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La dernière fois q’on avait vu l’ami Brad Pitt dans un film de guerre, c’était dans un Tarantino, « Inglorious Basterds ». Forcément, c’était spécial, et même si I.G. n’est pas le meilleur film de Quentin le génie, sa vraie-fausse comédie historique fantasmant un attentat réussi contre la fureur d’Hitler avait pour elle une belle part d’ambition, une certaine virtuosité visuelle, et des dialogues largement au-dessus de ce que proposent la plupart des auteurs. Avec « Fury », Brad revient tout en haut de l’affiche, la première fois depuis « World War Z » (entre temps il est allé faire de savoureuses apparitions un peu partout, dans « 22 Jump Street » ou dans « Cartel » entre autres). Blessé, sale, parfaitement crédible et théoriquement très bien entouré, celui qui va peut-être réussir l’exploit de vieillir encore mieux que Robert Redford est portant empêtré dans un film catastrophe qui ne fera pas l’unanimité, parce que son réalisateur David Ayer l’a bien cherché.

C’est Star Wars ?

Je ne sais pas vous, mais moi j’ai jamais vu quelqu’un tirer à la mitrailleuse de 40mm ou au canon de 88 dans la vraie vie. Toujours est-il que dans mon imaginaire forgé par le cinéma et les documentaires sur la guerre (dieu sait que j’en ai vu un paquet), je n’ai jamais songé à des rayons lasers verts et roses projetés par des Luger. Et bien David Ayer, jadis responsable du très habile « End of Watch » et du moins réussi « Sabotage » (avec Governator qui amorçait son come-back) n’a pas dû voir les mêmes images que moi (que nous, hein, soyons honnêtes) et s’est persuadé, lui seul sait comment et pourquoi, qu’une fusillade en 1945 ressemblait à un échange de tirs entre l’Empire et les alliés de Luke Skywalker. Comme l’intégralité du film se déroule sur le front allemand au printemps 1945, ça tire dans tous les sens et immédiatement. Le malaise s’installe donc sans prévenir, et bizarrement, ce détail nuit considérablement à la crédibilité de l’effort, alors que c’est justement ce que voulait à tout prix le réalisateur (il a même organisé des rencontres entre les acteurs et des vétérans de la guerre).

Pourtant le pitch du film est excellent : un sergent chevronné (Don / Brad Pitt) commande une équipe de 5 soldats présents depuis un peu trop longtemps sur le champ de bataille, et devenus de fait des machines à tuer. Hasard de l’administration militaire, l’équipe intègre un certain Norman (Logan Lerman), dactylo de formation, qui n’a jamais tiré un coup de feu de sa vie et qui doit pénétrer dans un char d’assaut Sherman pour aller dézinguer du nazi avec ses nouveaux amis. Rude, comme entrée en matière. Et bien avec ce point de départ comme horizon de tous les possibles, avec Brad Pitt en forme et Shia LaBeouf complètement fêlé, moustachu, qui s’est arraché une dent et qui ne s’est pas lavé pendant le tournage pour être en phase avec son personnage, David Ayer va réussir à proposer l’ennui, pendant 134 minutes.

Trop bourrin, ça craint

La principale faiblesse du film, et c’est insurmontable, ce sont les personnages caricaturaux. Brad Pitt est un peu à part, son rôle de chef de guerre vaillant et déphasé lui va comme un gant. Mais Norman est un peu trop émotif pour être crédible, et leurs trois compagnons sont tellement bourrins que ça en devient ridicule, notamment leur comportement avec les femmes, complètement débile. Que les Américains se soient battus avec haine contre les nazis dans une guerre qui ne les concernaient pas tant que ça, d’accord, mais mettre en scène des crétins pareils, était-ce nécessaire ? En tous cas ça ne rend pas le film meilleur. Pourtant, le momentum de l’histoire, cette bataille à 5 contre des centaines, dans un char à la chenille explosée par une mine, ré-hausse grandement l’intérêt du film (en s’inspirant de faits réels et en n’en faisant pas trop). Vous aurez toutefois la surprise de voir la nuit tomber aussi vite que dans un long-métrage d’horreur de série Z, à savoir en 2 secondes, d’un plan à l’autre et sans transition, pour que le huis-clos barbare de la fin prenne tout son sens, entre les bombes au phosphore, le sang qui gicle et les mottes de terre qui volent.

Dans un genre qui a déjà vu passer des monuments du cinéma, réaliser un film moyen est une très mauvaise idée. David Ayer s’est attaqué à une période qui ne laisse pas de place au hasard, déjà qu’elle laisse peu de place à l’imagination. Tarantino s’en était bien tiré en déformant la réalité, lui s’est fourvoyé en essayant de l’exagérer. On ne peut pas réaliser « Le Soldat Ryan » ou « Un pont trop loin » à chaque fois, mais dans le doute, peut-être vaut-il mieux s’abstenir.

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