Parce qu’entreprendre, bien souvent, c’est être seul, et se poster courageusement devant une montagne de problèmes qu’on contemplerait de loin si on se contentait de travailler pour quelqu’un d’autre. Heureusement pour les entrepreneurs, quelqu’un est là pour les aider à rencontrer leurs semblables, et trouver ainsi une foule de paires d’oreilles attentives, disposées de part et d’autre de têtes remplies des mêmes galères, mais aussi de solutions inventives, inédites, inattendues, saugrenues, diaboliques. Les entrepreneurs parlent aux entrepreneurs, parce que c’est sain, nécessaire, et que ça insuffle une dynamique. Derrière tout ça, il y a Bernard Lecat, vice-président et responsable de l’antenne fréjusienne de l’UPV. Expert comptable de son état, il quitte quelques soirs par an son costume de directeur du Groupe Interexpert pour se muer en maître de cérémonie inspiré lors de soirées de rencontre entre entrepreneurs. Mardi soir c’était au casino de jeux de Fréjus. C’est là-bas que Bernard Lecat s’est livré sur tout un tas de sujets, de la nécessité de ces conciliabules géants aux écueils soulevés par l’économie locale. En fait, Bernard Lecat est un homme qui aime les patrons, mais qui fait le bien. Oui, ça existe.


Mr Lecat, à quoi ça sert l’UPV ?

Et bien c’est un syndicat de patrons. Un regroupement de gens qui sont dans une catégorie similaire, qui se réunissent et qui font valoir un certain nombre de choses. L’Union Patronale c’est une chose ancienne, ça date d’avant la guerre, et c’est devenu une structure relativement lourde puisqu’il y a 200 salariés qui y travaillent. Sa première mission, c’est de gérer les mandats patronaux, qui sont toutes les représentations patronales dans les instances les plus diverses. Par exemple le tribunal de commerce ou les conseils de prud’hommes, Pôle Emploi, la Chambre de Commerce, etc. Et puis l’UPV c’est plein de services aux entreprises, du conseil, du juridique. Et finalement on réunit les patrons, avec ou sans thème particulier, pour qu’ils se voient, qu’ils discutent, se donnent des tuyaux, parfois fassent du business.

Oui parce que l’entreprise, finalement, est un monde où on se retrouve très vite tout seul.

Très souvent, on a autour de soi des conseils que l’on paye, les avocats, les comptables, les experts, les huissiers, qui sont dans l’entourage de l’entreprise. Mais trouver quelqu’un avec qui il est possible d’échanger, c’est compliqué. Soit on est en face de concurrents, soit en face de gens qui n’ont pas spécialement d’avis. Donc réunir des gens qui ont les mêmes préoccupations, c’est utile.

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C’est une mission sociale, finalement.

C’est à la mode, ça crée du lien social. Ils discutent, ils sont badgés pour qu’on sache d’un coup d’oeil ce qu’ils ont comme activité. Ils échangent, ça dure deux ou trois heures, ce soir c’est un apéro dînatoire mais ça peut prendre d’autres formes.

Vous devez être ravi de constater que les entrepreneurs locaux répondent présent, parce que ce soir il y a pas mal de monde.

Oui, à peu près une centaine qui ont pris la peine de lire leurs mails et de répondre à l’invitation, de s’inscrire, de venir un soir où il fait moche. Mais ça correspond vraiment à un besoin.

Vous qui les voyez souvent, les patrons locaux…ils sont stressés ?

Oui, ils le sont parce que l’économie va mal, parce que c’est la crise. On est dans une région qui n’est pas une région très riche, où la place de l’entreprise a toujours été assez modeste. Avec les crises qui s’empilent, le chômage qui monte, oui, ils sont stressés. Quand ils se rencontrent ils se rendent compte qu’ils ne sont pas tous seuls, que faire le gros dos dans la crise il n’y a pas qu’eux qui le font dans leur coin, et puis ils peuvent s’aider. Ils découvrent d’autres approches pour le même problème, le leur, parfois, et ça, ça les aide énormément. La communication c’est important.

Vous qui faites partie des anciens, et qui de surcroît êtes en haut de l’organigramme dans la région, ils vous appellent pour avoir des conseils ?

Je suis un ancien, accessoirement je suis un expert comptable en activité, donc je garde contact avec tout le monde. Ce soir vous l’avez vu, il y a plus de jeunes que de vieux et ça c’est bon signe, ça veut dire qu’ils veulent reprendre le flambeau, qu’ils ont envie de se lancer tous seuls, c’est plutôt gratifiant et encourageant. Vous savez, l’emploi salarié sous sa vieille forme a trouvé ses limites. Trouver du travail pour 4 ou 5 millions de personnes c’est possible, à condition de contourner les limites du salariat. La création d’entreprise a beaucoup changé, c’est une découverte à faire faire aux gens. Si on s’y prend bien on peut gagner beaucoup mieux sa vie en étant indépendant, même si c’est pas facile.

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