint-Raphaël c’est une petite ville très agréable. Je suis très heureux d’être là, j’ai pas l’impression de travailler. C’est très structuré, grâce au travail que les gens ont fait depuis des années. Je suis ravi d’être ici.

Mais pourquoi avoir quitté votre club de toujours alors que vos résultats devenaient meilleurs chaque année ?

J’avais besoin d’avoir un nouveau discours, d’être jugé sur autre chose que ce que j’avais fait à Toulouse. Là-bas je faisais partie des meubles, j’étais du coin. Quand St-Raph vous appelle, on réfléchit vite, parce que c’est un club qui est dans le top 5 depuis de nombreuses années, qui a joué la coupe d’Europe. J’ai laissé le Fénix européen, et je viens ici pour franchir une étape, j’ai la volonté d’apprendre. Quand j’ai rencontré les dirigeants, leur discours, les moyens mis en œuvre, ça m’a donné envie de venir. En plus je connais bien Christian (Gaudin, ndlr), je sais le travail qu’il a fait ici et j’avais envie de continuer ça.

La saison dernière a été moins brillante que prévue pour le SRVHB. Qu’est-ce qui leur a manqué, et que souhaitez-vous leur apporter ?

Ils ont fini 6e malgré tout ce qui s’est passé. Bien sûr il y a eu l’affaire de Geoffroy Krantz et son contrôle positif à la nandrolone, le départ annoncé de Christian, les résultats qui ne correspondaient pas aux attentes, mais malgré tout ça le club a fini 6e. La 5e place s’est jouée ici contre Toulouse et d’ailleurs je voulais faire passer un message : les gens pouvaient penser que si je signais ici, dans me tête j’allais lâcher et permettre à St-Raph d’être européen et pas Toulouse, je pense que j’ai été clair. Ce que je vais apporter à ce club, pour commencer c’est continuer le travail qui a été fait, parce que l’équipe n’est pas là par hasard. Après c’est vrai que dans le mode de management, l’approche des choses, j’ai une autre sensibilité. Les dirigeants m’ont choisi pour cette rupture. Et puis j’ai envie de donner du plaisir, une dynamique positive à ce groupe parce que l’an dernier, ils ont beaucoup souffert.

Et vous êtes peut-être plus « coach » que Christian Gaudin, même s’il a largement fait ses preuves.

Il a signé à Hambourg, c’est pas rien. Moi je suis peut-être plus proche des joueurs, dans l’échange, c’est dans ma nature. Je suis comme tous les coachs, je suis là pour gagner, je décide, et parfois ça ne plaît pas mais j’assume.

L’an dernier la hiérarchie du hand français a été bousculée par un club , entre guillemets « normal ». Comment ils s’y sont pris à Dunkerque ? C’est possible de faire la même chose avec Saint-Raph ?

Il y a plusieurs facteurs. Paris a construit une équipe mais pas un groupe. Les médias sont très sévères avec cette équipe et Philippe Gardent. On peut acheter des joueurs stars et fabriquer un effectif exceptionnel, mais la vie de groupe ça se construit sur le long terme. Cette année Paris sera plus dur à jouer, ils ont gagné un titre, ils sont allées en ¼ de finale de la ligue des champions, ils ont un vécu. Montpellier a connu des problèmes depuis deux ans, ils ont soldé tout ça. Malgré tout ils ont été en final-four de la coupe EHF, ils ont gagné la coupe de la ligue, ils sont qualifiés en ligue des champions…Ils gagnent quand même. Dunkerque c’est l’aboutissement d’un groupe qui est là depuis un moment, ils ont construit leur saison autour d’une défense imperméable et d’un gardien brillant. Ils ont gagné beaucoup de matchs d’un but, ils ont renversé des situations où ils étaient menés à la mi-temps. Mais ils avaient ce « plus », cette équipe qui se bat, les uns pour les autres. Ils ont été surprenants, même s’ils méritent leur titre, mais ça va être difficile de reproduire ça. Tout le monde les attend, ils jouent le ligue des champions, les autres équipes se sont renforcées, Paris, Montpellier, Nantes, Saint-Raphaël, Toulouse, Créteil, les recrutements sont costauds et le championnat risque d’être très dense.

Vous parlez de groupe, celui de Saint-Raph est en place depuis un moment, lui aussi. D’ailleurs il n’a pratiquement pas changé à l’intersaison.

Ce groupe-là on aurait pu le changer, au vu des résultats de l’an dernier. On a juste pris un joueur important, Wissem Hmam (transfuge de Montpellier, ndlr), qui va nous apporter sa culture de la gagne, qui manquait un peu à ce club qui souvent y était presque, mais ne basculait pas. On ne peut pas rivaliser dans ce championnat avec la 13e défense, il nous fallait un gros joueur de défense. Humainement il va faire un bien fou à ce groupe, qui est plus que revanchard. Ce sont des hommes, ils ont été touchés dans leur orgueil et ils estiment ne pas avoir été à la hauteur de ce qu’on attendait d’eux. On repart avec le même groupe, et le levier, c’est qu’on ne veut plus vivre ce qui s’est passé l’an dernier. Depuis la reprise on sent du plaisir, de la motivation, les joueurs sont arrivés très affûtés, il y a un nouveau coach, les cartes sont les mêmes pour tout le monde, il faut gagner sa place. C’est une dynamique saine. Dans ce groupe il y a beaucoup de qualité à tous les postes, et ils ont envie de montrer autre chose. Dans l’esprit, ils sont présents.

Ce groupe est qui plus est un peu étendu, puisqu’ici la formation marche très bien et les jeunes de la réserve ont un énorme potentiel. Vous allez piocher un peu ?

À Toulouse on fonctionnait comme ça parce qu’on avait moins de moyens. La formation c’est ma vocation, j’ai toujours été vigilant par rapport aux jeunes. Je suis dans le même état d’esprit ici, mais l’effectif est plus étoffé à Saint- Raph, tous les postes sont doublés ou triplés. Le jeune qui veut rentrer, il doit être très fort. Pour rentrer ici, c’est un peu comme à Montpellier. La montée de la réserve en N1 a réduit l’écart avec la LNH et permet de créer des passerelles. Aujourd’hui il y en a certains qui s’entraînent avec nous, et je veux planifier un entraînement commun par semaine avec les pros et les jeunes. Est ce qu’il y en a qui vont intégrer le groupe pro ? Je ne peux pas le dire, il y en a qui ont le profil pour y arriver : Arthur Vigneron, Djeric grâce à son gabarit, Titouan parce qu’il est gaucher…Ils doivent travailler plus que les autres, mais ils auront des opportunités, des blessés, des suspendus, des joueurs punis qui ne seront pas retenus. À eux de les saisir. La seule ligne directrice, pour le groupe, c’est gagner.

Le retour de Dan-Rares Fortuneanu en tant qu’assistant coach, ça faisait partie du plan ? Qu’est ce que vous attendez de lui ?

J’ai rencontré Rares le jour du match ici, la saison dernière. Dès que les diri- geants m’ont parlé de lui, j’ai dit oui avant que la phrase soit terminée. C’est un joueur important du club, il en était le capitaine, il lui était fidèle, il a des valeurs en tant qu’homme, il connaît bien le vestiaire, c’est un meneur d’hommes, il a une légitimité au club. Et c’est un mec charmant, avec qui je m’entends bien. Je lui ai dit qu’il n’était pas entraîneur aujourd’hui, mais que c’était pas grave. Il gère quand même des parties de séances, il a besoin de confiance, besoin d’apprendre et je lui répète que ça va marcher. Comme joueur il a peut-être été frustré de n’avoir rien gagné avec le club, revenir dans un autre rôle avec le volonté de gagner, c’est bon pour lui, et pour le groupe.

Vous êtes réputé pour aimer les ambiances chaudes, est-ce que vous trouvez que le Palais des Sports a un beau potentiel ?

Quand je suis venu avec Toulouse, je me suis régalé. Pour avoir une ambiance chaude, il faut montrer des choses sur le terrain. Je l’ai dit aux joueurs : on pourra monter toutes les stratégies marketing du monde, tant que nous on n’y mettra pas les ingrédients, ça ne marchera pas. Les gens viendront, observeront, et s’ils voient du spectacle, de la conviction, du combat, ils reviendront avec plaisir et ramèneront du monde. On est responsables de tout ça. D’où le choix de Wissem Hmam, d’où le retour de Fortuneanu. C’était un gars qui pouvait se balader tranquillement en ville même en cas de défaite, parce qu’il n’avait rien à se reprocher. C’est une philosophie de jeu, parce que ça reste un jeu, que j’essaie de leur inculquer. Alors on y met un peu de vice, on commet des fautes, mais il faut prendre plaisir dans ce qu’on fait. Un journaliste de Var Matin a dit de moi que j’étais fougueux, avec du caractère. Ça me va très bien, c’est peut-être pas dans la norme ici, mais moi je veux juste que cette équipe gagne. Rien d’autre.

La compétition reprend avec deux gros matchs, Nantes à l’extérieur et Paris comme premier match à domicile sous les caméras de Canal +. C’est pas un peu rude, comme entame ?

Quoiqu’il arrive, on les jouera. Quoi de mieux que jouer son premier match à domicile contre Paris, télévisé ? Ce sera le deuxième match, ils ont beaucoup de recrues, est-ce que ça aura pris ? J’aime bien ce genre de débuts, ça permet de rentrer dans le vif du sujet. Peut-être qu’il y aura de l’impatience, ici, mais c’est pas très grave. C’est mon problème, ça. Avec les joueurs on sait ce qu’on veut faire, on a un objectif, c’est être dans les 5 premiers. Contre Nantes on n’a rien à perdre, c’est chez eux, leur premier match. Nous on y va pour le gagner, bien sûr…mais si au soir de Paris on a zéro point, c’est que la logique a été respectée. Si on prend des points alors qu’on n’est pas sensés en prendre, c’est bien. Le 3e match est à Aix, un mauvais souvenir de l’an dernier puisque c’est un match que Saint-Raph aurait dû gagner, ensuite on reçoit Tou- louse et on va à Montpellier qui sera dans les 4 ou 5 premiers du championnat. On saura où on en est et ce qui nous reste à faire, et je ne suis pas inquiet. Les joueurs ont besoin de confiance, de sérénité, on sait qu’on doit finir dans les 5 premiers, on fera les comptes à la fin, et en attendant, il faut laisser le groupe travailler tranquille.

Vous avez signé pour deux ans avec une troisième année de contrat en option, vous aimeriez les amener où, ces joueurs ?

Normalement l’option était sur la deuxième année. Alors j’ai demandé à la direction : « et si à la fin de saison on est 5e ou 4e, je ne suis pas récompensé du travail ? » Pourquoi attendre la deuxième année de mon contrat pour être européen ? Pourquoi ça ne fonctionnerait pas de suite ? Je sais comment ça marche, si je fais une très belle saison on va me demander de signer pour deux ans de plus, etc…Mais je ne fonctionne pas comme ça, mon intérêt c’est le club. Moi, je passe après. On m’a donné des conditions optimum, et avec ça je dois obtenir les meilleurs résultats possibles. Quand on devra discuter de cette fameuse année supplémentaire, peut-être que c’est moi qui dirai non, parce que je ne me sentirai pas bien ou que je n’aurai pas rempli mes objectifs. Je suis intransigeant avec les joueurs, je dois l’être aussi avec moi- même. Vous verrez : quand on signera, ou qu’on re-signera des joueurs, ce sera toujours eux d’abord, et l’entraîneur après. C’est ma conception des choses. Je me mets en danger, mais vis-à-vis d’eux, au moins c’est honnête. Je crois qu’à la fin de la saison prochaine on devrait être bien. On anticipe sur l’avenir, j’ai des pistes pour faire grandir le club. C’est très important pour moi de me sentir bien. J’arrive ici à 7h30, j’ai la patate, j’écris partout, sur des papiers, des tableaux, je discute avec les joueurs, je prépare les séances vidéo, j’essaie de comprendre comment fonctionne le club, j’essaie d’amener ma pierre à l’édifice. C’est une vraie rupture, mais je ne suis pas futur, je suis présent. Je ne peux pas signer à Saint-Raph et terminer 6e. À Toulouse j’ai bien fait comprendre que personne ne décidait pour moi. J’estime avoir bien fait mon boulot, et à ce jour je n’ai toujours pas discuté avec le président. J’ai mis l’équipe en coupe d’Europe, j’ai fait des internationaux, j’ai ma conscience pour moi. Maintenant je suis tatoué Saint-Raph, et j’assume ça, j’assume tout.

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