get-on-up-nouveau

Dans la catégorie « monstre médiatique possédé par son ego », la France a produit quelques spécimens assez gratinés : Alain Delon, le master absolu, Claude François, bourreau de travail tyrannique dont la violence des cols pelle-à-tarte n’avait d’égal que son comportement despotique avec ses collaborateurs, ou encore Patrice Evra, qui ne chante pas mais qui n’hésite plus une seconde à dire qu’il aime Patrice Evra. Mais comme d’habitude, l’Amérique fait mieux, plus grand, plus fort, plus dingue, plus extrême. L’Amérique a fait James Brown. Et l’enfant d’Augusta, en Géorgie, a aujourd’hui droit à un film biographique à double tranchant : si la pelloche de Tate Taylor rend un hommage criant au génie musical et à la persévérance sans faille d’un mec qui avait toutes les cartes en mains pour devenir équarrisseur dans une cave de bordel en Alabama, il dépeint aussi un homme ignoble, au caractère dégueulasse, capable de compassion une fois par an, violent avec ses compagnes, en représentation permanente, et persuadé d’être le meilleur entertainer du monde.

Mick Jagger, Tate Taylor, mais surtout Chadwick Boseman

Le plus grand mérite de « Get on Up », au-delà de sa vertu historique (il ne trahit pas les détails de la vie du Godfather of Soul), c’est d’avoir su redonner vie à James Brown à travers un acteur underground, mais terriblement efficace. Chadwick Boseman a enfilé le costume de l’idole comme si c’était son pyjama pour les vacances à la montagne. Il a intégré sa manière de parler, sa voix cassée, son attitude globale, tout ça en lui ressemblant, mais pas non plus à l’extrême. Et pourtant on y croit sans problème, tant la performance de l’acteur est à la hauteur des attentes. Détail amusant, parmi les producteurs du projet figure Mick Jagger, qui n’a pas hésité une seconde à filer quelques dollars (il en a deux ou trois qui traînent) pour mener à bien le processus. Tate Taylor a d’ailleurs trouvé rigolo de montrer, vite fait, quatre visages de Rolling Stones adolescents lors de leur première tournée américaine, avec un James Brown hyper vexé en…première partie.

Tate Taylor a pris certaines libertés narratives, mais s’en sort très bien avec les flash-backs et les flash-forwards. Il transpose allègrement l’enfant James Brown dans le monde adulte et inversement, en servant toujours le récit. Il utilise ces techniques pour mieux mettre en face de ses démons un chanteur qui a lutté toute sa vie pour ne pas plonger dans la folie totale, sans y parvenir complètement. Le réalisateur filme aussi avec talent les rapports humains, sans en faire trop, et place le tyran Brown au centre de tout, en n’épargnant que très peu l’homme cruel qu’il pouvait être, avec ses femmes, ses amis, la presse.

Et la musique dans tout ça ?

Bien évidemment, un biopic sur James Brown ne pouvait pas faire l’impasse sur une bande-son magistrale, et c’est bien sûr le cas pour « Get on Up ». Idée de génie, Tate Taylor ayant bien conscience du caractère inimitable de la voix de l’idole, il n’a pas torturé Chadwick Boseman pour le faire chanter. Il danse, il transpire, et c’est déjà énorme…en tous cas c’est plus difficile que d’imiter le jeu de scène de Johnny Cash, n’en déplaise à l’excellent Joaquin Phoenix. Pour les extraits choisis, l’équipe du film a sélectionné essentiellement du live, du très bon live, capté lors des divers sommets de la carrière de James Brown (Paris, l’Appollo Theater, le Boston Garden le lendemain de l’assassinat de Martin Luther King). C’est impeccable, indémodable, énorme. Quelques sessions en studio sont également de la partie, notamment celle de « Please, please, please », avec un producteur d’Universal consterné par la simplicité des paroles, qui doit se faire expliquer par son sous-fifre (Ben Bart, acolyte au long-cours de Brown, incarné par un étonnant Dan Aykroyd) que James Brown, ça va plus loin que le texte, c’est plus qu' »un nègre qui supplie ».

Merci au Vox d’avoir pensé à programmer le film en VO et avec un enrobage fort sympathique (verre de l’amitié avant et after funk sur la terrasse du Must après le film). N’oubliez jamais de jeter un coup d’oeil à la programmation du cinéma de Fréjus, qui ne propose pas les mêmes films qu’au Lido, et qui prend souvent l’initiative d’agrémenter ces séances particulières avec des petits à-côtés qui valent toujours le détour.

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