Des dizaines d’exposants, des milliers de pots de miel, des hecto-milliards de calories enfermées dans des bocaux pour des heures cumulées de plaisirs gustatifs coupables et pas toujours assumés : c’est ça la fête du miel, un agréable rassemblement de producteurs locaux passionnés, et d’amateurs de passage qui profitent de l’occasion pour redécouvrir chaque année à quel point c’est bon, le miel. Parce qu’on n’y pense pas toujours, mais c’est dingue tout ce qu’on peut faire avec ce nectar produit par nos amies les abeilles. Il est d’ailleurs très important de les laisser bosser, mais pour ça, la première étape, c’est de comprendre comment elles fonctionnent. Nous avons profité de la manifestation pour en apprendre un peu plus sur l’un des insectes les plus besogneux (et utiles) du règne animal, ainsi que sur un métier, l’apiculture, que les Français pratiquent avec un seul mot d’ordre : la qualité.


Celui qui nous a expliqué le fonctionnement du monde très particulier de l’apiculture s’appelle Patrick. Il a 27 ans, il est emballé dans un genre de scaphandre en toile parce qu’il sort de l' »Api-mobile », une sorte de remorque vitrée d’environ 2 mètres cubes, fermée, qui contient une ruche grouillante d’insectes en plein boulot, et qui peut accueillir un apiculteur téméraire prêt à démontrer sur pièce qu’aller recueillir du miel, c’est un métier qui comporte moins de risques que ce que l’on croit. Enfin, à condition de maîtriser son sujet. C’est en sueur mais avec un grand sourire que l’apiculteur fraîchement diplômé a bien voulu répondre à nos questions de néophytes largués.

Patrick, qu’est ce que vous faites ici dans cette tenue ?

Et bien je viens de terminer mes études au CFPPA, en gros c’est le Centre de Formation des Apprentis dans le monde agricole, à Hyères.

Et vous avez 27 ans, c’est tard pour faire ce genre d’études. C’était une vocation ?

Je l’ai fait par passion, j’avais envie d’exercer une activité en rapport avec la nature et je voulais changer de vie. Le cadre de vie, la campagne, ça n’a pas de prix (une abeille me passe juste à côté de l’oreille) .Ne vous inquiétez pas pour les abeilles elles piquent pas. Avant j’ai fait le conservatoire de musique, puis j’ai travaillé dans le bâtiment, et j’en avais mare de polluer à tout escient. Je viens du Vaucluse mais aujourd’hui je travaille dans le Var.

Vous aviez certaines craintes, en vous lançant là-dedans, au milieu de milliers d’abeilles ?

Non, pas du tout. Une fois qu’on a appris à les connaître et qu’on comprend leur fonctionnement, elles ne font plus peur du tout. Une ruche fonctionne comme une entité entière, ce ne sont pas des individus isolés. Quand on a compris ça, que ce sont elles qui commandent et pas nous, tout va bien.

Aujourd’hui vous êtes là pour faire une démonstration étonnante, dans votre remorque en verre…

C’est l’Api-mobile, construite par le syndicat Apiculteurs en Provence. C’est pour montrer aux gens qu’une ruche n’est pas dangereuse, et pour leur montrer aussi comment on travaille, comment ça se passe à l’intérieur d’une ruche, la force d’une colonie.

Les dernières nouvelles à propos des abeilles n’étaient pas bonnes, on a entendu parler de maladies, de parasites, de désertions de ruches. Où est-ce qu’on en est ?

Depuis les années 80 on a un acarien qui s’appelle le Varroa Destructor, qui vient de l’ île de Java et qui nous est parvenu avec l’importation des abeilles. Et le CCD, ou Colony Collapse Disorder, le syndrome de « désertion » dont vous parlez, ça c’est surtout né aux USA à cause des pesticides. Les abeilles sont perdues, elles quittent la ruche mais ne savent plus revenir. En France et en Europe on est moins touchés parce que nos lois sont un peu meilleures, et on tend à être de moins en moins touchés parce que certains pesticides vont être interdits. Les agriculteurs ont de plus en plus conscience que l’agriculture raisonnée c’est bon pour tout le monde. Et puis nous, apiculteurs, sans abeilles on n’est plus rien.

C’est un métier très particulier, très spécifique dans l’univers agricole.

On est un peu botaniste, un peu naturaliste, on est obligé de s’intéresser aux autres, aux prédateurs naturels de l’abeille, aux frelons. On n’est pas seulement « bergers des abeilles ». On consomme 44 000 tonnes de miel en France mais on n’en produit que 13 000, le reste on l’importe. En règle générale, il vient des pays Européens, mais certains gens peu scrupuleux en font parfois venir d’ailleurs, sans se préoccuper de savoir s’il mérite de s’appeler « miel » ou pas. En France on a une législation très stricte, le miel est une sécrétion produite par les abeilles, et qui ne sera transformée que par les abeilles. L’apiculteur ne fait rien d’autre que le récolter.

Donc si les gens veulent manger du bon miel, le mieux, c’est de manger du miel français ?

C’est un bon message à faire passer !

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